Le FN, Anti-système ou Républicain ?

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A travers sa stratégie de drague à tout va, le FN joue à la fois  la stratégie de la banalisation, se présentant tantôt comme un parti républicain, et le maintien parallèle d’une image radicale de parti anti-système et indépendante du clivage politique gauche-droite. Qu’en est-il en vérité ?

Le FN est-il un parti républicain ?

La réponse est : tout dépend de la conception que l’on se fait de la république. La république, c’est en effet un peu tout et n’importe quoi, tant il existe de traditions républicaines et de modifications constitutionnelles. La première chose est que le FN ne se revendique pas vraiment de la Vème république, qui, on peut le concéder, n’est pas très glorieuse. Il détient la paternité, au milieu des années 90, de la revendication d’une VIème République, certes très différente de celle proposée par le Front de Gauche. En effet, leur projet républicain vise entre autre à renforcer les pouvoirs de l’appareil d’Etat, et à dissoudre les associations de la société civile de gauche [1] et les organisations du mouvement ouvrier (voir plus bas). Autre anecdote intéressante, dans un entretien avec Jean Baptiste-Mallet, Marine Le Pen, interrogée à propos de l’OAS, expliquait que les vrais terroristes étaient les membres du FLN. De cette manière, elle cautionnait les actions de l’OAS, dont l’objectif était de renverser la république gaulliste. Ainsi, leur conception de la république ne compte certainement pas parmi les plus progressistes, et n’est certainement pas celle dont se revendiquait la commune de Paris. Elle  se rapprocherait plutôt de celle de la IIIème république d’Adolphe Thiers.

Ni de gauche ni de droite ?

Le FN se prétendrait indépendant des clivages entre la gauche et la droite ? Pourtant, le programme politique du FN, pris dans sa globalité, est bel et bien un programme de droite. Il vise à accentuer la démolition de nombreux acquis sociaux, à approfondir la dette et généraliser l’austérité, limiter la protection sociale et favoriser les régimes par capitalisation, seulement accessibles aux plus riches, supprimer la limitation du temps de travail, ce qui risque d’entraîner encore plus de chômage, donner au patronnât la possibilité de décider des salaires, et donc favoriser la pression des salaires à la baisse [2]. Il s’aligne sur les logiques d’éducation à deux vitesses, y ajoutant sa touche d’austérité morale. Enfin, il cherche à faire disparaître les organisations syndicales combatives par la réorganisation du syndicalisme par branches et non par fédérations interprofessionnelles, et les associations de défense des droits sociaux et des libertés fondamentales, notamment en supprimant leurs financement publiques et en bloquant leur inscription sur les registres des associations déposées en préfecture. Ce n’est pas parce que le FN à beau se dire indépendant quant aux positions du PS et de l’UMP qu’il n’est pas un parti de droite. Encore faudrait il que l’on puisse qualifier le PS de parti appartenant à la gauche. Quant à la ligne politique du FN, il oscille entre un discours et un programme ultra libéral, proche du Thatcherisme [3], et un discours social populiste, très loin de son programme et de sa pratique militante, dans la lignée de celui du MSI [4].

Le FN, parti anti-système ?

Le FN, comme nous venons de le voir, est un parti qui s’inscrit plutôt dans la lignée de la défense de la classe capitaliste que de celle des travailleurs. Il ne remet en question ni la propriété privée des moyens de production, ni la transmission dynastique du patrimoine, ni la hiérarchie du commandement, ni celle des salaires, ni la logique de croissance basée sur l’augmentation du PIB. Or c’est exactement ce qu’est le système capitalisme ! Il faut donc arrêter de laisser croire que le FN défendrait des positions anticapitalistes !
De même, le FN reste un parti systémique, notamment en ce qui concerne les questions écologiques. Sur ce point, il régresse d’ailleurs de plus en plus à mesure de la croissance de ses scores électoraux. Par le passé, il défendait davantage des thèmes comme le retour à la terre ou la défense des animaux. Aujourd’hui, il s’aligne de plus en plus sur les positions, pour le moins anti-écologistes de la FNSEA et ne défends les animaux que pour mieux s’en prendre à l’Islam [5]. Pour le reste, le FN soutient la défense des terroirs et la sauvegarde des paysages, notamment contre l’installation de parc éoliens, et, comme par hasard, le maintien de l’énergie nucléaire à moyen terme (c’est-à-dire combien de temps ?) plutôt qu’un plan de sortie à court terme, la re-nationalisation de la production industrielle, plus à des fins protectionnistes et de croissance du PIB qu’en fonction du développement des circuits courts à l’échelle locale ou régionale, ou sur des périmètres déterminés indépendamment des séparations frontalières. Comble du comble, le FN développe des positions totalement négationnistes, dignes de celles de Claude Allègre, concernant le réchauffement climatique. Il fait limite passer les experts du GIEC pour les agents de ce qui serait un « complot » capitaliste. Ceci est portant surprenant du fait que l’ensemble des partis capitalistes de la planète se trouvent bien embêtés par les conclusions apportées sur la question climatique, tandis que ces dernières ne sont finalement prises en compte que par la gauche Altermondialiste, écosocialiste, et libertaire. Sur ce point encore, le FN s’inscrit purement dans la logique du système dominant, basée sur une logique croissanciste aveugle et irresponsable.
A la rigueur, par le passé, il pouvait vaguement laisser croire qu’il était anti-système du point de vue politique. Cependant, s’il rejette toujours les élites politiques du PS et de l’UMP, il fait bel et bien partie de cette caste corrompue, à l’image d’un Philippe Peninque qui ouvre des comptes en Suisse pour Jérome Cahuzac, ou des nombreuses histoires de comptes offshore et fraude fiscale du père Le Pen (le comble pour un soit disant patriote !) [6], des financements occultes du FN à travers le micro-parti de Marine Le Pen [7]. De plus, il s’agit d’un parti ou l’ascension y est facile si l’on dispose d’un fort capital économique ou culturel [8]. Quant aux ouvriers, ils sont considérés comme des bras de la nation, écervelés, simplement bons fermer leur gueule et à obéir, exécuter les ordres venus des cerveaux bourgeois [9]. Or c’est exactement ce qu’est le système actuel ! Il est encore à l’image des partis du système lorsqu’il renonce à la suppression de l’ENA, puis recrute et propulse sur le devant de la scène une petite armée de rhétoriciens technocrates comme Florian Philippot, tous droits sortis de cette école à politiciens professionnels.

Le FN a-t-il vraiment changé ?

Une organisation politique, ça ne change pas du jour au lendemain. Le FN reste un parti structuré autour de ses cadres historiques, dont la plupart restent des adorateurs du fascisme et du nazisme. Son discours « « social » » n’est pas nouveau. Cela fait bien, longtemps, au moins depuis les années 90, que le FN fait campagne sur les questions du chômage, des délocalisations d’entreprises, du produire français. Mais ce discours s’inscrit systématiquement dans une logique protectionniste, nationaliste et xénophobe. Il n’est qu’une passerelle pour faire avancer ses idées racistes. Le FN reste donc au demeurant ce qu’il a toujours été : un parti capitaliste, nationaliste et autoritariste, trois dimensions qui font partie des socles principaux du fascisme.

[1] En premier lieu les associations d’aide au migrants, de solidarité internationale.
[2] Lire FN, le pire ennemi des salariés, brochure éditée par le collectif VISA
[3] La logique de Marine Le Pen se rapproche en effet de celle de Thatcher lorsqu’elle se dit favorable à l’aide sociale, mais pas au détriment de la réussite sociale (sous entendu : l’enrichissement personnel sans limite), à travers son programme de destruction du mouvement syndical, ou lorsqu’elle qualifiait, en 2010 les grévistes de pétroplus de preneurs d’otages.
[4] Parti fasciste italien, reconstitué après la seconde guerre mondiale, se revendiquant d’un fascisme défenseur des droits sociaux, mais qui, en réalité, n’a fait que revendiquer la restauration d’un pouvoir fort et mener des actions coup de poing contre les immigrés et les militants de gauche.
[5] se rappeler de la polémique sur la viande hallal
[6] « Le Pen, son compte suisse et son trésorier », Médiapart, 10/04/2013
[7] « Le micro-parti de Marine Le Pen: des euros par millions », Médiapart, 22/10/2013
[8] Claire Checcaglini, Journal d’une infiltrée
[9] Pour la composition sociale des cadres du FN, se référer à Jean-Baptiste Mallet, Derrière les lignes du Front

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