Une réunion fasciste à Angers… rien de bien « Chic »

Mercredi 14 octobre, à Angers, le Chic, bar situé au 8 rue des Houlières, a été privatisé pour accueillir en toute sérénité une (extrême) droite conservatrice et décomplexée. Le tout à l’initiative de Racines d’Avenir, organisation nationaliste. Voici un petit point d’une situation loin d’être « chic ».

Racines d’Avenir, c’est quoi ce truc ?

A l’origine, Erik Tegnér

Mais qu’est-ce que Racine d’Avenir ? Mouvement fondé par Erik Tegnér, dont la famille est historiquement liée au Front National (Marcel Chéreil de la Rivière, son grand-père est un ami historique de Jean-Marie Le Pen, son oncle est l’ancien maire FN de Toulon), ce dernier a d’abord été encarté au Front National en 2011 avant de rejoindre le parti des Républicains en 2012 (UMP à cette époque).

Nous avons là un clown qui sait donc parfaitement jongler entre la droite libérale et l’extrême droite réactionnaire. Soutenu par l’extrême droite électoraliste (Sébastien Chenu, porte parole du RN, Nicolas Dupont-Aignan, patron de Debout la France, Jean Frédéric Poisson, etc.), il défend ouvertement les prises de position des néofascisants au pouvoir comme Victor Orban (6)(8). En outre, Erik Tegnér a déjà prôné une alliance avec Marine Le Pen (7).

Erik Tegnér, un proche de Marion Maréchal et d’Eric Zemmour et partisan de la Convention de la droite

Erik Tegnér est également l’un des trois organisateurs de la « Convention de la droite » – ou plutôt de l’extrême droite (10) – à laquelle a participé Eric Zemmour et Marion Maréchal. Dans le prolongement de ses prises de positions empuanties, il a suivi une formation en 2018 à l’ISSEP dont la directrice n’est autre que Marion Maréchal (9).

Erik Tégner passe le flambeau, Racines d’Avenir garde la cap

Aujourd’hui Erik Tegnér n’est plus président de Racines d’Avenir. Il s’agit désormais d’Eddy Casterman, maire-adjoint d’Englos (Nord) et assistant parlementaire du sénateur Vincent Segouin. Aussi, Racines d’Avenir reste encore et toujours un mouvement conservateur d’extrême droite proche d’Erik Zemmour et des Jeunes Républicains (succursale de LR) qui tente de dédiaboliser son extrémisme de droite. La preuve en image :

Un petit panorama du Mouvement Racines d’Avenir à l’échelle nationale, ça vous dit ? Le voici. A sa tête, on retrouve Eddy Casterman, assisté de Pierre Louis Delauney, membre des Jeunes Républicains. L’Étudiant Libre, journal d’extrême droite, fait de lui un portait élogieux qui n’a pourtant rien de glorieux. Aussi, élevé par les scouts, on apprend par la suite qu’il deviendra responsable de la Cocarde étudiante de Rouen.

Racines d’Avenir est ainsi composé de 3 secrétaires généralaux adjoint-e-s et de 3 portes-paroles. L’un des portes paroles, Victor Bonnin, a particulièrement attiré notre attention… En effet, ce dernier, originaire de Cholet, n’y est pas pour rien dans l’organisation de cette petite rencontre fascisante angevine au Chic.

Racines d’Avenir Pays de la Loire au Chic, une rencontre animée par Victor Bonnin… en présence de l’Alvarium

Il semblerait que Victor Bonnin était l’animateur de la soirée, comme l’atteste la photo ci dessous. Il est porte-parole (voir organigramme ci-dessus) ainsi que représentant régional de Racines d’Avenir qui revendique être un « mouvement de jeunesse conservateur et populaire ». Il semblerait aussi que Gaspard Beaumier, membre de l’Alvarium avec son t-shirt apparent, ne se soit pas fait refuser l’entrée. L’Alvarium aurait-il une incohérence idéologique, lui qui est censé être contre le système, le RN et les Républicains ? A moins que l’union des droites voit dans les organisations fascisantes comme l’Alvarium une stratégie et un mouvement de fond pour faire évoluer l’extrême droite française.

D’autre part, Victor Bonnin, choletais de 18 ans, étudiant en droit et sciences politiques à Rennes 1, a participé à la campagne de Gilles Bourdouleix (mairie de Cholet). Pas la peine de développer son idéologie, en un tweet tout est dit :

Une union des droites de l’extrême-droite à Angers

C’est dans ce cadre de pensée qu’une soixantaine de nationalistes (selon les organisateurs-ices qui en attendaient 70) et autres fascistes se sont réuni-e-s à l’initiative de Racines d’Avenir Pays de La Loire au café le Chic pour y discuter de la ‘‘dictature de la pensée unique’’ :

Apparemment, « l’union des droites » (11) prônée par Erik Tegnér a le vent en poupe dans la sphère fascisante angevine. Reprise par Eddy Casterman à la tête de Racines d’Avenir et par ses colistiers comme Victor BONNIN dans les Pays de la Loire, cette convergence mange dans la même gamelle que les nationalistes.

Procédons par ordre… Parce qu’il y avait du beau monde parmi cette sphère conservatrice.

Sébastien Pilard

Commençons par la présence de Sébastien Pilard(@spilard). Sa doctrine converge largement vers les idéaux nationalistes, racistes, et anti-PMA. Co-fondateur de Sens commun, conseiller chez les Républicains pour les Pays de la Loire, il s’est fait remarquer pour un de ses dîners avec Marion Maréchal, elle même proche d’Erik Tegnér (1). Aussi, sa présence n’est pas passée inaperçue au Chic parmi ses congénères racistes et xénophobes, quelques jours après avoir participé à la manif pour tous de Nantes le samedi 10 octobre 2020, comme le témoigne ce tweet :

Agnès Thill

Ensuite, c’est au tour d’Agnès Thill de faire le déplacement depuis l’Oise, certainement parce que cette ancienne députée de LREM est à l’aise dans le milieu de l’extrême droite électoraliste, notamment quand il a fallu porter avec le Rassemblement National (RN) un projet de loi visant à interdire l’écriture inclusive (2). Elle est aussi farouchement opposée à PMA (3)… Tiens tiens, Mme Thill aurait-elle des affinités idéologiques avec son homologue Sébastien Pilard ?

Guillaume Bernard

Nous ne sommes pas non plus passé-e-s à côté de la présence du conservateur Guillaume Bernard. Il est notamment à l’initiative de l’ « appel d’Angers pour l’union de la droite », relayé par le magazine nauséabond Valeurs Actuelles pour lequel il est aussi chroniqueur…. De quoi ravir nos idéologues de Racines d’Avenir. Pas la peine de préciser (mais on le fait quand même) qu’il est opposé à la PMA et est pro manif pour tous… de quoi ravir, cette-fois ci, Agnès Thill.

Professeur à l’ICES, Guillaume Bernard donne également des cours sur « les valeurs de la droite » à l’Institut de Formation Politique (IFP) de Sèvres qui propose « une formation à la fois intellectuelle et pratique, ouverte à toutes les sensibilités de droite : libérale, conservatrice, souverainiste, identitaire », selon son directeur Alexandre Pesey (4).

Guillaume Bernard nage donc comme un poisson dans l’eau quand il professe sa pensée conservatrice à l’IFP. Lui-même avoue que l’«IFP est un laboratoire dans lequel le processus de convergence des droites est possible » (4). Au moins, il doit bien s’entendre avec Marion Maréchal, puisqu’elle même intervient à l’IFP… Oui, la même qui se tape des bouffes avec Sébastien Pilard. Pas la peine de préciser (mais on le fait encore), qu’il a participé à la manif pour tous au même titre que Sébastien Pilar et Agnès Thill.

L’UNI présente avec Jacques Smith

Sommes nous étonné-e-s de la présence de L’UNI à cette soirée ? Non. Ce syndicat qui gangrène le monde universitaire par ses idéaux libéraux et conservateurs est trop souvent présenté comme ‘‘proche de la droite’’.

Pourtant, l’UNI surfe davantage sur une idéologie nationaliste bien ancrée (5). Cherchant à « promouvoir une « certaine idée de la France », de sa civilisation et de son Ecole », cette organisation s’est construite en opposition à mai 68 qu’elle considère comme des événements qui discréditent et mettent à terre les « les repères et les institutions (famille, école, nation, armée, …) sur lesquels reposait la société française ».

Dire que cette organisation est de droite est un euphémisme : elle est d’extrême droite. La preuve encore ce mercredi soir en honorant sa présence au sein de la fachosphère angevine :

Aussi, c’est par l’intermédiaire de Jacques Smith que l’UNI a été présentée en cette soirée. Responsable de l’UNI Paris Nanterre, cet étudiant en sciences politique semble s’entendre à merveille avec Eddy Casterman, président de Racines d’Avenir :

Il est aussi très fière d’être (d’extrême) droite au même titre que son pote Victor Bonnin, organisateur de la soirée au nom de Racines d’Avenir :

Un soutien de la presse d’extrême droite : l’Incorrect et l’Étudiant libre, partenaires et présents

L’incorrect : le mensuel correctement d’extrême-droite

On notera aussi le soutien à l’événement de L’Incorrect, fondée par des proches de Marion Maréchal, et notamment Jacques de Guillebon, directeur de la rédaction et conseiller de Marion Maréchal (9). Jacques de Guillebon participe aussi au conseil scientifique de l’ISSEP, l’école de cette même Marion Maréchal (école où s’est formé Erik Tegnér). Correctement d’extrême droite, l’Incorrect est dans la lignée de Racines d’Avenir. En effet, il cherche à mettre fin au clivage entre LR et le RN (13). Apparemment, c’est déjà bien entamé. Ce journal torchon puise notamment son inspiration dans les idées maurassiennes (14). Financé par Charles Beigbeder, ex DRH de l’Oréal, le conservatisme sur fond « d’identité » est de mise dans ses colonnes. Il s’oppose notamment au mariage pour toustes, à l’adoption homoparentale, ou encore la PMA, en bon ‘‘maréchalien’’.

L’Étudiant libre : libre de dire n’importe quoi, tant que c’est d’extrême-droite

Pour finir, L’Étudiant libre soutenait également l’événement. Ce mensuel conservateur a été créé non loin d’Angers, à la Roche sur Yon. Présidé par Stanislas Rigault, étudiant à l’ICES (là-même où est prof Guillaume Bernard) et soutenu par Pierre Romain Thioret, secrétaire général de la Cocarde étudiante, L’Étudiant libre, «L’Étudiant Libre est une publication conservatrice et patriote qui ambitionne de rassembler tous les courants de la droite », selon Stanislas Rigault (15). La messe est dite. Plusieurs personnalités politiques d’extrême droite viennent vomir leurs propos haineux : Jean-Marie Le Pen, Philippe de Villiers, Jean Frédéric Poisson, Charlotte d’Ornellas (valeurs actuelles), etc (15).

En tout cas, L’étudiant libre semblait heureux de pouvoir être présent ce mercredi 14 octobre:

Une bonne partie proche de Bruno Retailleau, président du groupe LR du Sénat

En 2018, alors qu’il était candidat pour les Jeunes Républicains, Erik Tegnér prônait déjà une alliance avec l’extrême droite. Il disait qu’ « une majorité de la base LR pense comme moi sur l’union des droites mais dit le contraire » (9). A qui donc peut bien profiter en partie ce vivier de néofascistes ? A la droite électoraliste et politique qui opère depuis un moment un glissement à l’extrême droite.

A l’image de Bruno Retailleau, président du groupe LR du Sénat. Petit rappel. Bruno Retailleau est né à Cholet (clin d’œil à Victor Bonnin). C’est un proche de Philippe de Villiers pour lequel il adhère initialement au parti de ce dernier, le Mouvement Pour la France (MPF). Il adhère ensuite à l’UMP (aujourd’hui LR) et deviendra sénateur puis président du Groupe LR au sénat, fonction qu’il exerce depuis 2014. Avant cela, il a aussi été président du Conseil général de Vendée de 2010 à 2015 puis président du Conseil régional Pays de la Loire de 2015 à 2017.

Aussi, Bruno Retailleau semble être proche ou au moins avoir croisé une partie des colistier-e-s présent-e-s ce mercredi 14 octobre à Angers.

Par exemple, lors des élections régionales de 2015, Sébastien Pilard, le fondateur de Sens Commun présent mercredi, invitait « tous ceux qui désirent l’alternance dans les Pays de la Loire, à s’engager derrière Bruno Retailleau pour assurer la reconquête de la région tant attendue par les ligériens » (12). Sébastien Pilard mise donc beaucoup sur Bruno Retailleau et considère que « Sens commun sait pouvoir compter sur l’homme de conviction qu’il est pour porter très haut les valeurs que nous partageons avec lui » (12) . Pas la peine de décortiquer davantage les liens qui unissent ce partisan de la droite dure et Bruno Retailleau.

Mais ce n’est pas tout. Le choletais Victor Bonnin semble heureux comme un coq en patte de poser avec Bruno Retailleau au lors de l’Université d’été de La Baule de LR, avec… Jacques Smith, qui représentait l’UNI ce mercredi 14 octobre à Angers.

 


Bref, nous l’aurons compris, l’extrême droite angevine tente de s’organiser sur notre territoire. Même si cela progresse doucement, il s’agit d’une stratégie progressive qui s’inscrit dans une généalogie de l’extrême droite : la création du journal de l’Incorrect, puis de l’école de Marion Maréchal, et enfin des mouvements comme Racines d’Avenir ou la Cocarde Etudiante qui investissent les milieux étudiants… et que l’on retrouve dans les partis électoralistes traditionnels (LR, RN).

Difficile de dire que la boucle est bouclée, tellement leurs liens sont étroits et sinueux. Mais le chemin est encore long pour elleux : tant que nous seront là, iels n’y parviendront pas.

Et pour finir, le bar en question se défend de toute implication idéologique :

Mouais… nous ne rappellerons jamais assez que l’on ne discute pas avec l’extrême droite.

Sources

Sources initiales :

Nathalie Hamon, « Maine-et-Loire. Des militants de la droite conservatrice se réunissent à Angers », Ouest-France, 2020.

Philippe Rubion, « Angers. La droite dure motive ses jeunes troupes », le Courrier de l’Ouest, 2020.

Philippe Rubion, « Angers. Des étudiants réunissent des leaders de la droite de la droite », le Courrier de l’Ouest, 2020.

Sources d’appuis

(1) Auberi Maitrot, Thomas Cauchebrais, Pierre Girault, Fanny Brevet, « Sébastien Pilard, vice-président de la Région Pays de la Loire », RCF, 2019.

(1) Yan GAUCHARD. « Sébastien Pilard, élu (LR), privé de délégations à la Région », Ouest-France, 2019

(2) Léa Pernelle, « Deux députés ex-LREM rejoignent le RN dans sa résistance contre l’écriture inclusive » , Le Figaro, 2020

(3) AFP, « Exclue de LREM après ses propos sur la PMA, la députée Agnès Thill rejoint le groupe UDI », l’Express, 2020

(4) Alexandre Sulzer, « L’école modèle de Marion Maréchal-Le Pen », 2018

(5) Olivier Faye, Abel Mestre et Caroline Monnot, « Qu’est-ce que l’UNI ? », Le Monde, 2012.

(6) Lucie Alexandre, « Érik Tegnér, fer de lance de « l’union des droites » », La Croix, 2018.

(7) « Erik Tegnér, le candidat à la présidence des Jeunes Républicains qui prône l’alliance avec Marine Le Pen », 20minutes, 2018

(8) Pauline de Saint-Rémy, « Erik Tegnér, le jeune LR qui prône une « union des droites » jusqu’à Marine Le Pen », RTL, 2018.

(9) Alexandre Sulzer, « Erik Tegnér, extrême-rebelle », l’Express, 2018.

(10) Lucie Soullier, « A Paris, la « convention de la droite » de Marion Maréchal rejoue les classiques de l’extrême droite », le Monde, 2019.

(11) AFP,« LR lance une procédure d’exclusion contre Erik Tegnér, partisan de l' »union des droites », l’Obs, 2019.

(12) Ouest France, « Régionales : Sens commun « s’engage » derrière Retailleau », 2015.

(13) Paul Aveline, « « L’Incorrect », le magazine qui veut réconcilier droite et extrême droite », le JDD, 2018.

(14) Laurent de Boissieu, « L’Incorrect, un nouveau magazine entre droite et extrême droite », La Croix, 2017.

(15) Louis Heidsieck, « Qu’est-ce que «L’Etudiant libre», le mensuel conservateur attaqué à Rennes? », Le Figaro, 2019.

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Jean-Eudes Gannat : Faites ce que je dis, pas ce que je fais

Il nous semble évident de revenir sur l’article récemment publié dans les colonnes du Ouest-France au sujet de ce qu’il convient de qualifier d’Affaire Comunotec. L’article est parfaitement étayé mais il nous a donné envie d’aller constater par nous-mêmes les preuves matérielles de l’hypocrisie et la duplicité du petit chef des fascistes angevins qui occupe une place centrale dans cette affaire.

Le Prince Vaillant des réseaux sociaux

La principale et la plus dense de nos sources d’informations prend la forme du document ci-dessus. Il s’agit du procès-verbal de l’assemblée générale extraordinaire de Comunotec. Cette entreprise créée à l’été 2015 prétend donc travailler dans le secteur du « développement et de la conception de matériel de sécurité ». Cet aride document légal nous intéresse au plus haut point parce qu’il matérialise le moment où Jean-Eudes Gannat, alors âgé de 22 ans est désigné comme président pour la durée d’une année à compter du 05 décembre 2016.

Ce rejeton de la bourgeoisie, fils d’un conseiller régional Pays-de-la-Loire exclu du RN, qui aime tant jouer au rebelle ne nous est évidemment pas inconnu. Nous avons déjà retracé par le passé une partie de son parcours et les angevin.e.s ne sont pas sans ignorer les frasques de sa bande fasciste de l’alvarium qui défrait trop régulièrement la chronique judiciaire (voir ici et ici).

En dévôt inconditionnel du « c’était mieux avant », Jean-Eudes Gannat est prompt à pourfendre la déshumanisation du monde, que ce soit à travers la robotisation où la vidéosurveillance. Quelques captures d’écran glanées de-ci, de-là dans le flot de sa logorrhée en attestent.

Mais comme les angevin.e.s le savent également il n’est pas à une tartufferie près.

Un homme de paille de la « GUD Connexion » ?

Revenons à notre PV qui montre qu’il est prompt à se mettre au service de la frange la plus radicale de l’extrême-droite, surtout s’il est possible de faire des affaires. Déjà, par le passé, Jean-Eudes Gannat a travaillé pour Riwal, la société de Frédéric Chatillon. En 2014 il a également été au service du Carré Casa, là encore une entreprise proche de ce qu’il est coutume d’appeler la GUD connexion.

Dans le cas qui nous concerne, la GUD Connexion est présente au sein de Comunotec via la société SOWINVEST et le groupe ERER.

Derrière la holding SOWINVEST il y a Paul-Alexandre Martin. Né en 1990, il est passé par la fac de droit d’Assas. Un temps son colocataire ne fut autre que Julien Rochedy avec qui il milite au FNJ.  Community manager, photographe officiel de Marine Le Pen, c’est un entrepreneur madré qui par exemple aura mis en place les sites internet des députés européens FN.

Quant au groupe ERER, on ne présente plus son principal actionnaire Frédéric Chatillon. Ancien militant du GUD, ami de Marine Le Pen. Avec son acolyte Axel Lousteau ils ont de multiples sociétés toujours en affaire avec le FN pour le meilleur et surtout pour le pire.

Paul-Alexandre Martin (en arrière plan) avec Frédéric Chatillon, Julien Rochedy, Jean-Lin Lacapelle et Axel Loustau.

Frédéric Chatillon n’est pas en reste lorsqu’il s’agit de ramasser du pognon, il est adepte des montages alambiqués de sociétés sciemment imbriquées les unes dans les autres, un écheveau très difficile à démêler et pas toujours du goût de la justice.

Jean-Eudes Gannat s’imagine probablement parmi ses pairs, jouant dans la cour des grands. Mais si sa situation de « président » est ronflante sur le papier, dans la pratique il ressemble quand même rudement à un sous-chef d’entreprise, un homme de paille voire à un bête fusible. Notons que, quel que soit le cas de figure, cela n’enlève rien de sa responsabilité dans l’affaire qui suit puisqu’il sait parfaitement avec qui il s’est mis en cheville.

Peur sur la ville

Un des moments capitaux de la brève existence de Comunotec et de son très discret directeur commercial Julien Costals, est la tenue d’un stand au salon des Maires en novembre 2015. L’entreprise se présente en effet comme spécialiste d’un service sur mesure destinés à de petites collectivités dotées de moyens limités. La vidéo promotionnelle qui suit vaut mieux qu’un long discours

Beaucoup de bleu-blanc-rouge, des églises taguées lorsqu’il s’agit d’illustrer les « incivilités », on ne se refait pas à l’extrême-droite. Pour attirer les maires désemparé.e.s qui cèdent aux sirènes sécuritaires le discours paraît rôdé. La plaquette de présentation se veut rassurante pour des élu.e.s. mettant en avant un savoir-faire reconnu par des acteurs issus de secteurs tels l’industrie pétrolière où, plus sensibles encore, de la défense ou de la justice.

Pourtant, l’article de Ouest-France prouve clairement que ces assertions ne sont que de la poudre aux yeux. En réalité Comunotec leurre sa potentielle clientèle avec de la pure propagande qui donne de la consistance à une entreprise peu active et sans références solides.

Et Comunotec inventa le perchoir à oiseaux connecté

En mars 2017, la petite commune d’Andlau, dans le département du Bas-Rhin fait affaire avec Comunotec pour la fourniture d’un système de quatre caméras de vidéosurveillance (ne comptez pas sur nous pour parler de « vidéoprotection ») : une située Place de l’école, deux à l’Abbatiale et une sur le parking des Remparts. Le maire actuel rapporte que le deal impliquait une installation du système livré par Comunotec par les soins des services municipaux. Mais à la livraison, le produit n’a que peu de rapport avec le cahier des charges. Une observation rapide du matériel par le maire de l‘époque montre l’impossibilité du dispositif à remplir correctement sa fonction : « Sur le plan technique, c’était zéro, des incompétents. J’ai refait un cahier des charges, mais ils n’ont jamais répondu. » dixit l’ancien maire. Effectivement les caméras en question ressemblent plus à des nichoirs à oiseaux high-tech qu’à autre chose.

Il y aura bien quelques échanges avec Comunotec afin de revenir à ce qui avait été convenu mais vite l’entreprise disparaît des radars. En décembre 2017, lors d’un conseil municipal, le maire de l’époque informe les élu.e.s que l’entreprise Comunotec a déposé le bilan et mise en liquidation judiciaire.

PV du conseil municipal du 21/12/2017

Mot du maire fin 2017

Ce contrat frauduleux aura coûté à la commune la bagatelle de près de 14000 euros. D’après nos recherches Comunotec n’aura effectué qu’un seul et unique chantier et, au vu des éléments en notre possession et aux propos du maire actuel il est difficile de douter du caractère crapuleux de l’entreprise.

Alors quelles conclusions tirer de cet affaire ? Peut-être est-il judicieux de s’en remettre à la définition de l’escroquerie dans l’alinéa 1 de l’article 313-1 du code pénal :

« L’escroquerie est le fait, soit par l’usage d’un faux nom ou d’une fausse qualité, soit par l’abus d’une qualité vraie, soit par l’emploi de manœuvres frauduleuses, de tromper une personne physique ou morale et de la déterminer ainsi, à son préjudice ou au préjudice d’un tiers, à remettre des fonds, des valeurs ou un bien quelconque, à fournir un service ou à consentir un acte opérant obligation ou décharge. ».

C’est alambiqué mais on comprend l’idée. En ce qui concerne Comunotec on peut dégager les traits suivants qui font écho à cette définition :

-Afin d’instaurer la confiance, l’entreprise a usé de références inexistantes.

-Elle a livré du matériel qui ne correspondait pas au cahier des charges convenus.

-Elle a empoché une partie de l’argent sans remplir sa part du contrat.

-Elle répond aux abonnés absents quand la mairie d’Andlau la relance.

Si poursuites judiciaires il y a, cela fera beaucoup de soupçons à dissiper pour Jean-Eudes Gannat et les personnes impliquées dans Comunotec.

N’étant pas juges et n’ayant pas le moins du monde l’intention de le devenir, nous vous laissons le loisir de savoir si dans ce cadre le susnommé Jean-Eudes Gannat « mérite », en plus du qualificatif de fasciste, celui d’escroc. Si ça peut vous aider à trancher, quelques synonymes populaires d’escroquerie permettent une approche moins judiciaire mais plus imagée: arnaque, duperie, magouille, crapulerie pour n’en citer que quelques-uns.

Quant à nous, notre opinion est faite. Et d’un point de vue politique, il y a belle lurette que l’extrême-droite n’est qu’un ramassis de malfaiteurs et d’escrocs. Jean-Eudes Gannat ne fait pas exception et l’hypocrite doit être mis au ban de la vie politique. C’est une bonne nouvelle que désormais personne ne puisse décemment accorder à sa parole le moindre crédit.

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Faire taire l’extrême-droite

Nous avons coutume de rappeler que les idées d’extrême-droite ne sont pas de simples « opinions ».

Renaud Camus avec ses élucubrations rhétoriques autour du «Grand Remplacement» a ainsi directement contribué à ce qu’aux antipodes un suprémaciste blanc commette le massacre de Christchurch. Il y a un indéniable lien de cause à effet.

Nous pourrions multiplier les exemples historiques jusqu’à la nausée.

S’il est une seule règle de base à retenir de l’antifascisme c’est la suivante : On ne discute pas avec l’extrême-droite. On la combat.

Le projet de société de l’extrême-droite porte un futur (et déjà un présent) liberticide. Et en appeler à la liberté d’expression n’est pour les fascistes qu’un moyen de s’implanter dans le paysage des idées afin de ronger ce qui fait lien dans nos sociétés. Nous avons récemment dans un texte explicité cette position non négociable.

Malgré tout, nous ne sommes guère surpris.es que localement certain.e.s personnes aient la faiblesse d’esprit et/ou la mauvaise foi de vouloir donner la parole aux fascistes.

En effet, une association nommée Changer(s) d’ère propose, fin octobre dans une salle municipale, un débat autour de l’Union Européenne et de la question de la souveraineté. Quatre invités sont prévus parmi lesquels Jean-Eudes Gannat, petit chef des fascistes de l’alvarium. Face à lui, où plutôt avec lui, des représentants de la gauche (EELV notamment) ainsi qu’un membre de LREM.

Nous nous sommes par le passé mobilisé.e.s à de très nombreuses reprises pour dénoncer le prêt de salles municipales, à Angers et alentours, à des officines d’extrême-droite.

Notre position est inchangée, il est toujours hors de question de laisser s’exprimer des fascistes, qui est plus est dans une salle municipale.

S’il advient que des représentants de «gauche» acceptent vraiment de se prêter à ce jeu truqué de légitimation des idées puantes et du passif violent et raciste d’une bande de fascistes, cela sera le signe indubitable d’une grave déliquescence intellectuelle. Ce sera aussi une faute politique que nous n’oublierons pas.

Peut-être que certain.e.s pensent pouvoir «se faire» Gannat en l’humiliant par la force des mots (son résultat aux dernières élections législatives avec 1 % de voix est déjà en soi une humiliation publique suffisante). Mais pour ce dernier, le simple fait de poser son séant dans une salle municipale tout en discutant aimablement avec des représentant.e.s autorisé.e.s de la démocratie serait une victoire. La postérité oubliera ce qui s’est dit ce soir là pour retenir que les idées fascistes auront été légitimées à s’exprimer publiquement.

Nous appelons donc les intervenant.e.s potentiel.le.s à signifier publiquement qu’ils/elles ne participeront pas à une telle mascarade. Déjà, au moins un intervenant prévu a annoncé son retrait et il semble qu’un.e autre pressenti.e fasse de même. Nous espérons que les autres auront la présence d’esprit de lui emboîter le pas et de laisser les fascistes entre elleux.

Parce que nous n’oublions pas que l’alvarium, son chef et ses membres sont racistes, violent.e.s, qu’ils mentent, menacent, discriminent, invectivent, frappent, nous allons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour que cette réunion soit un échec. Mieux, qu’elle n’ait pas lieu.

Combattre l’extrême-droite, ce n’est pas lui tendre un micro pour rendre son discours audible et lui offrir une audience inespérée. Combattre l’extrême-droite c’est la faire taire.

Le RAAF

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L’université d’été d’Academia Christiana à Notre-Dame d’Orveau : la boucle est bouclée.

Comme chaque été depuis 2013, le mouvement nationaliste Academia Christiana a organisé son université d’été. Mais cette année, au lieu qu’elle se déroule à l’institut des Croix-Des-Vents, à Sées (Orne), la rencontre a eu lieu dans une autre école, à Nyoiseau (Maine-et-Loire) : Notre-Dame d’Orveau. Ce changement n’a rien d’un hasard et est même assez logique quand on connaît le passif à la fois de ce mouvement et de l’institution qui l’a accueilli. Cet article s’attachera à donner des points de repère pour comprendre l’historique et le contexte qui ont permis la visite des nationalistes en Anjou du 17 au 22 août dernier.

1) Pourquoi un changement de lieu ?

Tout d’abord, commençons par un petit rappel concernant cette université d’été. Celle-ci est organisée par Victor Aubert, lui-même enseignant à l’institut des Croix-Des-Vents, à Sées. C’est donc logiquement là-bas qu’il organise, en compagnie d’autres nationalistes, ces événements. Mais à partir de l’été 2019, une série de petits scandales vont venir écorcher l’image de façade de ces réunions présentées comme inoffensives auprès des habitant.e.s du coin. Alors que même Marion Maréchal refuse d’y être invitée (c’est dire), le maire de Sées va accepter de participer à une des conférences, ce qui va ensuite lui être reproché lors d’un conseil municipal. Victor Aubert va alors être accusé d’être un personnage infréquentable ayant « piégé » le maire. Aubert réagit dans la presse locale et change son pseudo sur Facebook (auparavant son nom était Ober, qui est aussi un grade de la Wermacht…). A cette occasion, il revêt son plus beau costume pour montrer à tou.te.s qu’au fond, il n’est pas vraiment méchant.

Victor Aubert

L’affaire aurait pu s’arrêter là, mais certain.e.s lecteur.trice.s de La Horde se sont rappelé.e.s que quelques temps auparavant, le site antifa avait publié un article où on voit une vidéo de Victor Aubert effectuant un salut nazi à une manif pour tous. Le plus incompris des normands se retrouve de nouveau à devoir se défendre dans la presse. Cette fois-ci, il explique que ce n’était qu’un « salut romain »… Bon, pour nous, quand on se frappe la poitrine avant de tendre le bras droit au milieu de militants du GUD, ça fait quand même un peu facho. Quoi qu’il en soit, pour Victor Aubert qui espérait se retrouver sur une liste aux élections municipales de 2020, ça fait tâche.

Est-ce que ce sont toutes ces raisons qui ont obligé les nationalistes à déménager pour leur université d’été 2020 ? C’est une possibilité. Mais pas d’inquiétudes, le lieu idéal pour les héberger existe… Notre-Dame d’Orveau !

2) Pourquoi Notre-Dame d’Orveau ?

Et oui ! Quoi de plus logique pour Victor Aubert, et une partie de ses ami.e.s, de revenir là où illes ont effectué.e.s leur scolarité quand illes étaient enfants ? Car Aubert est très loin d’être le seul militant nationaliste à être passé par cet internat privé sous contrat. En Anjou, c’est même presque la norme. Rien qu’en ce qui concerne l’Alvarium, et son réseau de proches, dresser une liste serait fastidieux. On peut quand même citer la famille Gannat, la famille Fleury, Pierre Trémolet De Villers, Paul-Alexis Husak, Thomas Gueyffier, la famille Cochin, Théodore Riant, Louis Simonet… Bien sûr, au moment de leur passage dans cette école, illes n’étaient pas tou.te.s les sinistres personnages qu’illes sont devenu.e.s ensuite. Parfois même, illes avaient l’air plutôt inoffensif.ive.s. Petite illustration avec Paul-Alexis Husak :

Paul-Alexis Husak

Sur les deux vignettes à gauche, il passerait presque pour un écolier modèle. Sur les trois vignettes à droite, avec les Zouaves à Paris, en train d’être repérés par des antifas qui les filment. Dommage de finir aussi mal…

A noter également que l’école accueille parfois des enfants de « stars » comme une des filles de Marine Le Pen ou encore des enfants de Philippe de Villiers.

On commence à le comprendre : Notre-Dame d’Orveau c’est beaucoup une histoire de réseau. Mais l’homogénéité de celui-ci repose aussi sur l’importance des liens familiaux. Par exemple, on remarque que plusieurs militant.e.s ou proches de l’Alvarium ont des parents plus ou moins investi.e.s dans l’école. Pour Thomas Gueyffier, sa mère (Caroline Gueyffier) est surveillante de l’internat filles et son père (Patrice Gueyffier) est attaché de gestion pour l’école. Pour Louis Simonet, c’est sa mère (Laurence Simonet) qui est secrétaire de l’association des parents d’élèves. Quand à Hugues Soreau, son père (Emmanuel Soreau) est intervenu ponctuellement au « forum des métiers »

Et puisqu’on parle de famille, comment ne pas parler de celui qui a été directeur de l’établissement de l’été 2013 à l’été 2020 (1) : Yann De Cacqueray-Valmenier. Ce nom vous dit quelque chose mais vous n’êtes plus sur d’où vous l’avez entendu ? Le schéma ci-dessous va vous aider à y voir plus clair.

Cacqueray-Valmenier

Sur le schéma, en dehors de Yann, on retrouve donc son fils Louis. S’il a réussi un temps à se faire une place à la mairie du Mans sous l’étiquette RN, ses sympathies vont bien au-delà du parti et ses idées rejoignent pour une bonne partie celles des nationaux-catholiques. Il est un proche de Jean-Eudes Gannat et soutient logiquement Academia Christiana, comme en témoigne son retweet, quelques jours après l’université d’été, d’un message plutôt équivoque.

Academia

Toujours sur le schéma, on retrouve également Régis, aumônier du mouvement Civitas. Sur la photo, à la première université d’été de Civitas en 2018, il est au centre. A gauche, on retrouve Alain Escada et à droite, l’Abbé Beauvais. Marc, enfin, le petit dernier est la tête brûlée de la famille. Il est surtout l’un des meneurs des Zouaves, un groupe parisien plus connu pour sa violence que pour ses prises de parole. Sur la vignette de gauche, il participe à un tournoi de sport de combat. Sur les vignettes de droite, toujours avec le même sweat M8l8th (2), à un « nazi-versaire » en train d’effectuer des saluts nazi et de crier « sieg heil ». Ces vignettes sont extraites d’une vidéo qu’a révélé Mediapart.

Certes, cette famille est « particulière », mais certains pourraient encore douter des raisons de la place de Yann de Cacqueray-Valmenier sur ce schéma, ou encore de son rapport à l’université d’été d’Academia Christiana. Après tout, il aurait pu se faire avoir et ne pas avoir bien compris à qui serait louée l’école en ce mois d’août, non ? Le problème c’est qu’il a aussi écrit un chapitre dans un ouvrage sur l’éducation dirigée par Louis-Marie de Blignières, dont on vous parlait déjà dans un article il y a presque un an (et où on parlait déjà de l’université d’été d’Academia Christiana d’ailleurs). Ce n’est pas tout, parmi les personnalités qui ont été invitées à l’école, du temps où Yann De Cacqueray-Valmenier était directeur, certaines on retenu notre attention…

Secher Poisson

Reynald Secher, historien controversé (3), y est venu partager sa vision des guerres de Vendée, sujet récurent dans l’extrême-droite catholique. Quand à Jean-Frédéric Poisson, il a été invité pour animer une conférence sur le thème « Y a-t-il une place pour les chrétiens en politique ? » Un peu naïf comme titre, pour ce conservateur qui prône « l’union des droites » (ce qui inclut les plus radicales)…

On peut donc dire que Notre-Dame d’Orveau n’est pas une école comme les autres et que la formation politique y a aussi sa place. Mais est-ce que ces idées arrivent à toucher les élèves qui y sont scolarisé.e.s ? Sans doute pas tou.te.s, mais suffisamment pour que de drôles d’images apparaissent dans les vidéos censées faire la promotion de l’établissement et de son internat sur Youtube :

internat

Sur la vignette de gauche, où on retrouve l’angevin Enguerrand Fleury, on distingue un drapeau de La Manif Pour Tous. Sur la vignette centrale on retrouve en haut Thibaut Cochin portant un t-shirt de l’Alvarium et en bas Thomas Gueyffier. Enfin, sur la vignette de droite, chacun.e interprétera comme il le veut le drapeau au mur… On pourrait alors être étonné.e que le règlement précise que « les insignes à caractère politique sont prohibés ». Mais celui-ci précise également que « la décoration des chambres est soumise à l’appréciation du responsable d’internat ». Ouf, on comprend mieux !

3) Concrètement, ça a donné quoi ?

Au final, une fois cette (un peu longue mais essentielle) mise en contexte effectuée, on comprend mieux comment la dernière université d’été d’Academia Christiana s’est retrouvée à Notre-Dame d’Orveau. Le dernier soir s’est conclu par un concert du groupe nationaliste FTP, dont une photo en particulier trahit l’endroit où l’événement a eu lieu.

notre dame d'orveau concert faf

Même salle, deux ambiances : en haut concert rock d’extrême-droite, en bas cours d’EPS pour les élèves.

Le reste de la semaine fut comme d’habitude un condensé de ce que ces milieux savent produire : un mélange de conférences qui regrettent le bon vieux temps et exècrent le monde d’aujourd’hui, ponctué par des ateliers sport de combat ainsi que des fêtes en soirée. Un mot tout de même, pour insister sur le fait que les séances de sport ne sont pas si anodines qu’il n’y paraît : cette photo nous a permis de reconnaître un ancien militant du GUD dont le tatouage fait plus référence à son amour de la bagarre de rue qu’à l’esprit sportif…

tatouage gud

Enfin, impossible de ne pas dire un mot sur l’omniprésence des militant.e.s de l’Alvarium qui étaient chez elleux en Anjou. Comme l’année dernière, illes ont filé un coup de main en cuisine (espérons pour elleux qu’illes n’ont pas nourri les participant.e.s avec les légumes qu’illes cultivent sinon c’était la famine assurée) et Jean-Eudes Gannat a participé à la table ronde « Pourquoi s’engager ? ». Jeanne-Mathilde Quiñones, quant à elle, a pris des photos utilisées dans un compte rendu du site Breizh-Info, dans lequel on reconnaît Théodore Riant, un verre à la main, visiblement pas trop stressé par le procès qui l’attend…

En conclusion, on peut dire qu’une fois de plus l’Anjou a malheureusement montré qu’il pouvait être une terre d’accueil pour les nationalistes de tout poil. On pourrait regretter l’absence de réaction de la part des habitant.e.s du coin. Mais étaient-illes seulement au courant ? En effet, tout porte à croire que cet événement a été organisé en toute discrétion. Du début jusqu’à la fin, le lieu exact n’a jamais été annoncé publiquement par les organisateur.trice.s et contrairement aux éditions précédentes, les seul.e.s « journalistes » présent.e.s bossent pour des médias nationalistes. Enfin, seule une poignée de photos ont été diffusées sur les réseaux sociaux, contre 436 l’année dernière… Une volonté de ne pas ébruiter qu’un établissement privé sous contrat (et donc financé par les contribuables) a servi pour une petite réunion d’extrême-droite ?

Dans tous les cas, si Academia Christiana s’aventure à organiser leur prochaine université d’été au même endroit, les angevin.e.s ne pourront pas dire qu’illes n’étaient pas au courant. Espérons alors, qu’une réaction spontanée et populaire puisse leur mettre des bâtons dans les roues.


(1) Il n’est donc à l’heure actuelle plus directeur de l’établissement puisqu’il est aujourd’hui à la tête d’un autre établissement en région parisienne.

(2) Un groupe russe de NSBM (black metal néo-nazi).

(3) L’historien Benoît Musset dit à son sujet : « l’extrême-droite actuelle se rallie aux travaux de Reynald Sécher. À la fin des années 80, il est parmi les premiers à évoquer le terme de « génocide franco-français ». Malgré son rejet par l’Université, Sécher reste très actif. » (Source)

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Rassemblement antiraciste et antifasciste – Samedi 12/09/2020 – 14h Place Molière Angers


Après un local en plein centre-ville, les fascistes ouvrent un pseudo-squat en toute impunité !

Alors que nous dénonçons depuis environ trois ans la nocivité du mouvement de l’Alvarium et leurs multiples tentatives de faire entendre leurs idées aussi puantes que rétrogrades, ses membres continuent dans la surenchère nationaliste et xénophobe. Depuis qu’illes ont ouvert un local en plein centre-ville (rue du Cornet) il y a tout juste un an, nous n’avons cessé de dénoncer leur présence indésirable et alerter sur leurs projets parfois délirants, mais toujours discriminants. Aujourd’hui, illes annoncent l’ouverture d’un deuxième lieu, toujours en centre-ville. Ce dernier est présenté comme une « occupation non-conforme ». Comprendre : squat d’extrême-droite qui se rêve en centre social inspiré du mouvement fasciste italien Casapound.

Il faut d’emblée rappeler que cet acte s’inscrit dans une généalogie d’actes violents, agressions, provocations racistes en tout genre… Depuis quelques années la même bande (pour une bonne partie des fils et filles de bourgeois et aristocrates) multiplient les actions qui portent la marque de l’extrême-droite radicale. Celles-ci sont parfois décrites dans la rubrique « faits divers » de la presse locale, mais bénéficient toujours de la clémence de la justice de classe. Dans ce contexte Jean-Eudes Gannat, chefaillon de l’Alvarium, a pu se construire une image de nationaliste plus ou moins fréquentable, allant même jusqu’à se présenter à une élection législative partielle qui doit avoir lieu les 20 et 26 septembre prochain. Sa méthode est simple à comprendre : il édulcore ses idées les plus discriminantes et se fait passer pour un bienfaiteur de l’humanité. L’officialisation de ce pseudo-squat est, à n’en pas douter, une pierre de plus à son édifice.

Mais nous ne sommes pas dupes. L’idéologie qui fait tendre la main (ou le bras droit…) des membres de l’Alvarium en direction des personnes sans-abri ou en situation de précarité n’est rien d’autre que le fascisme. En revendiquant d’appliquer une « préférence nationale », illes hiérarchisent les souffrances et peinent à cacher le racisme qui les anime. De plus, quoi de plus loufoque que de voir des nanti.e.s défendre la propriété privée aux fenêtres d’un lieu… occupé illégalement (comprenne qui pourra).

Et pourtant, le droit au logement pour toutes et tous est un combat qui mérite d’être mené à Angers. Les personnes à la rue, étrangères ou non, sont nombreuses et les logements existants insuffisants. En cette rentrée universitaire, certain.e.s étudiant.e.s doivent accepter des conditions de logement précaires (camping, Airbnb, hébergement…) Et alors que le lieu autogéré La Grande Ourse (qui, lui, loge véritablement des personnes en galère et sans distinction) risque l’expulsion, les fachos ouvrent un pseudo-squat en toute impunité !

Car la majorité municipale est plus que complaisante envers l’Alvarium et d’autres groupuscules d’extrême-droite. Nous en avons une nouvelle fois la preuve car le lieu que les fachos occupent est la propriété d’Alter Public, organisme public dont le maire d’Angers, Christophe Béchu, siège au conseil d’administration. Celui-ci, en bon hypocrite, déclarait il y a quelques années qu’il se réjouissait que la ville d’Angers « se méfie traditionnellement des extrêmes »… La réalité est malheureusement toute autre.

Dans ces conditions, nous appelons les organisations, collectifs et individu.e.s à se joindre au rassemblement samedi 12 septembre, à 14h, place Molière. Les masques et le respect des gestes barrières est de rigueur. On sait que les fachos ont eu l’eau coupée, à nous de les mettre en sueur !

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Quelques fondamentaux sur l’antifascisme

Ce texte ne s’adresse pas aux personnes dont le scepticisme les fait d’ores et déjà nous classer dans la catégorie des personnes infréquentables. En revanche, celleux de bonne foi qui désirent mieux comprendre notre vision de l’antifascisme trouveront un intérêt dans les lignes qui vont suivre. Les six points ci-dessous nous paraissent importants pour éviter les préjugés, raccourcis ou rumeurs dont un collectif antifasciste comme le nôtre peut parfois faire les frais.

Ci-dessous, la version imprimable (A4 recto/verso) :
Quelques fondamentaux – RAAF 2020

1) La liberté d’expression

S’il n’est pas essentiel (et de toute manière vain) de convaincre le plus grand nombre que nous défendons une certaine liberté d’expression, il est important de dire quelques mots sur cette notion galvaudée. Arriver à penser un court instant que les fascistes seraient fondamentalement pour la liberté d’expression et que les antifascistes qui souhaiteraient les empêcher de s’exprimer seraient contre révèle une grande naïveté. En effet, le projet de société de l’extrême-droite porte en lui-même des propositions liberticides. Et au sein de celui-ci, la place pour la contestation, ou le débat d’idées, n’est sûrement pas plus grande que dans une autre tendance politique. On pourrait alors penser que le problème c’est qu’à force de les ostraciser, on leur offre la possibilité de se victimiser. C’est, de nouveau, une erreur. Les fascistes ne se victimisent pas parce qu’on ne les laisse pas assez parler. Illes se victimisent parce que c’est la stratégie qu’illes ont choisi pour susciter de l’empathie auprès des gens qui n’étaient pas directement convaincus du bienfait de leurs propositions. Ainsi, les laisser s’exprimer c’est leur laisser des espaces de paroles où illes pourront davantage se victimiser, convaincre un plus grand nombre de personnes et ainsi de suite.

Le discours des fascistes ne doit pas être compris comme autre chose qu’un venin qui se diffuse, petit à petit, dans le corps social. A chaque fois qu’un.e d’entre elleux écrit sur un réseau social un quelconque commentaire négatif sur les syndicats, les immigré.e.s ou les féministes, ille participe à polluer l’air du temps. En fin de compte, au bout d’un certain temps, cet air est tellement pollué qu’il finit par influencer plus ou moins les discours de tout à chacun.e.

Dans ce contexte, gêner, voire empêcher la tenue, par exemple, d’une conférence d’extrême-droite est un acte qui relève davantage de la salubrité publique que de l’instauration d’une prétendue dictature de la pensée unique. Car au final, que ce soit pour remettre en cause l’existence des chambres à gaz ou disserter sur la démographie en France, on ne peut malheureusement que constater avec tristesse de l’usage que les fascistes font de leur liberté d’expression.

Il restera cependant toujours quelques acharné.e.s qui, avec une certaine forme de fascination pour leurs adversaires, se battront pour que l’extrême-droite puisse conserver une parole publique. Nous en avons eu récemment un exemple flagrant au niveau local : une militante d’un parti de gauche a annoncé avec fracas sur les réseaux sociaux qu’elle quittait le mouvement pour pouvoir continuer à fréquenter des nationalistes, à la fois dans sa vie personnelle mais également en tant que militante, par goût du débat. Il est inutile de tenter de convaincre ce genre de personnes qui, sous couvert d’ouverture d’esprit, peuvent faire preuve d’une mauvaise foi parfois abyssale. Mais il convient également de dénoncer les discours confusionnistes dont le principal danger est de gêner la compréhension du rôle de l’extrême-droite.

 

2) La violence et l’usage de la force

S’il est aujourd’hui aussi banal de dire que « les antifas se comportent exactement comme les gens qu’ils combattent » que de dire « qu’il pleut toujours en Bretagne », ce n’est pas pour autant qu’il ne faut pas essayer de déconstruire ce type de lieux communs.

En s’inscrivant dans une lutte telle que l’antifascisme, on accepte de facto de rentrer dans un rapport de force. Celui-ci peut nécessiter le recours à une grande variété de techniques dont certaines peuvent être qualifiées de violentes dans le sens commun du terme. Nous ne devons pas d’emblée avoir peur de ces méthodes dans le sens où elles font partie du passé de cette lutte et probablement aussi de son futur proche. Pour autant, nous essayons de ne pas entretenir un fétichisme vis-à-vis de ces techniques. Et c’est précisément sur ce point que notre approche de la violence est radicalement différente de celles des fascistes. Pour ces derniers (en tout cas une partie), la violence est positive en soi et peut même devenir un but recherché. Elle est souvent perçue comme libératrice et cathartique. Les fascistes ne l’utilisent pas uniquement par rapport à autrui mais aussi pour eux-mêmes. Dans ce double mouvement, illes espèrent nuire à leurs adversaires tout en essayant de se transformer elleux-mêmes. De la violence des SS jusqu’à leur intérêt pour certaines formes de hooliganisme, on voit bien que leur rapport à la violence est lié à la domination et s’inscrit dans une tradition philosophique opposée à la nôtre. En ce qui nous concerne, la violence est surtout un outil dont l’efficacité sera jaugée en fonction des situations. Si pour empêcher la conférence d’un.e raciste notoire, il est possible d’organiser un sit-in de 10000 personnes et que la police n’a pas les moyens de déplacer cette foule, alors il faudra choisir cette technique. Si, en revanche, on ne peut compter que sur 100 camarades, alors il faudra peut-être opter pour des techniques nécessitant le recours à la force si l’on souhaite arriver au même résultat.

Enfin, il va de soi que l’antifascisme implique de se mettre dans des situations où l’on s’expose individuellement et collectivement à la violence de l’extrême-droite. Mieux vaut s’y préparer et partir du principe que celle-ci peut toucher n’importe lequel ou laquelle d’entre nous, militant.e antifasciste ou non d’ailleurs. Dans ce cas de figure, il n’existe pas de règles à suivre et chaque groupe envisagera la ou les techniques qu’il souhaite adopter en fonction des situations. Le fait que certaines d’entre elles impliquent une forme de violence ne doit pas être un problème en soi car le plus grand nombre peut comprendre leur légitimité dans des contextes d’auto-défense.

 

3) La nécessité de lutter contre l’extrême-droite ici et maintenant

L’antifascisme est parfois perçu dans les milieux militants comme une maladie infantile du gauchisme, une lutte dans laquelle s’investirait des jeunes en manque de sensation forte ou bien des militant.e.s révolutionnaires n’ayant pas trouvé d’autres fronts aussi radicaux. Nous ne partageons pas ce point de vue. Placer la lutte contre l’extrême-droite assez haut dans la liste des priorités est surtout une question de bon sens. Alors que les populistes gagnent du terrain à l’étranger (USA, Brésil, Hongrie…), que les actes terroristes d’extrême-droite sont en augmentation (Munich, Pittsburgh, Christchurch…) et que le RN n’a jamais été aussi proche de remporter une élection présidentielle (au second tour de l’élection de 2017, Marine Le Pen a récolté plus de 10 millions de voix, un record pour le parti), on se demande ce qu’on pourrait bien attendre de plus !

L’antifascisme est donc une nécessité pour inverser la tendance, permettre la possibilité de construire une société plus égalitaire et, espérons le, rendre concret nos utopies les plus folles.

« La géo-politique c’est bien joli, mais quel intérêt de commencer par notre petite ville d’Angers où règne une douceur de vivre légendaire ? » nous diront certain.e.s. Et bien parce que le problème de l’extrême-droite concerne tout le monde. Que l’on soit sans-papiers, personne racisée habitant dans un quartier populaire, prolétaire, militant.e de gauche… ce n’est qu’une question de rapport de force et de temps pour qu’à un moment donné ou à un autre nous risquions d’être impacté.e.s directement par l’action de l’extrême-droite. Et que celle-ci s’incarne par une proposition de loi du RN ou par les collages éphémères d’affiches de l’Alvarium ne change rien : tout cela appartient au même mouvement et sert le même projet de société. Lutter contre l’extrême-droite ici et maintenant c’est donc gagner du temps et aborder le problème de manière pragmatique.

 

4) L’idéologie, les alliances et le front antifasciste

Il existe plusieurs manières de se situer, en tant que collectif antifasciste, dans la vie politique locale. La question de la finalité du projet politique ainsi que les alliances que l’on est prêt.e à faire ne sont pas des choses à prendre à la légère. Concrètement, l’idéal est d’arriver à trouver un positionnement qui évite deux écueils. Le premier consisterait à s’enfermer dans une radicalité et un jusqu’au-boutisme qui couperait le collectif d’un grand nombre de personnes souhaitant lutter sincèrement contre l’extrême-droite. Le second est la tentation de constamment élargir son réseau au risque de faire des alliances qui trahissent nos convictions, voire qui se révèlent au final contre-productives.

En général, l’antifascisme révolutionnaire se situe au carrefour de différents courants de la gauche radicale. Si les militant.e.s anti-autoritaires sont très largement représenté.e.s au sein de ce mouvement, illes peuvent être rejoin.te.s par d’autres militant.e.s avec lesquel.le.s illes peuvent partager certains désaccords sur le plan de la doctrine politique. Il faut bien sûr distinguer ce qui est fondamental pour la lutte antifasciste de ce qui est secondaire et qui nécessitera d’autres contextes pour être discuté. Par exemple, deux personnes peuvent être en désaccord sur la manière d’arriver à une société sans classes sociales, sans que cela ne les empêche de lutter ensemble contre l’extrême-droite.

Ce type de situation ne représente pas un challenge insurmontable du moment que chacun.e fait preuve de bonne volonté, de souplesse et de discernement. L’idée est d’arriver à créer un front antifasciste suffisamment large pour que les arguments qui motivent la lutte contre l’extrême-droite puissent être partagés par l’ensemble des personnes prenant part à ce combat. L’objectif est bien sûr, au final, de rassembler un maximum de personnes dans cette lutte.

 

5) Le rapport entre les collectifs antifascistes et les « masses » : inspirer la spontanéité

L’antifascisme n’est pas une affaire de spécialistes ou d’expert.e.s mais l’affaire de tout.e.s. Nous ne somme pas un genre de « police de gauche » auquel on doit faire appel ponctuellement quand « on a un problème avec les fachos », c’est tout l’inverse : nous souhaitons donner envie au plus grand nombre de s’engager d’une manière ou d’une autre à lutter contre les forces contre-révolutionnaires incarnées par l’extrême-droite.

Si nous ne sommes pas prestataire de services, nous ne sommes pas non plus des manipulateur.rice.s qui essaieraient de radicaliser des gauchistes pour les faire prendre part à des actions directes par exemple. Cette précision est importante à faire puisqu’elle contredit la fausse image de l’antifasciste masqué.e préparant des coups en douce tout en se cachant derrière des organisations plus conventionnelles. Récemment encore, nous avons eu à nous justifier concernant le rassemblement du 8 juin dernier contre le racisme et les violences policières. La manifestation sauvage qui l’a suivi a rapidement pris la direction de la rue du Cornet et du local de l’Alvarium, ce discret repaire de fascistes dont on a régulièrement parlé sur notre blog ou sur les réseaux sociaux. Aucune mainmise de notre organisation n’est à voir derrière cette manœuvre. Il semblerait que le fait que l’ensemble de la manifestation se soit retrouvée agglutinée aux flics qui protégeaient l’Alvarium et ses militant.e.s s’explique simplement par la spontanéité des personnes présentes. C’est d’ailleurs cette même spontanéité qui a fait que le cortège s’est remis en marche dans la direction opposée après qu’une militante de l’UCL ait pris la parole pour demander aux personnes de quitter les lieux.

Cet exemple est intéressant à différents égards. Il montre qu’une foule n’a pas nécessairement besoin d’un leader ou d’une préparation complexe pour mener des actions sensées et claires à la fois. On peut même dire que le parcours qui a été choisi par les manifestant.e.s nous apparaît comme étant le plus logique qui soit. Car pour une manifestation qui entend dénoncer le racisme et les violences policières, aller demander des comptes aux fascistes, eux-mêmes protégé.e.s par des flics en tenue anti-émeute, nous semble cohérent. Nous avons à plusieurs reprises mis en lumière les aspects discriminants de l’idéologie portée par l’Alvarium et nous interprétons le fait de voir une foule en colère se diriger vers ce local comme un réflexe d’auto-défense populaire, ni plus ni moins.

De manière générale, si les petits articles que nous publions sur notre blog dénoncent suffisamment l’extrême-droite locale et qu’ils rendent visible pour le plus grand nombre le fait que ce que font les fascistes est insupportable, alors cela sera déjà un bon début. Nous souhaitons alimenter le débat tout en l’orientant vers une voie qui soit constructive. Le travail d’information que nous fournissons s’adresse à tou.te.s, sans discrimination.

 

6) Le féminisme et les luttes connexes

Il pourrait être tentant d’éviter la question de la place des autres luttes vis-à-vis de l’antifascisme, par facilité ou par peur de ne pas trouver le positionnement juste et respectueux des sensibilités des un.e.s et des autres. Pour autant, il est crucial de rappeler au plus grand nombre que la lutte contre l’extrême-droite ne peut en aucun cas être séparée d’autres luttes à visée émancipatrice. Nous envisageons notre combat comme une seule entité et non un ensemble d’engagements plus ou moins progressistes qui s’accumuleraient au fil du temps. L’antifascisme n’est pas, pour nous, une lutte « spécialisée » mais une manière d’entrer en résistance contre l’ordre existant et participer à changer la société.

Par conséquent, notre engagement féministe est facile à déterminer : ce n’est pas une lutte que l’on souhaite mener en parallèle de l’antifascisme car elle fait partie de celui-ci. Il est important d’insister sur cette question pour plusieurs raisons. Tout d’abord car l’image trop souvent véhiculée des antifascistes est celles de groupes d’hommes virils et plutôt bagarreurs. Nous nous inscrivons en faux contre ce stéréotype car il n’est pas représentatif de notre mouvement et qu’il s’appuie sur des poncifs sexistes qui tendent à invisibiliser les femmes prenant part à cette lutte. Ensuite, parce qu’il est clair que l’extrême-droite est à l’origine d’attaques contre les droits des femmes et un fidèle chien de garde du patriarcat. Enfin, parce que notre mouvement est aussi traversé, comme à peu près tout les espaces de notre société, par le sexisme. Il convient alors de ne pas mettre d’œillères et de voir en face les possibilités de faire collectivement la critique de nos propres pratiques tout en gardant en tête que la finalité de notre combat est d’ordre politique.

De la même façon, d’autres combats imprègnent notre manière de mener la lutte antifasciste, parfois en la questionnant, toujours en la dynamisant. Les droits des personnes LGBT+, la libération animale, la lutte contre l’islamophobie, la dénonciation des violences policières, le droit au logement ou la place des drogues dans nos milieux et dans la société en général ne sont que quelques exemples des nombreuses questions qui inspirent le mouvement antifasciste en le portant vers de nouveaux horizons critiques et émancipateurs.

Toutes ces raisons nous font dire que l’antifascisme ne doit pas être groupusculaire mais populaire et qu’il ne doit pas être institutionnel mais autonome. Rejoignez la lutte antifasciste !

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Le jardin mytho de l’alvarium

Les camarades de l’Action Antifasciste Loire-Authion nous ont fait parvenir cette vidéo.
Un nouvel épisode tragicomique de la propagande mensongère de l’alvarium :

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Crise sanitaire, inégalités de classes et dérives autoritaires

La crise sanitaire que nous traversons actuellement est inédite par bien des aspects. D’autres ont déjà commencé un travail de critique des politiques menées ces dernières décennies, qui ont certainement contribué à son aggravation. Nous tenterons ici d’analyser la situation et les dynamiques actuelles d’un point de vue antifasciste.

La communication gouvernementale et son lexique guerrier nous enjoignent à faire front commun dans cette « guerre » contre le virus. Cette stratégie d’union sacrée est bien connue et conduit toujours au même résultat : les pauvres meurent pendant que les riches restent au chaud.

Parce que la stratégie de confinement ne concerne qu’une partie de la population, il devient impossible d’ignorer ces privilèges de classe. Pendant que certain-e-s peuvent travailler à domicile, les autres doivent sortir et s’exposer au risque de contamination. Avis aux plus naïfs : les applaudir ne les guérira pas.

Tandis que les puissants changent à nouveau les règles du jeu à leur avantage, comprendre : détruisent le code du travail, les flics ont quartier libre. Ils peuvent bien venir jouer les victimes dans les médias par le biais de leur syndicat d’extrême-droite, sur le terrain les violences policières ne souffrent pas du virus. Cette bande de sadiques s’attaque en priorité comme à son habitude aux habitant-e-s de quartiers populaires.

Il n’y a pas qu’eux qui profitent du confinement pour se lâcher à l’abri des regards. Malgré des prisons pleines à craquer et au bord de l’implosion, la justice redouble d’efforts pour condamner à des peines délirantes par visioconférence.

On aimerait croire que ces pratiques scandalisent l’opinion publique, et c’est sans doute le cas, mais quand on apprend que certains standards téléphoniques de commissariats sont saturés d’appels de délation, on est en droit de se poser des questions.

L’économie ne s’est pas arrêtée pour tout le monde. Les fabricants de joujoux techno-cauchemardesques sont de sortie et font étalage de leur catalogue. On a pu ainsi voir des drones surveiller et suivre des êtres humains pour leur demander de rentrer chez eux. Les opérateurs de téléphonie mobiles quant à eux, attendent le feu vert du gouvernement pour outrepasser la RGPD et revendre nos données numériques personnelles à des fin de pistage.

L’état d’urgence sanitaire semble, comme l’état d’urgence tout court, être le prétexte idéal pour restreindre nos libertés personnelles. Si la crise sanitaire est loin d’être dépassée, la période qui va suivre risque également d’être très compliquée. Se débarrasser d’outils coercitifs, même s’ils semblaient utiles ou légitimes à certains, n’est jamais chose aisée. La récession économique qui va suivre risque également de favoriser des politiques à l’encontre des travailleurs et des travailleuses.

Plus que jamais il nous faudra faire preuve de solidarité. D’une solidarité de classe plutôt que d’une solidarité nationale.

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Bilan du mandat de Christophe Béchu dans une perspective antifasciste

En période de campagne électorale, il est utile de revenir sur la mandature qui s’achève afin d’en établir le bilan dans une perspective antifasciste. Ces six années auront été marquées par une complaisance assumée de la mairie avec les droites réactionnaires ainsi que par un laisser-faire coupable vis-à-vis de l’extrême-droite radicale.

Panier de crabes, mariage de la carpe et du lièvre : L’ère Béchu, un documentaire animalier

https://www.gyyporama.com/#/ostrilla/

Dès le début de mandat, l’équipe de Christophe Béchu compte deux élus qui servent de caution morale pour la frange rétrograde de l’électorat : Roch Brancour et Maxence Henry. Ils sont à l’époque adhérents à Sens Commun, l’émanation politique de La Manif Pour Tous.

En novembre 2016 la première polémique publique éclate. Christophe Béchu cède à la pudibonderie de ses administré.e.s les plus réactionnaires et demande à JC Decaux de retirer des murs de la ville une campagne de prévention du VIH menée par AIDES, avec l’aval du Ministère de la Santé. Cette décision a été prise lors d’un « bureau municipal » où sur les 25 élu.e.s présent.e.s on ne notera qu’une seule abstention. Cette demande n’est donc pas le seul fait du prince mais bien une décision collégiale. Le week-end précédent, en bon soldat de la Manif Pour Tous, Roch Brancour avait déjà jugée « cette campagne irresponsable ». Les accusations justifiées d’homophobie fusent de tous bords. Quand à qualifier cet acte de « censure » ce sera directement la ministre de la santé de l’époque qui s’en chargera.

Maxence Henry et Roch Brancour ne sont que la partie visible du caractère réactionnaire de la majorité aux affaires. Et nul n’est dupe qu’ils ont abandonné l’étiquette Sens Commun en cours de mandat parce qu’elle entachait l’image lisse voulue par l’équipe municipale (encore plus avec la déroute de François Fillon que Christophe Béchu a soutenu dans un premier temps). En quittant leur vieux oripeaux ils n’en restent pas moins que nos larrons restent d’indécrottables militants d’une droite dure décomplexée et homophobe. S’ils avaient été isolés dans leur positionnement politique, il y a belle lurette qu’ils auraient servi de fusibles mais les voilà prêts à rempiler en bonne position. Et pour cause, ils ne sont pas seuls. Trois autres élu.e.s de la majorité refusent de célébrer les unions entre personnes du même sexe : Karine Engel, Grégoire Lainé et Véronique Lorro. Quand ces élu.e.s parlent de moralité publique alors que ce ne sont pas des entorses mais des fractures multiples qu’ils font subir à la loi sur le mariage pour tous, on comprend que des angevin.e.s ricanent devant tant de tartufferie. Les ricanements deviennent rires jaunes lorsque Maxence Henry se fait pincer, à la manifestation anti-PMA parisienne du 6 octobre arborant fièrement (mais sans délégation) son écharpe d’élu. Celui-ci feindra la surprise et jurera que l’on ne l’y prendrait plus. Encore un tollé sans conséquences politiques : aux « innocents » les mains pleines.

Parfois qualifiés de « dérapages » la récurrence de ces affaires prouve qu’elles relèvent du système plutôt que de l’exception. Sur cette question de l’égalité des droits, il s’agit d’une politique tacite de la part de l’équipe dirigeante : un petit clin d’œil appuyé vers la droite de la droite. Il est donc troublant d’apprendre que pour l’éventuelle prochaine mandature, Christophe Béchu a été rejoint par l’ex-sénatrice EELV Corinne Bouchoux pour qui la revendication publique de son homosexualité est un acte militant. Que peut-elle attendre de sa collaboration avec une bande de fieffés réacs ? Pense-t-elle sérieusement faire bouger les lignes ? Le seul mariage qu’elle puisse célébrer sera celui de la carpe et du lièvre.

Espoir rance en banlieue

«Complex shit» à Berne
Sculpture gonflable de Paul McCarthy

Cette même municipalité, via société d’économie mixte de la SOCLOVA a mis à disposition dans le quartier populaire de la Roseraie, un terrain, ainsi que des préfabriqués, à l’école hors-contrat « Le Gouvernail ». Cette établissement qui ouvre ses portes en septembre 2017, est affilié à Espérance Banlieue un réseau d’écoles qui prodiguent une pédagogie aux méthodes rétrogrades. Il est peu surprenant d’apprendre que la fondation Espérance Banlieues entretient des liens étroits avec la Manif Pour Tous. Il s’agit là d’un coup de pouce inadmissible à une officine privée douteuse et un signal amical de plus envers l’extrême-droite catho-tradi qui pèse si lourd sur la vie politique en Anjou alors qu’elle ne représente plus qu’elle même.

La sécurité, première des opacités

Êtes-vous sûr.e.s de n’avoir rien à cacher ?

En matière de sécurité Christophe Béchu avait promis un important déploiement de la vidéosurveillance. « Promesse tenue » comme il aime à le clamer ! Leur nombre a augmenté de 441 % entre 2013 et 2019 ! Ce sont donc désormais 150 caméras qui quadrillent la ville, soit grosso modo 1 pour 1000 habitants. Par contre, inutile de demander un quelconque audit ou une étude de résultats, il n’y en a jamais eu. Les seuls qui aient accès à des chiffres précis sont les industriels de la peur et de la sécurité lorsqu’ils consultent leur comptes après avoir encaissé l’argent public.

Comme ce n’est pas assez, Angers est désormais engagée dans un projet de « territoire intelligent ». et c’est un consortium emmené par Engie qui a raflé le jackpot. Alors, bien sûr l’argument de façade est la modernisation des infrastructures en vue d’une gestion plus fine et plus économique mais le budget de plus de 170 millions sur 12 ans va permettre la création d’une infrastructure tout à fait à même de virer à la technopolice. Et Jeanne Robinson-Berhe, adjointe à la sécurité nous promet déjà plus de caméras pour le prochain mandat. Bel élan de solutionnisme technophile qui va encore enrichir des grosses boîtes privées et nous priver de nos libertés publiques et individuelles. Pour résumer cette majorité nous rêve transparent.e.s mais gère la question sécuritaire de manière opaque.

Extrême-droite radicale ? Où ça ?

Evidemment avec des élu.e.s du pedigree tel que décrit plus haut des accointances avec l’extrême-droite ne sont pas surprenantes et s’affichent même sur les réseaux sociaux. Comment ne pas imaginer que ces affinités ne jouent pas en faveur du prêt récurent de salles municipales au Cercle Anjou Conférence mené par deux ex-RN : Barbara Mazières (désormais conseillère régionale) et Gaëtan Dirand ? Le Cercle aura fait bénéficié à tout le gratin moisi de l’extrême-droite « hors-les-murs » du confort des salles de la ville.

Angers et le street-art, une histoire de murs.

Quant à la bande de néo-fascistes de l’alvarium, après une sévère défaite dans le quartier Savary, ils se sont réinstallés en juin 2019 en plein centre-ville, au 31 rue du Cornet, à deux pas de la Bourse du Travail. Nous ne nous étalerons pas ici sur leur pseudo « action-sociale », leur activisme en trompe-l’œil où leurs déboires judiciaires réguliers. Par contre la position de la mairie est assez symptomatique d’une forme d’aveuglement. Depuis sa réouverture, la seule réponse aura été d’installer très rapidement une caméra de surveillance pour parer tout « trouble à l’ordre public » et dissuader les opposant.e.s trop remuant.e.s (sans succès vue la façade « refaite », voir ci-dessus).

En gros un emplâtre toxique sur une jambe de bois vermoulue. Triste démonstration de veulerie politique. Nous ne nous leurrons pas, la solution ne viendra pas des institutions mais bien d’une mobilisation populaire comme celle qui a contribué à couler l’alvarium première version. On peut néanmoins rappeler chacun à ses responsabilités. Pour la première version du local fasciste la mairie avait été forcée par les évènements à s’exprimer à plusieurs reprises sur le sujet, un vœu avait été voté à l’unanimité en conseil municipal. Celui restera pieux car non suivi d’action. Cette fois, depuis juin Christophe Béchu n’aura pas soufflé un traître mot sur ce local fasciste qui défigure la ville : où comment essayer discrètement de glisser la merde sous le tapis. Alors tous les beaux discours sur le « vivre-ensemble » ne sont à nos oreilles que foutaises.

La méthode Béchu : un silence méprisant

On pourrait résumer comme suit la méthode Béchu de lutte contre l’extrême-droite : tout (sa-)voir, tout entendre, ne rien dire. Depuis plusieurs années c’est un silence méprisant qui vaut réponse à toute question adressée l’administration municipale. Il est vrai qu’il est ardu de combattre l’extrême-droite quand dans ses rangs la réaction pèse si lourd.

Christophe Béchu pense peut-être feindre l’indifférence mais il s’agit bien d’une coupable complaisance au seul bénéfice de l’extrême-droite. De la première d’ouverture d’un local fasciste, nous avons appris qu’à terme une mobilisation large, populaire et déterminée paiera.

L’antifascisme radical est aussi une incitation à reprendre nos affaires en mains par l’absence de délégation et l’action directe. Nous vous invitons donc à nous rejoindre dans ce combat pour l’émancipation.

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3 ans de gros échecs et de petits mensonges (et le contraire)

Nous avons récemment lu l’interview des membres de l’Alvarium sur le site d’extrême-droite Paris Vox, à l’occasion de la soirée censée fêter les 3 ans de cette « communauté enracinée ». Nous y avons découvert, mi-amusé.e.s par le ridicule de la situation, mi-attristé.e.s devant une telle bêtise, que nos fascistes locaux faisaient un bilan positif de leur petite aventure. Certes, la vanité et l’orgueil étant les ingrédients de base de leurs communications, cet article n’est que moyennement une surprise. Cependant, il nous semblait important de remettre les pendules à l’heure et de profiter de l’occasion pour nuancer leur discours qui, selon nous, a une influence négative sur la vie locale. Cet article vise donc à dénoncer les actions entreprises par l’Alvarium tout en déconstruisant la gloriole dont ses membres peuvent se parer.

Autant le dire d’emblée : le bilan de l’Alvarium est désastreux. Et comme nous allons le voir, parmi tout ce qui a été entrepris, on peine à trouver les domaines où on serait obligé de reconnaître que ce qu’ils font est véritablement utile aux angevins.

Soirée fléchettes, cours d’anglais, galette des rois, cours de catéchisme… on pourrait avoir l’impression que ça part dans tout les sens. Nous allons donc essayer de décortiquer la plupart de leurs activités pour tenter d’y voir plus clair. On commence avec quatre thématiques qui trônent sur la banderole de leur page Facebook : solidarité, politique, culture, sport.

« Solidarité » : la pauvreté augmente, l’activité de l’Alvarium non.

Alors que la crise du logement touche de plus en plus durement Angers (notamment ses étudiants), et que de manière générale les inégalités augmentent, l’activité de l’Alvarium n’explose pas. Bizarre, il y en a pourtant des occasions de se rendre utile ! Pire, au vu des photos qu’ils diffusent sur les réseaux sociaux, on a même l’impression qu’il y a de moins en moins de maraudes et que ce sont toujours un peu les même têtes que l’on retrouve lors de ce genre d’actions… Est-ce que cela voudrait dire que l’Alvarium n’arrive pas à développer son « travail social » ? Cette hypothèse est d’autant plus probable pour plusieurs raisons. Tout d’abord, nos militants nationalistes ne sont pas des sur-hommes et personne n’est à l’abri du découragement. De plus, en 3 ans, leur mouvement n’a su développer aucun partenariat avec les acteurs légitimes, au niveau local, impliqués dans l’action sociale. Qu’elle soit publique ou privée, aucune institution ne semble vouloir avoir affaire avec eux… Et en même temps, on peut le comprendre. Car c’est peu dire que leur vision de l’action sociale est complètement dépassée. Leur manière de nommer les personnes qu’ils souhaitent aider aurait de quoi faire froncer les sourcils de n’importe quel étudiant en première année de formation en travail social : « cas social », « pauvre hère », « malchanceux »… Le paternalisme dont ils font preuve trahit leur position sociale et affiche toute la condescendance qu’ils peuvent avoir pour ces personnes dont ils ne souhaitent au final qu’instrumentaliser la misère au profit de leur obsessions racistes et xénophobes.

L’utilisation de l’adjectif « malchanceux » (à l’occasion de leur « noël des malchanceux ») est tout particulièrement révélatrice. En effet, il serait logique de penser qu’il existe des raisons objectives qui permettent d’expliquer les inégalités sociales. On pourrait par exemple s’intéresser aux déterminismes qui structurent la perpétuation de groupes sociaux antagonistes. Mais non, à l’Alvarium on préfère croire… au hasard ! En gros, si tu es né chez les riches (comme chez la famille Gannat par exemple), tant mieux pour toi, si tu es né chez les pauvres, tant pis pour ta gueule.

Mais comme souvent, cette violence symbolique ne peut pas perdurer à l’infini. Et un jour ou l’autre, on fini par se prendre, sans mauvais jeu de mot, le retour du bâton. C’est en tout cas ce que pouvait laisser croire ce fait divers à l’automne dernier.

« Politique » : aucun doute, on est bien à l’extrême-droite

Des conférences ont été organisées plus ou moins régulièrement au local, attirant au mieux quelques dizaines de personnes. Il est intéressant de remarquer que les thèmes ou les intervenants invités semblent trahir une évolution dans la stratégie mise en œuvre. Les thèmes abordés sont de plus en plus clair et il devient de plus en plus difficile de faire passer leur local pour un anodin « centre d’action culturel et social ». Entre la soirée « sangria » (au local de l’avenue pasteur) et la venue de Bruno Gollnisch en décembre dernier (au local rue du cornet), on voit qu’il y a quand même eu du chemin parcouru. Au vu de la programmation récente, il semblerait que l’Alvarium se concentre sur la formation politique (mais toujours nationaliste) et religieuse (à la sauce catho-tradi évidemment). On se demande quand même si la cave qui leur sert actuellement de local ne va pas finir par ressembler à l’arrière cuisine du FN/RN, tant elle semble accueillir régulièrement ses parias et ses dinosaures.

Ces événements sont autant d’occasions supplémentaires pour nos « nationalistes corsaires » de cultiver l’entre-soi. Leur local, qui est loin d’avoir pignon sur rue (ils n’ont même pas la moindre petite enseigne visible depuis la rue) ne risque pas d’attirer les fêtards à la recherche des bars du quartier. De généreux anonymes ont pourtant récemment essayé de marquer à la peinture rouge l’emplacement de leur local mais les militants semblent étonnamment tenir à leur discrétion et ont tendance à rapidement essayer de faire le ménage dans ce genre de situations.

En ce qui concerne le mouvements des gilets jaunes en 2018 et 2019, on vous avait déjà parlé des tentatives d’entrisme à répétition de la part du petit groupe, qui comme dans d’autres villes ont échouées. Leur principal fait d’arme aura peut-être été d’avoir déployé une banderole, le 15 décembre 2018, en prenant la tête d’une manifestation. Le message qu’ils avaient choisis illustre bien la manière dont ce genre de personne intègre les mouvements sociaux : en tentant d’y semer la division et en évacuant les questions sociales au profit de discours discriminants (ici vis à vis des musulmans, on l’aura compris).

Les raisons pour lesquelles ces fachos n’ont pas réussi à imposer leurs mots d’ordre chez les Gilets Jaunes sont sûrement multiples. Mais il est indéniable qu’elles sont au moins en partie le résultat d’un travail antifasciste mené quotidiennement et qui vise à garder un haut de niveau de vigilance vis à vis de ce genre d’initiatives. Par ailleurs, il ne faut pas non plus sous-estimer, de nouveau, la position sociale de la plupart des personnes impliquées dans l’Alvarium, les rendant de fait étrangers à un certain nombre de réalités ou préoccupations des classes laborieuses.

« Culture » : où comment passer de François Ruffin à l’occupation allemande de la France

Autant les personnalités invitées au local ne laissent pas de doute quant au positionnement des membres de l’Alvarium, autant leur rapport à la culture est un peu plus ambigu… enfin, à première vue seulement.

Pour ce qui est des séances ciné-débat, il y a seulement eu trois films programmés. Le premier était le documentaire « Merci patron ! » (peut-être une manière de critiquer un exemple de ce qu’ils nomment le « gauchisme culturel »). Dommage pour eux, ils n’ont pas obtenu l’autorisation des distributeurs du film pour le diffuser. Ceci explique sans doute que la séance ait été transformée en pseudo « discussion ».

Pour le second et le troisième films, nos nationalistes ont été moins créatifs et se sont recentrés sur des œuvres pouvant évoquer des thématiques plus classiques pour l’extrême-droite. « Le crabe tambour » est un biopic sur Pierre Guillaume, un membre de l’OAS. Quand à « Orange mécanique », inutile de préciser que c’est un film culte pour des nombreux skinheads et hooligans, appréciant généralement la violence qui y est mise en scène.

Quand à la lecture, on peut dire que ça sent le souffre à l’Alvarium ! Un peu avant noël, leur Facebook nous annonçait l’arrivée de livres donnés par les éditions Ars Magna.

« Front National », « Le roman vrai d’un fasciste français »… le titre de certains ouvrages donne le ton. Mais ce n’est pas tout. Dès le fin novembre, la page Facebook des éditions Ars Magna annonçait elle aussi un don de livres à l’Alvarium, mais avec d’autres ouvrages, certains même un peu plus sulfureux.

« Paroles de fascistes », « L’aryen, son rôle social »… Le message a le mérite d’être clair. Et si jamais vous vous demandiez de quoi parle « Le problème de la race », on est allé voir pour vous sur le site de l’éditeur : c’est la reproduction « d’un manuel d’étude du français à l’usage des troupes d’occupation allemandes en France. » Autant dire qu’on est ici dans la littérature d’extrême-droite radicale la plus caricaturale.

« Sport » : la baston ou rien

Si le mot sport renvoie de manière générale à un un grand nombre d’activités possible, les militants de l’Alvarium semblent surtout s’adonner aux sports de combat. Et cela de deux manières différentes.

La première c’est l’organisation d’événements officiels. Il n’y en a eu que deux. Un atelier de self defense, avec quelques participants uniquement ainsi qu’un footing.

La seconde, beaucoup plus développée, concerne les violences de rue et agressions auxquelles peuvent se livrer les membres et sympathisants de l’Alvarium. La liste est longue mais on va se contenter de rappeler ces quelques faits qui illustrent la continuité des sales histoires dans lesquelles ces fachos mettent les pieds.

François-Aubert Gannat : tête brûlée, il est passé par la case tribunal (mais jamais prison) à plusieurs reprises ces dernières années, toujours pour des histoires d’agression. Un des articles qu’on a écrit à son sujet.

Alban Martinez : ce fait divers nous a appris qu’Alban avait été jugé pour une histoire de règlement de comptes qui a finis en tabassage à deux contre un dans le noir. Pas très « sportif » dans l’esprit. A l’audience, Alban, qui est issu d’une famille de militaires, s’inquiétait que cette condamnation gêne son projet de devenir gendarme.

Théodore Riant : c’est la dernière (pour l’instant!) casserole des militants de l’Alvarium. Lors de cette soirée au Mans dont on vous a déjà parlé, Théodore s’est fait choper. Il doit comparaître au tribunal le 6 avril prochain.

Passons maintenant aux activités qui ne rentrent pas directement dans les catégories présentées d’emblée sur leur page Facebook.

La nourriture : le méta-politique au risque de l’indigestion

Alors que se nourrir pourrait être considéré comme ce qu’il y a de plus vital, au sens strict, pour cette petite « communauté », on remarque que l’Alvarium développe peu ses activités liées directement à la nourriture.

Les photos du potager ne donnent pas à voir de très grosses récoltes. De nouveau, ils vont avoir du mal à concurrencer les restos du cœur. De plus, le groupe choisit de partager uniquement des photos des légumes une fois qu’ils sont récoltés. C’est regrettable, il existe sûrement quelques spectateurs qui aimeraient voir nos aristocrates troquer leurs mocassins et leurs baskets adidas pour une paire de bottes et mettre les mains à la terre ! Cela éviterait que certaines mauvaises langues racontent que d’autres font la récolte pour eux…

En ce qui concerne les rencontres gastronomiques (regroupées sous le nom de Cercle Ragueneau), on sentait davantage de motivation lors du lancement de cette activité. En effet, ce cercle se voulait être à l’origine un moyen de lutter contre la malbouffe et la « prolifération des kebabs » (sic) Et pour résister, les nationalistes ont choisis de cuisiner. Grand bien leur fasse. Avec seulement 8 événements en 3 ans, on ne peut pas dire que leurs rencontres aient pour vocation de nourrir toute la région. Les kebabs d’Angers ont encore de longs jours devant eux. On peut en revanche leur reconnaître un certain savoir faire quand à la prise de jolies photos des plats, principalement à base de viande. On peut donc considérer leur cuisine pour ce qu’elle est : élitiste et pas vraiment diététique (la viande, c’est relativement cher et ses bienfaits sont discutables). Il va leur falloir travailler davantage s’ils veulent populariser le hashtag « #PasVegan » !

Les réseaux sociaux : l’activisme facile et sans engagement

Ici, on touche du doigt ce qui pourrait s’apparenter à leur point fort. Comme malheureusement beaucoup de personnes, nos militants aiment se regarder sur les réseaux sociaux. Et une bonne partie des actions entreprises sont minutieusement exposées sur le web. Sans doute pour nourrir le narcissisme de certains d’entre eux mais aussi pour se faire connaître à moindre frais (à l’inverse, il est assez rare qu’ils collent des affiches par exemple). Photos ingénieusement cadrées et petits communiqués alambiqués, signalement de leurs adversaires auprès des plates-formes numériques… A l’Alvarium, l’activisme c’est avant tout une affaire de clics. Cela donne au final l’impression que la petite bande aime mettre en scène l’engagement politique, plutôt que de le vivre. Au lieu d’être au service des angevins, ils cherchent à être vu. Et dire qu’ils osent ensuite déclarer que « la robotisation de notre quotidien est un immense danger »

Pour autant, ils ne photographient pas non plus leurs événements sous tout les angles. Le 28 septembre dernier par exemple, pour l’inauguration du nouveau local, on n’a pas vu de photo de groupe. Sans doute ont-ils jugé inopportun de publier une photo des dizaines de personnes qui sont passées au cour de la soirée. Les déboires liées à la capacité d’accueil de leur ancien local ainsi que les nuisances sonores que déploraient les voisins ont l’air d’avoir laissé des traces.

Dans tous les cas, leur audience sur les réseaux sociaux est toute relative. Arrivent-ils vraiment à toucher au-delà de leurs milieux ? Quand on observe qui aime ou partage leurs publications, il est vraiment permis d’en douter. Les statistiques jouent également contre eux : 2477 personnes qui aiment leur page Facebook, c’est peu. Surtout si l’on compare avec l’organisation italienne qui leur sert de modèle, la Casapound (44285 abonnés sur Twitter). Toute cette agitation numérique ne leur permet finalement pas encore de faire le « buzz ».

Leur réseau : pseudo-social mais authentiquement nationaliste

Le modèle du centre social fasciste représente actuellement une sorte de produit standardisé sur le marché de l’extrême-droite militante en France. Il est donc assez aisé pour un groupe de s’approprier telle ou telle technique et de se revendiquer opportunément comme faisant parti de cette « jeunesse utile » à l’assaut du « futur ». Un sticker avec le logo du groupe collé sur le thermos à café et hop ! Il s’agit d’une maraude engagée. On voit ainsi l’Alvarium entretenir des liens avec d’autres nationalistes organisés plus ou moins sur le même modèle qu’eux. On peut citer principalement Des Tours Et Des Lys (Tours) et Auctorum (Versailles). Sur le même schéma, on retrouve aussi l’ensemble des groupes post-Bastion Social (Audace, Vent d’Est, Tenesoun…). Tout ces groupes se ressemblent sur la forme mais pas nécessairement sur le fond. La stratégie de ne pas avoir en commun de label les structurant est une manière d’éviter la dissolution (comme ce qui s’est passé pour le Bastion Social) au risque d’une absence d’objectifs communs et de coordination.

Au niveau intellectuel, l’Alvarium possède aussi des relais au sein de l’organisme Academia Christiana, comme on vous en a déjà parlé.

Il est utile de préciser qu’en revanche les « associations » connexes à l’Alvarium (le Cercle Ragueneau, La Ruche du 7ème art, Solidarité Anjou-Arménie, Anjou Patrimoine et Anjou Pélerinages) ne sont pas des groupes de leur réseau mais tout simplement les personnes de l’Alvarium qui essayent de se rendre inoffensives en utilisant des prête-noms.

Le budget : le grand point d’interrogation de l’Alvarium

Sur la question des finances, nous ne savons pas grand chose. Jean-Eudes Gannat, si prolixe pour dénoncer les prétendues subventions de la Ville à différentes initiatives progressistes est loin d’être transparent en ce qui concerne le fonctionnement de l’Alvarium. Qui, comment, quoi finance le local ? Quelle est la position du propriétaire ? Est-il un sympathisant pour accepter de participer à une opération aussi nuisible ? Est-ce que c’est parce que Jean-Eudes Gannat à travaillé pour l’entreprise Riwal qu’il a pris l’habitude de ne pas trop parler publiquement d’argent car il a compris que ce sujet pouvait envoyer au tribunal ? L’avenir, sans doute, nous offrira des réponses à certaines de ces questions.

Conclusion : ne nous trompons pas de combat

Malgré leurs échecs flagrants, il convient de ne pas se contenter d’une posture passive et de regarder de temps à autre la page Facebook de l’Alvarium, un sourire en coin. Il est important de rappeler que l’existence de ce groupe est un défi pour toutes les personnes se réclamant de l’antifascisme, l’antiracisme et plus généralement de l’émancipation sociale. Nous devons continuer à rester vigilants et travailler ensemble pour construire un front antifasciste commun qui mette un maximum de bâtons dans les roues à l’Alvarium.

Aux Journées de Synthèse Nationale, à l’automne dernier, Jean-Eudes Gannat disait « Nous sommes conscients que nous ne sommes qu’une petite organisation, nous ne voulons pas nous faire comme la grenouille, plus grosse que le bœuf. » C’est encore trop pour nous et nous nous réjouirons le jour ou l’on n’entendra plus parler d’eux du tout.

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