L’université d’été d’Academia Christiana à Notre-Dame d’Orveau : la boucle est bouclée.

Comme chaque été depuis 2013, le mouvement nationaliste Academia Christiana a organisé son université d’été. Mais cette année, au lieu qu’elle se déroule à l’institut des Croix-Des-Vents, à Sées (Orne), la rencontre a eu lieu dans une autre école, à Nyoiseau (Maine-et-Loire) : Notre-Dame d’Orveau. Ce changement n’a rien d’un hasard et est même assez logique quand on connaît le passif à la fois de ce mouvement et de l’institution qui l’a accueilli. Cet article s’attachera à donner des points de repère pour comprendre l’historique et le contexte qui ont permis la visite des nationalistes en Anjou du 17 au 22 août dernier.

1) Pourquoi un changement de lieu ?

Tout d’abord, commençons par un petit rappel concernant cette université d’été. Celle-ci est organisée par Victor Aubert, lui-même enseignant à l’institut des Croix-Des-Vents, à Sées. C’est donc logiquement là-bas qu’il organise, en compagnie d’autres nationalistes, ces événements. Mais à partir de l’été 2019, une série de petits scandales vont venir écorcher l’image de façade de ces réunions présentées comme inoffensives auprès des habitant.e.s du coin. Alors que même Marion Maréchal refuse d’y être invitée (c’est dire), le maire de Sées va accepter de participer à une des conférences, ce qui va ensuite lui être reproché lors d’un conseil municipal. Victor Aubert va alors être accusé d’être un personnage infréquentable ayant « piégé » le maire. Aubert réagit dans la presse locale et change son pseudo sur Facebook (auparavant son nom était Ober, qui est aussi un grade de la Wermacht…). A cette occasion, il revêt son plus beau costume pour montrer à tou.te.s qu’au fond, il n’est pas vraiment méchant.

Victor Aubert

L’affaire aurait pu s’arrêter là, mais certain.e.s lecteur.trice.s de La Horde se sont rappelé.e.s que quelques temps auparavant, le site antifa avait publié un article où on voit une vidéo de Victor Aubert effectuant un salut nazi à une manif pour tous. Le plus incompris des normands se retrouve de nouveau à devoir se défendre dans la presse. Cette fois-ci, il explique que ce n’était qu’un « salut romain »… Bon, pour nous, quand on se frappe la poitrine avant de tendre le bras droit au milieu de militants du GUD, ça fait quand même un peu facho. Quoi qu’il en soit, pour Victor Aubert qui espérait se retrouver sur une liste aux élections municipales de 2020, ça fait tâche.

Est-ce que ce sont toutes ces raisons qui ont obligé les nationalistes à déménager pour leur université d’été 2020 ? C’est une possibilité. Mais pas d’inquiétudes, le lieu idéal pour les héberger existe… Notre-Dame d’Orveau !

2) Pourquoi Notre-Dame d’Orveau ?

Et oui ! Quoi de plus logique pour Victor Aubert, et une partie de ses ami.e.s, de revenir là où illes ont effectué.e.s leur scolarité quand illes étaient enfants ? Car Aubert est très loin d’être le seul militant nationaliste à être passé par cet internat privé sous contrat. En Anjou, c’est même presque la norme. Rien qu’en ce qui concerne l’Alvarium, et son réseau de proches, dresser une liste serait fastidieux. On peut quand même citer la famille Gannat, la famille Fleury, Pierre Trémolet De Villers, Paul-Alexis Husak, Thomas Gueyffier, la famille Cochin, Théodore Riant, Louis Simonet… Bien sûr, au moment de leur passage dans cette école, illes n’étaient pas tou.te.s les sinistres personnages qu’illes sont devenu.e.s ensuite. Parfois même, illes avaient l’air plutôt inoffensif.ive.s. Petite illustration avec Paul-Alexis Husak :

Paul-Alexis Husak

Sur les deux vignettes à gauche, il passerait presque pour un écolier modèle. Sur les trois vignettes à droite, avec les Zouaves à Paris, en train d’être repérés par des antifas qui les filment. Dommage de finir aussi mal…

A noter également que l’école accueille parfois des enfants de « stars » comme une des filles de Marine Le Pen ou encore des enfants de Philippe de Villiers.

On commence à le comprendre : Notre-Dame d’Orveau c’est beaucoup une histoire de réseau. Mais l’homogénéité de celui-ci repose aussi sur l’importance des liens familiaux. Par exemple, on remarque que plusieurs militant.e.s ou proches de l’Alvarium ont des parents plus ou moins investi.e.s dans l’école. Pour Thomas Gueyffier, sa mère (Caroline Gueyffier) est surveillante de l’internat filles et son père (Patrice Gueyffier) est attaché de gestion pour l’école. Pour Louis Simonet, c’est sa mère (Laurence Simonet) qui est secrétaire de l’association des parents d’élèves. Quand à Hugues Soreau, son père (Emmanuel Soreau) est intervenu ponctuellement au « forum des métiers »

Et puisqu’on parle de famille, comment ne pas parler de celui qui a été directeur de l’établissement de l’été 2013 à l’été 2020 (1) : Yann De Cacqueray-Valmenier. Ce nom vous dit quelque chose mais vous n’êtes plus sur d’où vous l’avez entendu ? Le schéma ci-dessous va vous aider à y voir plus clair.

Cacqueray-Valmenier

Sur le schéma, en dehors de Yann, on retrouve donc son fils Louis. S’il a réussi un temps à se faire une place à la mairie du Mans sous l’étiquette RN, ses sympathies vont bien au-delà du parti et ses idées rejoignent pour une bonne partie celles des nationaux-catholiques. Il est un proche de Jean-Eudes Gannat et soutient logiquement Academia Christiana, comme en témoigne son retweet, quelques jours après l’université d’été, d’un message plutôt équivoque.

Academia

Toujours sur le schéma, on retrouve également Régis, aumônier du mouvement Civitas. Sur la photo, à la première université d’été de Civitas en 2018, il est au centre. A gauche, on retrouve Alain Escada et à droite, l’Abbé Beauvais. Marc, enfin, le petit dernier est la tête brûlée de la famille. Il est surtout l’un des meneurs des Zouaves, un groupe parisien plus connu pour sa violence que pour ses prises de parole. Sur la vignette de gauche, il participe à un tournoi de sport de combat. Sur les vignettes de droite, toujours avec le même sweat M8l8th (2), à un « nazi-versaire » en train d’effectuer des saluts nazi et de crier « sieg heil ». Ces vignettes sont extraites d’une vidéo qu’a révélé Mediapart.

Certes, cette famille est « particulière », mais certains pourraient encore douter des raisons de la place de Yann de Cacqueray-Valmenier sur ce schéma, ou encore de son rapport à l’université d’été d’Academia Christiana. Après tout, il aurait pu se faire avoir et ne pas avoir bien compris à qui serait louée l’école en ce mois d’août, non ? Le problème c’est qu’il a aussi écrit un chapitre dans un ouvrage sur l’éducation dirigée par Louis-Marie de Blignières, dont on vous parlait déjà dans un article il y a presque un an (et où on parlait déjà de l’université d’été d’Academia Christiana d’ailleurs). Ce n’est pas tout, parmi les personnalités qui ont été invitées à l’école, du temps où Yann De Cacqueray-Valmenier était directeur, certaines on retenu notre attention…

Secher Poisson

Reynald Secher, historien controversé (3), y est venu partager sa vision des guerres de Vendée, sujet récurent dans l’extrême-droite catholique. Quand à Jean-Frédéric Poisson, il a été invité pour animer une conférence sur le thème « Y a-t-il une place pour les chrétiens en politique ? » Un peu naïf comme titre, pour ce conservateur qui prône « l’union des droites » (ce qui inclut les plus radicales)…

On peut donc dire que Notre-Dame d’Orveau n’est pas une école comme les autres et que la formation politique y a aussi sa place. Mais est-ce que ces idées arrivent à toucher les élèves qui y sont scolarisé.e.s ? Sans doute pas tou.te.s, mais suffisamment pour que de drôles d’images apparaissent dans les vidéos censées faire la promotion de l’établissement et de son internat sur Youtube :

internat

Sur la vignette de gauche, où on retrouve l’angevin Enguerrand Fleury, on distingue un drapeau de La Manif Pour Tous. Sur la vignette centrale on retrouve en haut Thibaut Cochin portant un t-shirt de l’Alvarium et en bas Thomas Gueyffier. Enfin, sur la vignette de droite, chacun.e interprétera comme il le veut le drapeau au mur… On pourrait alors être étonné.e que le règlement précise que « les insignes à caractère politique sont prohibés ». Mais celui-ci précise également que « la décoration des chambres est soumise à l’appréciation du responsable d’internat ». Ouf, on comprend mieux !

3) Concrètement, ça a donné quoi ?

Au final, une fois cette (un peu longue mais essentielle) mise en contexte effectuée, on comprend mieux comment la dernière université d’été d’Academia Christiana s’est retrouvée à Notre-Dame d’Orveau. Le dernier soir s’est conclu par un concert du groupe nationaliste FTP, dont une photo en particulier trahit l’endroit où l’événement a eu lieu.

notre dame d'orveau concert faf

Même salle, deux ambiances : en haut concert rock d’extrême-droite, en bas cours d’EPS pour les élèves.

Le reste de la semaine fut comme d’habitude un condensé de ce que ces milieux savent produire : un mélange de conférences qui regrettent le bon vieux temps et exècrent le monde d’aujourd’hui, ponctué par des ateliers sport de combat ainsi que des fêtes en soirée. Un mot tout de même, pour insister sur le fait que les séances de sport ne sont pas si anodines qu’il n’y paraît : cette photo nous a permis de reconnaître un ancien militant du GUD dont le tatouage fait plus référence à son amour de la bagarre de rue qu’à l’esprit sportif…

tatouage gud

Enfin, impossible de ne pas dire un mot sur l’omniprésence des militant.e.s de l’Alvarium qui étaient chez elleux en Anjou. Comme l’année dernière, illes ont filé un coup de main en cuisine (espérons pour elleux qu’illes n’ont pas nourri les participant.e.s avec les légumes qu’illes cultivent sinon c’était la famine assurée) et Jean-Eudes Gannat a participé à la table ronde « Pourquoi s’engager ? ». Jeanne-Mathilde Quiñones, quant à elle, a pris des photos utilisées dans un compte rendu du site Breizh-Info, dans lequel on reconnaît Théodore Riant, un verre à la main, visiblement pas trop stressé par le procès qui l’attend…

En conclusion, on peut dire qu’une fois de plus l’Anjou a malheureusement montré qu’il pouvait être une terre d’accueil pour les nationalistes de tout poil. On pourrait regretter l’absence de réaction de la part des habitant.e.s du coin. Mais étaient-illes seulement au courant ? En effet, tout porte à croire que cet événement a été organisé en toute discrétion. Du début jusqu’à la fin, le lieu exact n’a jamais été annoncé publiquement par les organisateur.trice.s et contrairement aux éditions précédentes, les seul.e.s « journalistes » présent.e.s bossent pour des médias nationalistes. Enfin, seule une poignée de photos ont été diffusées sur les réseaux sociaux, contre 436 l’année dernière… Une volonté de ne pas ébruiter qu’un établissement privé sous contrat (et donc financé par les contribuables) a servi pour une petite réunion d’extrême-droite ?

Dans tous les cas, si Academia Christiana s’aventure à organiser leur prochaine université d’été au même endroit, les angevin.e.s ne pourront pas dire qu’illes n’étaient pas au courant. Espérons alors, qu’une réaction spontanée et populaire puisse leur mettre des bâtons dans les roues.


(1) Il n’est donc à l’heure actuelle plus directeur de l’établissement puisqu’il est aujourd’hui à la tête d’un autre établissement en région parisienne.

(2) Un groupe russe de NSBM (black metal néo-nazi).

(3) L’historien Benoît Musset dit à son sujet : « l’extrême-droite actuelle se rallie aux travaux de Reynald Sécher. À la fin des années 80, il est parmi les premiers à évoquer le terme de « génocide franco-français ». Malgré son rejet par l’Université, Sécher reste très actif. » (Source)

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Rassemblement antiraciste et antifasciste – Samedi 12/09/2020 – 14h Place Molière Angers


Après un local en plein centre-ville, les fascistes ouvrent un pseudo-squat en toute impunité !

Alors que nous dénonçons depuis environ trois ans la nocivité du mouvement de l’Alvarium et leurs multiples tentatives de faire entendre leurs idées aussi puantes que rétrogrades, ses membres continuent dans la surenchère nationaliste et xénophobe. Depuis qu’illes ont ouvert un local en plein centre-ville (rue du Cornet) il y a tout juste un an, nous n’avons cessé de dénoncer leur présence indésirable et alerter sur leurs projets parfois délirants, mais toujours discriminants. Aujourd’hui, illes annoncent l’ouverture d’un deuxième lieu, toujours en centre-ville. Ce dernier est présenté comme une « occupation non-conforme ». Comprendre : squat d’extrême-droite qui se rêve en centre social inspiré du mouvement fasciste italien Casapound.

Il faut d’emblée rappeler que cet acte s’inscrit dans une généalogie d’actes violents, agressions, provocations racistes en tout genre… Depuis quelques années la même bande (pour une bonne partie des fils et filles de bourgeois et aristocrates) multiplient les actions qui portent la marque de l’extrême-droite radicale. Celles-ci sont parfois décrites dans la rubrique « faits divers » de la presse locale, mais bénéficient toujours de la clémence de la justice de classe. Dans ce contexte Jean-Eudes Gannat, chefaillon de l’Alvarium, a pu se construire une image de nationaliste plus ou moins fréquentable, allant même jusqu’à se présenter à une élection législative partielle qui doit avoir lieu les 20 et 26 septembre prochain. Sa méthode est simple à comprendre : il édulcore ses idées les plus discriminantes et se fait passer pour un bienfaiteur de l’humanité. L’officialisation de ce pseudo-squat est, à n’en pas douter, une pierre de plus à son édifice.

Mais nous ne sommes pas dupes. L’idéologie qui fait tendre la main (ou le bras droit…) des membres de l’Alvarium en direction des personnes sans-abri ou en situation de précarité n’est rien d’autre que le fascisme. En revendiquant d’appliquer une « préférence nationale », illes hiérarchisent les souffrances et peinent à cacher le racisme qui les anime. De plus, quoi de plus loufoque que de voir des nanti.e.s défendre la propriété privée aux fenêtres d’un lieu… occupé illégalement (comprenne qui pourra).

Et pourtant, le droit au logement pour toutes et tous est un combat qui mérite d’être mené à Angers. Les personnes à la rue, étrangères ou non, sont nombreuses et les logements existants insuffisants. En cette rentrée universitaire, certain.e.s étudiant.e.s doivent accepter des conditions de logement précaires (camping, Airbnb, hébergement…) Et alors que le lieu autogéré La Grande Ourse (qui, lui, loge véritablement des personnes en galère et sans distinction) risque l’expulsion, les fachos ouvrent un pseudo-squat en toute impunité !

Car la majorité municipale est plus que complaisante envers l’Alvarium et d’autres groupuscules d’extrême-droite. Nous en avons une nouvelle fois la preuve car le lieu que les fachos occupent est la propriété d’Alter Public, organisme public dont le maire d’Angers, Christophe Béchu, siège au conseil d’administration. Celui-ci, en bon hypocrite, déclarait il y a quelques années qu’il se réjouissait que la ville d’Angers « se méfie traditionnellement des extrêmes »… La réalité est malheureusement toute autre.

Dans ces conditions, nous appelons les organisations, collectifs et individu.e.s à se joindre au rassemblement samedi 12 septembre, à 14h, place Molière. Les masques et le respect des gestes barrières est de rigueur. On sait que les fachos ont eu l’eau coupée, à nous de les mettre en sueur !

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Quelques fondamentaux sur l’antifascisme

Ce texte ne s’adresse pas aux personnes dont le scepticisme les fait d’ores et déjà nous classer dans la catégorie des personnes infréquentables. En revanche, celleux de bonne foi qui désirent mieux comprendre notre vision de l’antifascisme trouveront un intérêt dans les lignes qui vont suivre. Les six points ci-dessous nous paraissent importants pour éviter les préjugés, raccourcis ou rumeurs dont un collectif antifasciste comme le nôtre peut parfois faire les frais.

Ci-dessous, la version imprimable (A4 recto/verso) :
Quelques fondamentaux – RAAF 2020

1) La liberté d’expression

S’il n’est pas essentiel (et de toute manière vain) de convaincre le plus grand nombre que nous défendons une certaine liberté d’expression, il est important de dire quelques mots sur cette notion galvaudée. Arriver à penser un court instant que les fascistes seraient fondamentalement pour la liberté d’expression et que les antifascistes qui souhaiteraient les empêcher de s’exprimer seraient contre révèle une grande naïveté. En effet, le projet de société de l’extrême-droite porte en lui-même des propositions liberticides. Et au sein de celui-ci, la place pour la contestation, ou le débat d’idées, n’est sûrement pas plus grande que dans une autre tendance politique. On pourrait alors penser que le problème c’est qu’à force de les ostraciser, on leur offre la possibilité de se victimiser. C’est, de nouveau, une erreur. Les fascistes ne se victimisent pas parce qu’on ne les laisse pas assez parler. Illes se victimisent parce que c’est la stratégie qu’illes ont choisi pour susciter de l’empathie auprès des gens qui n’étaient pas directement convaincus du bienfait de leurs propositions. Ainsi, les laisser s’exprimer c’est leur laisser des espaces de paroles où illes pourront davantage se victimiser, convaincre un plus grand nombre de personnes et ainsi de suite.

Le discours des fascistes ne doit pas être compris comme autre chose qu’un venin qui se diffuse, petit à petit, dans le corps social. A chaque fois qu’un.e d’entre elleux écrit sur un réseau social un quelconque commentaire négatif sur les syndicats, les immigré.e.s ou les féministes, ille participe à polluer l’air du temps. En fin de compte, au bout d’un certain temps, cet air est tellement pollué qu’il finit par influencer plus ou moins les discours de tout à chacun.e.

Dans ce contexte, gêner, voire empêcher la tenue, par exemple, d’une conférence d’extrême-droite est un acte qui relève davantage de la salubrité publique que de l’instauration d’une prétendue dictature de la pensée unique. Car au final, que ce soit pour remettre en cause l’existence des chambres à gaz ou disserter sur la démographie en France, on ne peut malheureusement que constater avec tristesse de l’usage que les fascistes font de leur liberté d’expression.

Il restera cependant toujours quelques acharné.e.s qui, avec une certaine forme de fascination pour leurs adversaires, se battront pour que l’extrême-droite puisse conserver une parole publique. Nous en avons eu récemment un exemple flagrant au niveau local : une militante d’un parti de gauche a annoncé avec fracas sur les réseaux sociaux qu’elle quittait le mouvement pour pouvoir continuer à fréquenter des nationalistes, à la fois dans sa vie personnelle mais également en tant que militante, par goût du débat. Il est inutile de tenter de convaincre ce genre de personnes qui, sous couvert d’ouverture d’esprit, peuvent faire preuve d’une mauvaise foi parfois abyssale. Mais il convient également de dénoncer les discours confusionnistes dont le principal danger est de gêner la compréhension du rôle de l’extrême-droite.

 

2) La violence et l’usage de la force

S’il est aujourd’hui aussi banal de dire que « les antifas se comportent exactement comme les gens qu’ils combattent » que de dire « qu’il pleut toujours en Bretagne », ce n’est pas pour autant qu’il ne faut pas essayer de déconstruire ce type de lieux communs.

En s’inscrivant dans une lutte telle que l’antifascisme, on accepte de facto de rentrer dans un rapport de force. Celui-ci peut nécessiter le recours à une grande variété de techniques dont certaines peuvent être qualifiées de violentes dans le sens commun du terme. Nous ne devons pas d’emblée avoir peur de ces méthodes dans le sens où elles font partie du passé de cette lutte et probablement aussi de son futur proche. Pour autant, nous essayons de ne pas entretenir un fétichisme vis-à-vis de ces techniques. Et c’est précisément sur ce point que notre approche de la violence est radicalement différente de celles des fascistes. Pour ces derniers (en tout cas une partie), la violence est positive en soi et peut même devenir un but recherché. Elle est souvent perçue comme libératrice et cathartique. Les fascistes ne l’utilisent pas uniquement par rapport à autrui mais aussi pour eux-mêmes. Dans ce double mouvement, illes espèrent nuire à leurs adversaires tout en essayant de se transformer elleux-mêmes. De la violence des SS jusqu’à leur intérêt pour certaines formes de hooliganisme, on voit bien que leur rapport à la violence est lié à la domination et s’inscrit dans une tradition philosophique opposée à la nôtre. En ce qui nous concerne, la violence est surtout un outil dont l’efficacité sera jaugée en fonction des situations. Si pour empêcher la conférence d’un.e raciste notoire, il est possible d’organiser un sit-in de 10000 personnes et que la police n’a pas les moyens de déplacer cette foule, alors il faudra choisir cette technique. Si, en revanche, on ne peut compter que sur 100 camarades, alors il faudra peut-être opter pour des techniques nécessitant le recours à la force si l’on souhaite arriver au même résultat.

Enfin, il va de soi que l’antifascisme implique de se mettre dans des situations où l’on s’expose individuellement et collectivement à la violence de l’extrême-droite. Mieux vaut s’y préparer et partir du principe que celle-ci peut toucher n’importe lequel ou laquelle d’entre nous, militant.e antifasciste ou non d’ailleurs. Dans ce cas de figure, il n’existe pas de règles à suivre et chaque groupe envisagera la ou les techniques qu’il souhaite adopter en fonction des situations. Le fait que certaines d’entre elles impliquent une forme de violence ne doit pas être un problème en soi car le plus grand nombre peut comprendre leur légitimité dans des contextes d’auto-défense.

 

3) La nécessité de lutter contre l’extrême-droite ici et maintenant

L’antifascisme est parfois perçu dans les milieux militants comme une maladie infantile du gauchisme, une lutte dans laquelle s’investirait des jeunes en manque de sensation forte ou bien des militant.e.s révolutionnaires n’ayant pas trouvé d’autres fronts aussi radicaux. Nous ne partageons pas ce point de vue. Placer la lutte contre l’extrême-droite assez haut dans la liste des priorités est surtout une question de bon sens. Alors que les populistes gagnent du terrain à l’étranger (USA, Brésil, Hongrie…), que les actes terroristes d’extrême-droite sont en augmentation (Munich, Pittsburgh, Christchurch…) et que le RN n’a jamais été aussi proche de remporter une élection présidentielle (au second tour de l’élection de 2017, Marine Le Pen a récolté plus de 10 millions de voix, un record pour le parti), on se demande ce qu’on pourrait bien attendre de plus !

L’antifascisme est donc une nécessité pour inverser la tendance, permettre la possibilité de construire une société plus égalitaire et, espérons le, rendre concret nos utopies les plus folles.

« La géo-politique c’est bien joli, mais quel intérêt de commencer par notre petite ville d’Angers où règne une douceur de vivre légendaire ? » nous diront certain.e.s. Et bien parce que le problème de l’extrême-droite concerne tout le monde. Que l’on soit sans-papiers, personne racisée habitant dans un quartier populaire, prolétaire, militant.e de gauche… ce n’est qu’une question de rapport de force et de temps pour qu’à un moment donné ou à un autre nous risquions d’être impacté.e.s directement par l’action de l’extrême-droite. Et que celle-ci s’incarne par une proposition de loi du RN ou par les collages éphémères d’affiches de l’Alvarium ne change rien : tout cela appartient au même mouvement et sert le même projet de société. Lutter contre l’extrême-droite ici et maintenant c’est donc gagner du temps et aborder le problème de manière pragmatique.

 

4) L’idéologie, les alliances et le front antifasciste

Il existe plusieurs manières de se situer, en tant que collectif antifasciste, dans la vie politique locale. La question de la finalité du projet politique ainsi que les alliances que l’on est prêt.e à faire ne sont pas des choses à prendre à la légère. Concrètement, l’idéal est d’arriver à trouver un positionnement qui évite deux écueils. Le premier consisterait à s’enfermer dans une radicalité et un jusqu’au-boutisme qui couperait le collectif d’un grand nombre de personnes souhaitant lutter sincèrement contre l’extrême-droite. Le second est la tentation de constamment élargir son réseau au risque de faire des alliances qui trahissent nos convictions, voire qui se révèlent au final contre-productives.

En général, l’antifascisme révolutionnaire se situe au carrefour de différents courants de la gauche radicale. Si les militant.e.s anti-autoritaires sont très largement représenté.e.s au sein de ce mouvement, illes peuvent être rejoin.te.s par d’autres militant.e.s avec lesquel.le.s illes peuvent partager certains désaccords sur le plan de la doctrine politique. Il faut bien sûr distinguer ce qui est fondamental pour la lutte antifasciste de ce qui est secondaire et qui nécessitera d’autres contextes pour être discuté. Par exemple, deux personnes peuvent être en désaccord sur la manière d’arriver à une société sans classes sociales, sans que cela ne les empêche de lutter ensemble contre l’extrême-droite.

Ce type de situation ne représente pas un challenge insurmontable du moment que chacun.e fait preuve de bonne volonté, de souplesse et de discernement. L’idée est d’arriver à créer un front antifasciste suffisamment large pour que les arguments qui motivent la lutte contre l’extrême-droite puissent être partagés par l’ensemble des personnes prenant part à ce combat. L’objectif est bien sûr, au final, de rassembler un maximum de personnes dans cette lutte.

 

5) Le rapport entre les collectifs antifascistes et les « masses » : inspirer la spontanéité

L’antifascisme n’est pas une affaire de spécialistes ou d’expert.e.s mais l’affaire de tout.e.s. Nous ne somme pas un genre de « police de gauche » auquel on doit faire appel ponctuellement quand « on a un problème avec les fachos », c’est tout l’inverse : nous souhaitons donner envie au plus grand nombre de s’engager d’une manière ou d’une autre à lutter contre les forces contre-révolutionnaires incarnées par l’extrême-droite.

Si nous ne sommes pas prestataire de services, nous ne sommes pas non plus des manipulateur.rice.s qui essaieraient de radicaliser des gauchistes pour les faire prendre part à des actions directes par exemple. Cette précision est importante à faire puisqu’elle contredit la fausse image de l’antifasciste masqué.e préparant des coups en douce tout en se cachant derrière des organisations plus conventionnelles. Récemment encore, nous avons eu à nous justifier concernant le rassemblement du 8 juin dernier contre le racisme et les violences policières. La manifestation sauvage qui l’a suivi a rapidement pris la direction de la rue du Cornet et du local de l’Alvarium, ce discret repaire de fascistes dont on a régulièrement parlé sur notre blog ou sur les réseaux sociaux. Aucune mainmise de notre organisation n’est à voir derrière cette manœuvre. Il semblerait que le fait que l’ensemble de la manifestation se soit retrouvée agglutinée aux flics qui protégeaient l’Alvarium et ses militant.e.s s’explique simplement par la spontanéité des personnes présentes. C’est d’ailleurs cette même spontanéité qui a fait que le cortège s’est remis en marche dans la direction opposée après qu’une militante de l’UCL ait pris la parole pour demander aux personnes de quitter les lieux.

Cet exemple est intéressant à différents égards. Il montre qu’une foule n’a pas nécessairement besoin d’un leader ou d’une préparation complexe pour mener des actions sensées et claires à la fois. On peut même dire que le parcours qui a été choisi par les manifestant.e.s nous apparaît comme étant le plus logique qui soit. Car pour une manifestation qui entend dénoncer le racisme et les violences policières, aller demander des comptes aux fascistes, eux-mêmes protégé.e.s par des flics en tenue anti-émeute, nous semble cohérent. Nous avons à plusieurs reprises mis en lumière les aspects discriminants de l’idéologie portée par l’Alvarium et nous interprétons le fait de voir une foule en colère se diriger vers ce local comme un réflexe d’auto-défense populaire, ni plus ni moins.

De manière générale, si les petits articles que nous publions sur notre blog dénoncent suffisamment l’extrême-droite locale et qu’ils rendent visible pour le plus grand nombre le fait que ce que font les fascistes est insupportable, alors cela sera déjà un bon début. Nous souhaitons alimenter le débat tout en l’orientant vers une voie qui soit constructive. Le travail d’information que nous fournissons s’adresse à tou.te.s, sans discrimination.

 

6) Le féminisme et les luttes connexes

Il pourrait être tentant d’éviter la question de la place des autres luttes vis-à-vis de l’antifascisme, par facilité ou par peur de ne pas trouver le positionnement juste et respectueux des sensibilités des un.e.s et des autres. Pour autant, il est crucial de rappeler au plus grand nombre que la lutte contre l’extrême-droite ne peut en aucun cas être séparée d’autres luttes à visée émancipatrice. Nous envisageons notre combat comme une seule entité et non un ensemble d’engagements plus ou moins progressistes qui s’accumuleraient au fil du temps. L’antifascisme n’est pas, pour nous, une lutte « spécialisée » mais une manière d’entrer en résistance contre l’ordre existant et participer à changer la société.

Par conséquent, notre engagement féministe est facile à déterminer : ce n’est pas une lutte que l’on souhaite mener en parallèle de l’antifascisme car elle fait partie de celui-ci. Il est important d’insister sur cette question pour plusieurs raisons. Tout d’abord car l’image trop souvent véhiculée des antifascistes est celles de groupes d’hommes virils et plutôt bagarreurs. Nous nous inscrivons en faux contre ce stéréotype car il n’est pas représentatif de notre mouvement et qu’il s’appuie sur des poncifs sexistes qui tendent à invisibiliser les femmes prenant part à cette lutte. Ensuite, parce qu’il est clair que l’extrême-droite est à l’origine d’attaques contre les droits des femmes et un fidèle chien de garde du patriarcat. Enfin, parce que notre mouvement est aussi traversé, comme à peu près tout les espaces de notre société, par le sexisme. Il convient alors de ne pas mettre d’œillères et de voir en face les possibilités de faire collectivement la critique de nos propres pratiques tout en gardant en tête que la finalité de notre combat est d’ordre politique.

De la même façon, d’autres combats imprègnent notre manière de mener la lutte antifasciste, parfois en la questionnant, toujours en la dynamisant. Les droits des personnes LGBT+, la libération animale, la lutte contre l’islamophobie, la dénonciation des violences policières, le droit au logement ou la place des drogues dans nos milieux et dans la société en général ne sont que quelques exemples des nombreuses questions qui inspirent le mouvement antifasciste en le portant vers de nouveaux horizons critiques et émancipateurs.

Toutes ces raisons nous font dire que l’antifascisme ne doit pas être groupusculaire mais populaire et qu’il ne doit pas être institutionnel mais autonome. Rejoignez la lutte antifasciste !

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Le jardin mytho de l’alvarium

Les camarades de l’Action Antifasciste Loire-Authion nous ont fait parvenir cette vidéo.
Un nouvel épisode tragicomique de la propagande mensongère de l’alvarium :

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Crise sanitaire, inégalités de classes et dérives autoritaires

La crise sanitaire que nous traversons actuellement est inédite par bien des aspects. D’autres ont déjà commencé un travail de critique des politiques menées ces dernières décennies, qui ont certainement contribué à son aggravation. Nous tenterons ici d’analyser la situation et les dynamiques actuelles d’un point de vue antifasciste.

La communication gouvernementale et son lexique guerrier nous enjoignent à faire front commun dans cette « guerre » contre le virus. Cette stratégie d’union sacrée est bien connue et conduit toujours au même résultat : les pauvres meurent pendant que les riches restent au chaud.

Parce que la stratégie de confinement ne concerne qu’une partie de la population, il devient impossible d’ignorer ces privilèges de classe. Pendant que certain-e-s peuvent travailler à domicile, les autres doivent sortir et s’exposer au risque de contamination. Avis aux plus naïfs : les applaudir ne les guérira pas.

Tandis que les puissants changent à nouveau les règles du jeu à leur avantage, comprendre : détruisent le code du travail, les flics ont quartier libre. Ils peuvent bien venir jouer les victimes dans les médias par le biais de leur syndicat d’extrême-droite, sur le terrain les violences policières ne souffrent pas du virus. Cette bande de sadiques s’attaque en priorité comme à son habitude aux habitant-e-s de quartiers populaires.

Il n’y a pas qu’eux qui profitent du confinement pour se lâcher à l’abri des regards. Malgré des prisons pleines à craquer et au bord de l’implosion, la justice redouble d’efforts pour condamner à des peines délirantes par visioconférence.

On aimerait croire que ces pratiques scandalisent l’opinion publique, et c’est sans doute le cas, mais quand on apprend que certains standards téléphoniques de commissariats sont saturés d’appels de délation, on est en droit de se poser des questions.

L’économie ne s’est pas arrêtée pour tout le monde. Les fabricants de joujoux techno-cauchemardesques sont de sortie et font étalage de leur catalogue. On a pu ainsi voir des drones surveiller et suivre des êtres humains pour leur demander de rentrer chez eux. Les opérateurs de téléphonie mobiles quant à eux, attendent le feu vert du gouvernement pour outrepasser la RGPD et revendre nos données numériques personnelles à des fin de pistage.

L’état d’urgence sanitaire semble, comme l’état d’urgence tout court, être le prétexte idéal pour restreindre nos libertés personnelles. Si la crise sanitaire est loin d’être dépassée, la période qui va suivre risque également d’être très compliquée. Se débarrasser d’outils coercitifs, même s’ils semblaient utiles ou légitimes à certains, n’est jamais chose aisée. La récession économique qui va suivre risque également de favoriser des politiques à l’encontre des travailleurs et des travailleuses.

Plus que jamais il nous faudra faire preuve de solidarité. D’une solidarité de classe plutôt que d’une solidarité nationale.

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Bilan du mandat de Christophe Béchu dans une perspective antifasciste

En période de campagne électorale, il est utile de revenir sur la mandature qui s’achève afin d’en établir le bilan dans une perspective antifasciste. Ces six années auront été marquées par une complaisance assumée de la mairie avec les droites réactionnaires ainsi que par un laisser-faire coupable vis-à-vis de l’extrême-droite radicale.

Panier de crabes, mariage de la carpe et du lièvre : L’ère Béchu, un documentaire animalier

https://www.gyyporama.com/#/ostrilla/

Dès le début de mandat, l’équipe de Christophe Béchu compte deux élus qui servent de caution morale pour la frange rétrograde de l’électorat : Roch Brancour et Maxence Henry. Ils sont à l’époque adhérents à Sens Commun, l’émanation politique de La Manif Pour Tous.

En novembre 2016 la première polémique publique éclate. Christophe Béchu cède à la pudibonderie de ses administré.e.s les plus réactionnaires et demande à JC Decaux de retirer des murs de la ville une campagne de prévention du VIH menée par AIDES, avec l’aval du Ministère de la Santé. Cette décision a été prise lors d’un « bureau municipal » où sur les 25 élu.e.s présent.e.s on ne notera qu’une seule abstention. Cette demande n’est donc pas le seul fait du prince mais bien une décision collégiale. Le week-end précédent, en bon soldat de la Manif Pour Tous, Roch Brancour avait déjà jugée « cette campagne irresponsable ». Les accusations justifiées d’homophobie fusent de tous bords. Quand à qualifier cet acte de « censure » ce sera directement la ministre de la santé de l’époque qui s’en chargera.

Maxence Henry et Roch Brancour ne sont que la partie visible du caractère réactionnaire de la majorité aux affaires. Et nul n’est dupe qu’ils ont abandonné l’étiquette Sens Commun en cours de mandat parce qu’elle entachait l’image lisse voulue par l’équipe municipale (encore plus avec la déroute de François Fillon que Christophe Béchu a soutenu dans un premier temps). En quittant leur vieux oripeaux ils n’en restent pas moins que nos larrons restent d’indécrottables militants d’une droite dure décomplexée et homophobe. S’ils avaient été isolés dans leur positionnement politique, il y a belle lurette qu’ils auraient servi de fusibles mais les voilà prêts à rempiler en bonne position. Et pour cause, ils ne sont pas seuls. Trois autres élu.e.s de la majorité refusent de célébrer les unions entre personnes du même sexe : Karine Engel, Grégoire Lainé et Véronique Lorro. Quand ces élu.e.s parlent de moralité publique alors que ce ne sont pas des entorses mais des fractures multiples qu’ils font subir à la loi sur le mariage pour tous, on comprend que des angevin.e.s ricanent devant tant de tartufferie. Les ricanements deviennent rires jaunes lorsque Maxence Henry se fait pincer, à la manifestation anti-PMA parisienne du 6 octobre arborant fièrement (mais sans délégation) son écharpe d’élu. Celui-ci feindra la surprise et jurera que l’on ne l’y prendrait plus. Encore un tollé sans conséquences politiques : aux « innocents » les mains pleines.

Parfois qualifiés de « dérapages » la récurrence de ces affaires prouve qu’elles relèvent du système plutôt que de l’exception. Sur cette question de l’égalité des droits, il s’agit d’une politique tacite de la part de l’équipe dirigeante : un petit clin d’œil appuyé vers la droite de la droite. Il est donc troublant d’apprendre que pour l’éventuelle prochaine mandature, Christophe Béchu a été rejoint par l’ex-sénatrice EELV Corinne Bouchoux pour qui la revendication publique de son homosexualité est un acte militant. Que peut-elle attendre de sa collaboration avec une bande de fieffés réacs ? Pense-t-elle sérieusement faire bouger les lignes ? Le seul mariage qu’elle puisse célébrer sera celui de la carpe et du lièvre.

Espoir rance en banlieue

«Complex shit» à Berne
Sculpture gonflable de Paul McCarthy

Cette même municipalité, via société d’économie mixte de la SOCLOVA a mis à disposition dans le quartier populaire de la Roseraie, un terrain, ainsi que des préfabriqués, à l’école hors-contrat « Le Gouvernail ». Cette établissement qui ouvre ses portes en septembre 2017, est affilié à Espérance Banlieue un réseau d’écoles qui prodiguent une pédagogie aux méthodes rétrogrades. Il est peu surprenant d’apprendre que la fondation Espérance Banlieues entretient des liens étroits avec la Manif Pour Tous. Il s’agit là d’un coup de pouce inadmissible à une officine privée douteuse et un signal amical de plus envers l’extrême-droite catho-tradi qui pèse si lourd sur la vie politique en Anjou alors qu’elle ne représente plus qu’elle même.

La sécurité, première des opacités

Êtes-vous sûr.e.s de n’avoir rien à cacher ?

En matière de sécurité Christophe Béchu avait promis un important déploiement de la vidéosurveillance. « Promesse tenue » comme il aime à le clamer ! Leur nombre a augmenté de 441 % entre 2013 et 2019 ! Ce sont donc désormais 150 caméras qui quadrillent la ville, soit grosso modo 1 pour 1000 habitants. Par contre, inutile de demander un quelconque audit ou une étude de résultats, il n’y en a jamais eu. Les seuls qui aient accès à des chiffres précis sont les industriels de la peur et de la sécurité lorsqu’ils consultent leur comptes après avoir encaissé l’argent public.

Comme ce n’est pas assez, Angers est désormais engagée dans un projet de « territoire intelligent ». et c’est un consortium emmené par Engie qui a raflé le jackpot. Alors, bien sûr l’argument de façade est la modernisation des infrastructures en vue d’une gestion plus fine et plus économique mais le budget de plus de 170 millions sur 12 ans va permettre la création d’une infrastructure tout à fait à même de virer à la technopolice. Et Jeanne Robinson-Berhe, adjointe à la sécurité nous promet déjà plus de caméras pour le prochain mandat. Bel élan de solutionnisme technophile qui va encore enrichir des grosses boîtes privées et nous priver de nos libertés publiques et individuelles. Pour résumer cette majorité nous rêve transparent.e.s mais gère la question sécuritaire de manière opaque.

Extrême-droite radicale ? Où ça ?

Evidemment avec des élu.e.s du pedigree tel que décrit plus haut des accointances avec l’extrême-droite ne sont pas surprenantes et s’affichent même sur les réseaux sociaux. Comment ne pas imaginer que ces affinités ne jouent pas en faveur du prêt récurent de salles municipales au Cercle Anjou Conférence mené par deux ex-RN : Barbara Mazières (désormais conseillère régionale) et Gaëtan Dirand ? Le Cercle aura fait bénéficié à tout le gratin moisi de l’extrême-droite « hors-les-murs » du confort des salles de la ville.

Angers et le street-art, une histoire de murs.

Quant à la bande de néo-fascistes de l’alvarium, après une sévère défaite dans le quartier Savary, ils se sont réinstallés en juin 2019 en plein centre-ville, au 31 rue du Cornet, à deux pas de la Bourse du Travail. Nous ne nous étalerons pas ici sur leur pseudo « action-sociale », leur activisme en trompe-l’œil où leurs déboires judiciaires réguliers. Par contre la position de la mairie est assez symptomatique d’une forme d’aveuglement. Depuis sa réouverture, la seule réponse aura été d’installer très rapidement une caméra de surveillance pour parer tout « trouble à l’ordre public » et dissuader les opposant.e.s trop remuant.e.s (sans succès vue la façade « refaite », voir ci-dessus).

En gros un emplâtre toxique sur une jambe de bois vermoulue. Triste démonstration de veulerie politique. Nous ne nous leurrons pas, la solution ne viendra pas des institutions mais bien d’une mobilisation populaire comme celle qui a contribué à couler l’alvarium première version. On peut néanmoins rappeler chacun à ses responsabilités. Pour la première version du local fasciste la mairie avait été forcée par les évènements à s’exprimer à plusieurs reprises sur le sujet, un vœu avait été voté à l’unanimité en conseil municipal. Celui restera pieux car non suivi d’action. Cette fois, depuis juin Christophe Béchu n’aura pas soufflé un traître mot sur ce local fasciste qui défigure la ville : où comment essayer discrètement de glisser la merde sous le tapis. Alors tous les beaux discours sur le « vivre-ensemble » ne sont à nos oreilles que foutaises.

La méthode Béchu : un silence méprisant

On pourrait résumer comme suit la méthode Béchu de lutte contre l’extrême-droite : tout (sa-)voir, tout entendre, ne rien dire. Depuis plusieurs années c’est un silence méprisant qui vaut réponse à toute question adressée l’administration municipale. Il est vrai qu’il est ardu de combattre l’extrême-droite quand dans ses rangs la réaction pèse si lourd.

Christophe Béchu pense peut-être feindre l’indifférence mais il s’agit bien d’une coupable complaisance au seul bénéfice de l’extrême-droite. De la première d’ouverture d’un local fasciste, nous avons appris qu’à terme une mobilisation large, populaire et déterminée paiera.

L’antifascisme radical est aussi une incitation à reprendre nos affaires en mains par l’absence de délégation et l’action directe. Nous vous invitons donc à nous rejoindre dans ce combat pour l’émancipation.

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3 ans de gros échecs et de petits mensonges (et le contraire)

Nous avons récemment lu l’interview des membres de l’Alvarium sur le site d’extrême-droite Paris Vox, à l’occasion de la soirée censée fêter les 3 ans de cette « communauté enracinée ». Nous y avons découvert, mi-amusé.e.s par le ridicule de la situation, mi-attristé.e.s devant une telle bêtise, que nos fascistes locaux faisaient un bilan positif de leur petite aventure. Certes, la vanité et l’orgueil étant les ingrédients de base de leurs communications, cet article n’est que moyennement une surprise. Cependant, il nous semblait important de remettre les pendules à l’heure et de profiter de l’occasion pour nuancer leur discours qui, selon nous, a une influence négative sur la vie locale. Cet article vise donc à dénoncer les actions entreprises par l’Alvarium tout en déconstruisant la gloriole dont ses membres peuvent se parer.

Autant le dire d’emblée : le bilan de l’Alvarium est désastreux. Et comme nous allons le voir, parmi tout ce qui a été entrepris, on peine à trouver les domaines où on serait obligé de reconnaître que ce qu’ils font est véritablement utile aux angevins.

Soirée fléchettes, cours d’anglais, galette des rois, cours de catéchisme… on pourrait avoir l’impression que ça part dans tout les sens. Nous allons donc essayer de décortiquer la plupart de leurs activités pour tenter d’y voir plus clair. On commence avec quatre thématiques qui trônent sur la banderole de leur page Facebook : solidarité, politique, culture, sport.

« Solidarité » : la pauvreté augmente, l’activité de l’Alvarium non.

Alors que la crise du logement touche de plus en plus durement Angers (notamment ses étudiants), et que de manière générale les inégalités augmentent, l’activité de l’Alvarium n’explose pas. Bizarre, il y en a pourtant des occasions de se rendre utile ! Pire, au vu des photos qu’ils diffusent sur les réseaux sociaux, on a même l’impression qu’il y a de moins en moins de maraudes et que ce sont toujours un peu les même têtes que l’on retrouve lors de ce genre d’actions… Est-ce que cela voudrait dire que l’Alvarium n’arrive pas à développer son « travail social » ? Cette hypothèse est d’autant plus probable pour plusieurs raisons. Tout d’abord, nos militants nationalistes ne sont pas des sur-hommes et personne n’est à l’abri du découragement. De plus, en 3 ans, leur mouvement n’a su développer aucun partenariat avec les acteurs légitimes, au niveau local, impliqués dans l’action sociale. Qu’elle soit publique ou privée, aucune institution ne semble vouloir avoir affaire avec eux… Et en même temps, on peut le comprendre. Car c’est peu dire que leur vision de l’action sociale est complètement dépassée. Leur manière de nommer les personnes qu’ils souhaitent aider aurait de quoi faire froncer les sourcils de n’importe quel étudiant en première année de formation en travail social : « cas social », « pauvre hère », « malchanceux »… Le paternalisme dont ils font preuve trahit leur position sociale et affiche toute la condescendance qu’ils peuvent avoir pour ces personnes dont ils ne souhaitent au final qu’instrumentaliser la misère au profit de leur obsessions racistes et xénophobes.

L’utilisation de l’adjectif « malchanceux » (à l’occasion de leur « noël des malchanceux ») est tout particulièrement révélatrice. En effet, il serait logique de penser qu’il existe des raisons objectives qui permettent d’expliquer les inégalités sociales. On pourrait par exemple s’intéresser aux déterminismes qui structurent la perpétuation de groupes sociaux antagonistes. Mais non, à l’Alvarium on préfère croire… au hasard ! En gros, si tu es né chez les riches (comme chez la famille Gannat par exemple), tant mieux pour toi, si tu es né chez les pauvres, tant pis pour ta gueule.

Mais comme souvent, cette violence symbolique ne peut pas perdurer à l’infini. Et un jour ou l’autre, on fini par se prendre, sans mauvais jeu de mot, le retour du bâton. C’est en tout cas ce que pouvait laisser croire ce fait divers à l’automne dernier.

« Politique » : aucun doute, on est bien à l’extrême-droite

Des conférences ont été organisées plus ou moins régulièrement au local, attirant au mieux quelques dizaines de personnes. Il est intéressant de remarquer que les thèmes ou les intervenants invités semblent trahir une évolution dans la stratégie mise en œuvre. Les thèmes abordés sont de plus en plus clair et il devient de plus en plus difficile de faire passer leur local pour un anodin « centre d’action culturel et social ». Entre la soirée « sangria » (au local de l’avenue pasteur) et la venue de Bruno Gollnisch en décembre dernier (au local rue du cornet), on voit qu’il y a quand même eu du chemin parcouru. Au vu de la programmation récente, il semblerait que l’Alvarium se concentre sur la formation politique (mais toujours nationaliste) et religieuse (à la sauce catho-tradi évidemment). On se demande quand même si la cave qui leur sert actuellement de local ne va pas finir par ressembler à l’arrière cuisine du FN/RN, tant elle semble accueillir régulièrement ses parias et ses dinosaures.

Ces événements sont autant d’occasions supplémentaires pour nos « nationalistes corsaires » de cultiver l’entre-soi. Leur local, qui est loin d’avoir pignon sur rue (ils n’ont même pas la moindre petite enseigne visible depuis la rue) ne risque pas d’attirer les fêtards à la recherche des bars du quartier. De généreux anonymes ont pourtant récemment essayé de marquer à la peinture rouge l’emplacement de leur local mais les militants semblent étonnamment tenir à leur discrétion et ont tendance à rapidement essayer de faire le ménage dans ce genre de situations.

En ce qui concerne le mouvements des gilets jaunes en 2018 et 2019, on vous avait déjà parlé des tentatives d’entrisme à répétition de la part du petit groupe, qui comme dans d’autres villes ont échouées. Leur principal fait d’arme aura peut-être été d’avoir déployé une banderole, le 15 décembre 2018, en prenant la tête d’une manifestation. Le message qu’ils avaient choisis illustre bien la manière dont ce genre de personne intègre les mouvements sociaux : en tentant d’y semer la division et en évacuant les questions sociales au profit de discours discriminants (ici vis à vis des musulmans, on l’aura compris).

Les raisons pour lesquelles ces fachos n’ont pas réussi à imposer leurs mots d’ordre chez les Gilets Jaunes sont sûrement multiples. Mais il est indéniable qu’elles sont au moins en partie le résultat d’un travail antifasciste mené quotidiennement et qui vise à garder un haut de niveau de vigilance vis à vis de ce genre d’initiatives. Par ailleurs, il ne faut pas non plus sous-estimer, de nouveau, la position sociale de la plupart des personnes impliquées dans l’Alvarium, les rendant de fait étrangers à un certain nombre de réalités ou préoccupations des classes laborieuses.

« Culture » : où comment passer de François Ruffin à l’occupation allemande de la France

Autant les personnalités invitées au local ne laissent pas de doute quant au positionnement des membres de l’Alvarium, autant leur rapport à la culture est un peu plus ambigu… enfin, à première vue seulement.

Pour ce qui est des séances ciné-débat, il y a seulement eu trois films programmés. Le premier était le documentaire « Merci patron ! » (peut-être une manière de critiquer un exemple de ce qu’ils nomment le « gauchisme culturel »). Dommage pour eux, ils n’ont pas obtenu l’autorisation des distributeurs du film pour le diffuser. Ceci explique sans doute que la séance ait été transformée en pseudo « discussion ».

Pour le second et le troisième films, nos nationalistes ont été moins créatifs et se sont recentrés sur des œuvres pouvant évoquer des thématiques plus classiques pour l’extrême-droite. « Le crabe tambour » est un biopic sur Pierre Guillaume, un membre de l’OAS. Quand à « Orange mécanique », inutile de préciser que c’est un film culte pour des nombreux skinheads et hooligans, appréciant généralement la violence qui y est mise en scène.

Quand à la lecture, on peut dire que ça sent le souffre à l’Alvarium ! Un peu avant noël, leur Facebook nous annonçait l’arrivée de livres donnés par les éditions Ars Magna.

« Front National », « Le roman vrai d’un fasciste français »… le titre de certains ouvrages donne le ton. Mais ce n’est pas tout. Dès le fin novembre, la page Facebook des éditions Ars Magna annonçait elle aussi un don de livres à l’Alvarium, mais avec d’autres ouvrages, certains même un peu plus sulfureux.

« Paroles de fascistes », « L’aryen, son rôle social »… Le message a le mérite d’être clair. Et si jamais vous vous demandiez de quoi parle « Le problème de la race », on est allé voir pour vous sur le site de l’éditeur : c’est la reproduction « d’un manuel d’étude du français à l’usage des troupes d’occupation allemandes en France. » Autant dire qu’on est ici dans la littérature d’extrême-droite radicale la plus caricaturale.

« Sport » : la baston ou rien

Si le mot sport renvoie de manière générale à un un grand nombre d’activités possible, les militants de l’Alvarium semblent surtout s’adonner aux sports de combat. Et cela de deux manières différentes.

La première c’est l’organisation d’événements officiels. Il n’y en a eu que deux. Un atelier de self defense, avec quelques participants uniquement ainsi qu’un footing.

La seconde, beaucoup plus développée, concerne les violences de rue et agressions auxquelles peuvent se livrer les membres et sympathisants de l’Alvarium. La liste est longue mais on va se contenter de rappeler ces quelques faits qui illustrent la continuité des sales histoires dans lesquelles ces fachos mettent les pieds.

François-Aubert Gannat : tête brûlée, il est passé par la case tribunal (mais jamais prison) à plusieurs reprises ces dernières années, toujours pour des histoires d’agression. Un des articles qu’on a écrit à son sujet.

Alban Martinez : ce fait divers nous a appris qu’Alban avait été jugé pour une histoire de règlement de comptes qui a finis en tabassage à deux contre un dans le noir. Pas très « sportif » dans l’esprit. A l’audience, Alban, qui est issu d’une famille de militaires, s’inquiétait que cette condamnation gêne son projet de devenir gendarme.

Théodore Riant : c’est la dernière (pour l’instant!) casserole des militants de l’Alvarium. Lors de cette soirée au Mans dont on vous a déjà parlé, Théodore s’est fait choper. Il doit comparaître au tribunal le 6 avril prochain.

Passons maintenant aux activités qui ne rentrent pas directement dans les catégories présentées d’emblée sur leur page Facebook.

La nourriture : le méta-politique au risque de l’indigestion

Alors que se nourrir pourrait être considéré comme ce qu’il y a de plus vital, au sens strict, pour cette petite « communauté », on remarque que l’Alvarium développe peu ses activités liées directement à la nourriture.

Les photos du potager ne donnent pas à voir de très grosses récoltes. De nouveau, ils vont avoir du mal à concurrencer les restos du cœur. De plus, le groupe choisit de partager uniquement des photos des légumes une fois qu’ils sont récoltés. C’est regrettable, il existe sûrement quelques spectateurs qui aimeraient voir nos aristocrates troquer leurs mocassins et leurs baskets adidas pour une paire de bottes et mettre les mains à la terre ! Cela éviterait que certaines mauvaises langues racontent que d’autres font la récolte pour eux…

En ce qui concerne les rencontres gastronomiques (regroupées sous le nom de Cercle Ragueneau), on sentait davantage de motivation lors du lancement de cette activité. En effet, ce cercle se voulait être à l’origine un moyen de lutter contre la malbouffe et la « prolifération des kebabs » (sic) Et pour résister, les nationalistes ont choisis de cuisiner. Grand bien leur fasse. Avec seulement 8 événements en 3 ans, on ne peut pas dire que leurs rencontres aient pour vocation de nourrir toute la région. Les kebabs d’Angers ont encore de longs jours devant eux. On peut en revanche leur reconnaître un certain savoir faire quand à la prise de jolies photos des plats, principalement à base de viande. On peut donc considérer leur cuisine pour ce qu’elle est : élitiste et pas vraiment diététique (la viande, c’est relativement cher et ses bienfaits sont discutables). Il va leur falloir travailler davantage s’ils veulent populariser le hashtag « #PasVegan » !

Les réseaux sociaux : l’activisme facile et sans engagement

Ici, on touche du doigt ce qui pourrait s’apparenter à leur point fort. Comme malheureusement beaucoup de personnes, nos militants aiment se regarder sur les réseaux sociaux. Et une bonne partie des actions entreprises sont minutieusement exposées sur le web. Sans doute pour nourrir le narcissisme de certains d’entre eux mais aussi pour se faire connaître à moindre frais (à l’inverse, il est assez rare qu’ils collent des affiches par exemple). Photos ingénieusement cadrées et petits communiqués alambiqués, signalement de leurs adversaires auprès des plates-formes numériques… A l’Alvarium, l’activisme c’est avant tout une affaire de clics. Cela donne au final l’impression que la petite bande aime mettre en scène l’engagement politique, plutôt que de le vivre. Au lieu d’être au service des angevins, ils cherchent à être vu. Et dire qu’ils osent ensuite déclarer que « la robotisation de notre quotidien est un immense danger »

Pour autant, ils ne photographient pas non plus leurs événements sous tout les angles. Le 28 septembre dernier par exemple, pour l’inauguration du nouveau local, on n’a pas vu de photo de groupe. Sans doute ont-ils jugé inopportun de publier une photo des dizaines de personnes qui sont passées au cour de la soirée. Les déboires liées à la capacité d’accueil de leur ancien local ainsi que les nuisances sonores que déploraient les voisins ont l’air d’avoir laissé des traces.

Dans tous les cas, leur audience sur les réseaux sociaux est toute relative. Arrivent-ils vraiment à toucher au-delà de leurs milieux ? Quand on observe qui aime ou partage leurs publications, il est vraiment permis d’en douter. Les statistiques jouent également contre eux : 2477 personnes qui aiment leur page Facebook, c’est peu. Surtout si l’on compare avec l’organisation italienne qui leur sert de modèle, la Casapound (44285 abonnés sur Twitter). Toute cette agitation numérique ne leur permet finalement pas encore de faire le « buzz ».

Leur réseau : pseudo-social mais authentiquement nationaliste

Le modèle du centre social fasciste représente actuellement une sorte de produit standardisé sur le marché de l’extrême-droite militante en France. Il est donc assez aisé pour un groupe de s’approprier telle ou telle technique et de se revendiquer opportunément comme faisant parti de cette « jeunesse utile » à l’assaut du « futur ». Un sticker avec le logo du groupe collé sur le thermos à café et hop ! Il s’agit d’une maraude engagée. On voit ainsi l’Alvarium entretenir des liens avec d’autres nationalistes organisés plus ou moins sur le même modèle qu’eux. On peut citer principalement Des Tours Et Des Lys (Tours) et Auctorum (Versailles). Sur le même schéma, on retrouve aussi l’ensemble des groupes post-Bastion Social (Audace, Vent d’Est, Tenesoun…). Tout ces groupes se ressemblent sur la forme mais pas nécessairement sur le fond. La stratégie de ne pas avoir en commun de label les structurant est une manière d’éviter la dissolution (comme ce qui s’est passé pour le Bastion Social) au risque d’une absence d’objectifs communs et de coordination.

Au niveau intellectuel, l’Alvarium possède aussi des relais au sein de l’organisme Academia Christiana, comme on vous en a déjà parlé.

Il est utile de préciser qu’en revanche les « associations » connexes à l’Alvarium (le Cercle Ragueneau, La Ruche du 7ème art, Solidarité Anjou-Arménie, Anjou Patrimoine et Anjou Pélerinages) ne sont pas des groupes de leur réseau mais tout simplement les personnes de l’Alvarium qui essayent de se rendre inoffensives en utilisant des prête-noms.

Le budget : le grand point d’interrogation de l’Alvarium

Sur la question des finances, nous ne savons pas grand chose. Jean-Eudes Gannat, si prolixe pour dénoncer les prétendues subventions de la Ville à différentes initiatives progressistes est loin d’être transparent en ce qui concerne le fonctionnement de l’Alvarium. Qui, comment, quoi finance le local ? Quelle est la position du propriétaire ? Est-il un sympathisant pour accepter de participer à une opération aussi nuisible ? Est-ce que c’est parce que Jean-Eudes Gannat à travaillé pour l’entreprise Riwal qu’il a pris l’habitude de ne pas trop parler publiquement d’argent car il a compris que ce sujet pouvait envoyer au tribunal ? L’avenir, sans doute, nous offrira des réponses à certaines de ces questions.

Conclusion : ne nous trompons pas de combat

Malgré leurs échecs flagrants, il convient de ne pas se contenter d’une posture passive et de regarder de temps à autre la page Facebook de l’Alvarium, un sourire en coin. Il est important de rappeler que l’existence de ce groupe est un défi pour toutes les personnes se réclamant de l’antifascisme, l’antiracisme et plus généralement de l’émancipation sociale. Nous devons continuer à rester vigilants et travailler ensemble pour construire un front antifasciste commun qui mette un maximum de bâtons dans les roues à l’Alvarium.

Aux Journées de Synthèse Nationale, à l’automne dernier, Jean-Eudes Gannat disait « Nous sommes conscients que nous ne sommes qu’une petite organisation, nous ne voulons pas nous faire comme la grenouille, plus grosse que le bœuf. » C’est encore trop pour nous et nous nous réjouirons le jour ou l’on n’entendra plus parler d’eux du tout.

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Brutes à Le Mans

Ceci est un bref memento sur la marche aux flambeaux ainsi que les violences fascistes qui ont suivi au Mans dans la soirée du 14 décembre dernier. Il a initialement été publié sous forme d’un fil twitter et n’a été remanié que marginalement afin de faciliter la lecture. Le but est très simple. Il s’agit de répondre à deux questions qui concernent le groupe de fascistes angevin.e.s de l’alvarium. Qui parmi eux/elles ou leurs proches étaient présent.e.s et qui s’est fait arrêter par la police et passera en procès en avril 2020 ?

Si vous n’êtes pas aux faits de ce qui s’est passé ce soir-là au Mans ou si vous avez besoin de vous rafraichir la mémoire il est utile de consulter ce compte-rendu.
Les néo-fascistes de l’alvarium ont relayé l’appel à la marche et n’ont pas eu honte de se targuer ensuite de leur présence à cette funeste soirée.

Si on s’en tient aux militant.e.s qu’on reconnaît formellement (même si derrière les foulards on en remet quelques autres) on voit derrière la banderole Domitille de Champeaux, fleurs en mains, et Dauphyne de la Bareyre à ses côtés :

Il y a aussi Côme « Jus de Pomme » avec le chèche blanc. Un surnom anodin pour un garçon qui semble avoir deux obsessions qu’il expose avec fierté : dieu et les armes !

On peut évidemment compter sur la présence d’un pilier de bar, hum pardon de l’alvarium, Baudouin le Nalio, le tenancier de leur cagibi première (a-)version.

Ou encore un proche ami de Jean-Eudes Gannat (porte-parole autoproclamé de l’alvarium), Antoine Ormain, cul-béni et littérateur raté, et espérons le bientôt maudit, qui s’affiche sous le pseudonyme de « Lys en Fleur ».

 

Voilà qui répond, au moins partiellement, à la question de savoir qui était présent.e.s. Reste à savoir qui est l’angevin parmi les cinq interpellés en fin de soirée ?
Sans surprise, il s’agit bien d’un militant engagé au sein du groupe d’extrême-droite radicale de l’alvarium : Théodore Riant.
Il était à ses débuts un scout-tradi comme Angers en compte tant. Il s’est enhardi ces dernières années et a adopté un look casual dans l’air du temps chez bien trop de fascistes. C’est un fidèle très actif au sein du groupe, que ce soit lors des soirées ou des maraudes il est très présent, ce dès la constitution du groupe.

Pour gagner en crédibilité militante, il a fait le déplacement en Alsace lors de l’occupation de maisons traditionnelles par le désormais dissous Bastion Social. Il a ainsi pu poser fièrement.

Comme pour beaucoup d’angevin.e.s d’extrême-droite, la violence du Bastion Social est très attirante mais il reste un catho-tradi de formation et le voit donc tenir la plus haute bannière lors d’un pélerinage intégriste en mémoire de Cathelineau organisé par un faux-nez de l’alvarium : Anjou Pèlerinage.
Ces derniers mois la petite bande se la joue hooligans et a investi la nouvelle patinoire. Avec drapeaux et écharpes, ce petit groupe de fafs, dont Théodore Riant, suit les matchs de hockey de l’équipe pro des Ducs d’Angers. Malaise dans les tribunes où bien des spectateurs proches d’eux ont pu entendre leurs sorties racistes.

Ce parcours retracé brièvement brosse un portait assez récurrent chez les militant.e.s locaux qui viennent souvent d’une culture d’extrême-droite réactionnaire et fortement empreinte d’un catholicisme traditionaliste mais qui sont fasciné.e.s par des mouvements dont la radicalité s’exprime par la violence de rue.

Voilà, on commence à s’y perdre dans les affaires de violences où sont impliqués des membres de l’alvarium (cela mérite qu’on revienne vite faire le point là-dessus) mais nous ne perdons pas de vue l’objectif de fermer ce local, c’est une étape essentielle pour affaiblir le pouvoir de nuisance des fascistes.

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5 questions sur la venue d’un représentant de la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier à l’Alvarium.

Le 22 novembre dernier, un mystérieux « Père Henri » est intervenu au local de l’Alvarium pour animer une conférence sur le thème « France et catholicisme ». Au delà du décryptage de la conférence en elle-même, c’est l’occasion pour nous de revenir sur la communauté traditionaliste si particulière dont est issu ce prêtre : la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier.

1) Mais d’où il sort ce prêtre ?

Le père Henri-Marie Favelin est prêtre et membre de la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier. Il est surtout connu pour animer ponctuellement des cours de catéchisme au 1er étage du bar le Sorbon à Paris. Ces séances appelées « café-caté » portent sur des thèmes aussi joyeux que « La fin des temps ! » ou encore « les premiers seront non seulement les derniers mais devront servir et être crucifiés ».

Pour sa venue à l’Alvarium, le thème était un poil plus politique (forcément) : « France et catholicisme », nous promettait l’affiche qui était illustrée par un tableau représentant le baptême de Clovis (tout un symbole pour nos fascistes locaux qui clament tendre la main aussi bien aux catholiques qu’aux païens).

2) Et d’où elle vient cette Fraternité ?

La Fraternité Saint-Vincent-Ferrier a été créée au début des années 1980. Leur unique couvent se situe à Chéméré-le-Roi (ça ne s’invente pas), au sud de la Mayenne. Celui-ci a récemment été rénové et agrandi grâce à une levée de fonds de 5,5 millions d’euros. On peut dire que leurs donateurs sont généreux (et probablement un peu riches aussi) !

Le père Louis-Marie (né Olivier) de Blignières, qui est à l’initiative de la création de la Fraternité, est issu d’une famille bourgeoise qui possède plusieurs liens avec l’extrême-droite ou le traditionalisme catholique. Son père, Hervé, était chef d’état-major de l’OAS1 et son frère Hugues a été rédacteur en chef de la revue Présent dans les années 80.

3) Est-ce qu’on peut dire que ce sont des « intégristes » ?

C’est compliqué. Le père Louis-Marie de Blignières a été formé à Écône, en Suisse, dans le séminaire de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X et défend les orientations traditionaliste et passéiste au sein du catholicisme. En même temps, la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier s’est rapprochée du Vatican à plusieurs reprises, notamment via la Commission pontificale Ecclesia Dei. Aujourd’hui encore, ils sont reconnus officiellement comme faisant partie de l’Église catholique et du diocèse de Laval. Ils ne sont pas en revanche reconnus par l’ordre dominicain, bien qu’ils disent s’inspirer de celui-ci.

On peut donc affirmer qu’ils sont traditionalistes. Ils célèbrent la messe selon le rite tridentin : messe en latin, le prêtre est dos à l’assemblée, etc.

4) Et politiquement c’est quoi leurs idées ?

Plutôt bien à droite ! Les médias qui leur font de la pub sont parfaitement intégrés dans les milieux nationaux-catholiques : Le salon beige, Riposte catholique, Le rouge et le noir, TV Libertés… Ils sont également proches de l’association SOS Chrétiens d’Orient (https://reflexes.samizdat.net/sos-chretiens-dorient-noel-en-syrie-paques-au-tison/). Et un rapide coup d’œil à la librairie sur le site de la Fraternité nous permet de vite saisir leur vision du monde. La plupart des ouvrages sont écrits ou dirigés par le père Louis-Marie de Blignières (encore lui) comme « Le courage de la paternité » (2018). Certains titres des chapitres de cet ouvrage suffisent à illustrer toute la pensée réactionnaire et conservatrice de son auteur : « Force et violence dans la pensée chrétienne », « Mai 68 ou l’anti-paternité »… Les plus sceptiques pourront toujours se tourner vers un extrait de la préface rédigée par Jean de Viguerie (un ancien du FN) : « L’Église et l’État ne seront plus séparés, une telle séparation étouffant la vie de la grâce. La chrétienté n’est pas un mythe historique. Sa restauration est notre objectif. Il faut combattre, il faut s’engager. » En somme, du nationalisme catholique dans sa plus pure expression.

5) Et leurs liens avec l’Alvarium dans tout ça ?

Les liens entre la Fraternité et les principaux animateurs de l’Alvarium ne datent pas d’hier. Ils sont peut-être à chercher du côté d’Académia Christiana et particulièrement leurs universités d’été. Le père Louis-Marie de Blignières (toujours lui) y intervient inlassablement chaque année depuis qu’elles existent, à savoir 2013. Hors, on sait que ces événements sont aussi l’occasion pour plusieurs membres et proches de l’Alvarium d’aller se « former » (comprendre fumer des clopes, boire des bières et pratiquer des sports de combat) ou filer un coup de main en cuisine. Petit patchwork pour résumer l’édition 2019 en photo :

1 : le père Louis-Marie de Blignières

2 : Baudouin Le Nalio

3 : Arno Guibert (ou « Arnaud Danjou »). Ne vous fiez pas aux gants de boxe, le jeune homme est surtout directeur général de La Nouvelle Librairie à Paris (une librairie nationaliste, évidemment). On vous en avait parlé dans cet article (https://raaf.noblogs.org/post/2018/12/11/gilets-jaunes-protegez-vous-des-taches-brunes/)

4 : A gauche Auxence Fleury, à droite Enguerrand Fleury

5 : Gabriel Tardiveau

6 : Dauphyne de la Bareyre

7 : Il porte le badge de sa femme mais ne vous y trompez pas, il s’agit bien de Jean-Eudes Gannat

8 : A gauche François-Aubert Gannat et à droite Hervé Le Morvan dont on vous a déjà parlé (https://twitter.com/raaf_angers/status/1111955745313038336)

9 : Hugues Soreau (« Hugues Sro » sur Facebook)

10 : Hedwige Fleury

Tout ça pourrait s’apparenter à du camping estival pour jeunes nationalistes, me direz-vous. Le problème c’est que certains d’entre eux se prennent très au sérieux et pensent se préparer à une révolution (rien que ça) conservatrice. Ainsi, Jean-Eudes Gannat déclarait dans le n°6 de la revue L’Étincelle, à propos de l’édition 2018 de cette université d’été : « Comme toujours dans les réunions politiques de droite radicale (au sens noble et véridique du terme), nous avons vu fourmiller cette semaine des concepts absolus, généreux, purs. Allons-nous agir vraiment ou rentrer chez nous en attendant, une fois encore, le grand soir ? »2

En conclusion, on peut dire que la prochaine fois que vous entendrez parler d’une séance de cathé à l’Alvarium, méfiez-vous, celle ci pourrait bien être moins inoffensive qu’elle n’y paraît…

1 L’Organisation de l’armée secrète, mouvement paramilitaire des années 60 ayant pour but de lutter contre l’indépendance de l’Algérie.

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La dérive des incontinents

Une des caractéristiques de l’alvarium est sa propension à la mythomanie. Ils se présentent comme des activistes notamment en multipliant les « projets culturels ». A vrai dire des coquilles vides dont l’existence se limite le plus souvent à l’existence d’un logo aguicheur. Il en va ainsi de leur cercle culinaire ou récemment d’un ciné-club équipé d’un « rétroprojecteur »… Pour exister sur les réseaux sociaux l’alvarium organise cette semaine une conférence sur le groupuscule néo-fasciste Ordre Nouveau.

Si le nom des intervenants n’est pas officiellement annoncé, il n’est pas difficile de comprendre que cette soirée quasiment privée autour du livre « Ordre nouveau raconté par ses militants » sera animée par les auteurs actuellement en tournée : Jacques Mayadoux, ancien candidat aux législatives pour le MPF (Mouvement Pour la France) dans l’Allier et André Michel Chanclu du collectif France-Russie qui se définit sur facebook comme « un groupe d’action français destiné à soutenir l’action hautement bénéfique du gouvernement russe au niveau international ».

Nous vous proposons une brève présentation d’Ordre Nouveau afin que chacun.e sache ce vers quoi notre groupuscule fasciste local tend actuellement, dans une lente mais nette dérive du catholicisme-traditionnel nationaliste et poussiéreux vers le néo-fascisme le plus crade. Le visuel de la soirée est d’ailleurs assez révélateur. Alors que leur discours habituel est de se présenter comme de jeune gens bien sous tous rapports, cette fois l’imagerie tombe en plein dans l’imaginaire des groupes d’extrême-droite ultra-violents. Beau repoussoir sauf pour les ultras-bourrins.

Ordre Nouveau (forme courte du Centre de recherche et de documentation pour l’avènement d’un ordre nouveau dans les domaines social, économique et culturel) fut le plus important mouvement néo-fasciste français d’après-guerre. Actif entre 1969 et 1973, il disposait à son apogée de près de 3000 militants unis sous le symbole de la croix celtique. Créé par des étudiants militants du GUD (Groupe Union Défense) et d’Occident qui fut dissout par le pouvoir, suite au plastiquage d’une librairie maoïste, Ordre Nouveau avait la prétention d’unifier toutes les composantes de la droite nationaliste révolutionnaire, voire plus largement à l’extrême-droite, pour combattre le communisme et les organisations gauchistes d’une part et le pouvoir gaulliste d’autre part. On retrouve les principaux dirigeants du GUD et d’Occident (Alain Robert, Francois Duprat, Jean-Claude Nourry, Gérard Ecorcheville), l’ancien milicien et rédacteur de Minute Francois Brigneau, des proches de Tixier-Vignancourt comme l’avocat Jean-Francois Galvaire, et des anciens de l’Action Francaise et de la Milice (Gabriel Jeantet, Henry Charbonneau). D’anciens de l’OAS on rejoint l’organisation en cours de route. Inspiré du MSI italien, le mouvement se prononce pour l’avènement d’un état nationaliste fort et autoritaire qui rejette la démocratie et l’égalitarisme, le tout saupoudré de racisme et d’antisémitisme.

Doté d’un service d’ordre jeune et aguerri au combat de rue (expérience du GUD face au militants de gauche dans les facs et les lycées), les meetings d’Ordre Nouveau sont l’occasion d’une démonstration de force : casqués et équipés de barres de fer de différentes tailles pour former plusieurs groupes (lanciers, voltigeurs et hommes de troupe) les affrontements avec les antifascistes seront souvent très violents. A plusieurs occasions, dont le 9 mars 1971, son service d’ordre a collaboré de façon très étroite avec la police (des barres de fer avaient été fournies par un agent infiltré des Renseignements Généraux). Durant l’hiver 1973, le Canard Enchaîné révélera qu’Ordre Nouveau négocie avec Matignon le débloquage des affiches du FN, imprimées par le MSI, et immobilisées à la frontière italienne, ainsi que le versement de fonds à Ordre Nouveau et au FN contre le fait que les nationalistes présentent aux élections leurs candidats face aux centristes, voire qu’ils réalisent à l’occasion quelques violences politiques ciblées.
Le 21 juin 1973, Ordre Nouveau prévoit un meeting salle de la Mutualité sur le thème : « Halte à l’immigration sauvage ». Des tracts « Bougnoule go home » seront distribués… Ce soir là, la Ligue Communiste tentera d’empêcher le meeting et le même soir, elle essaiera aussi de prendre d’assaut le local d’Ordre Nouveau. Les policiers débordés de toutes parts subiront de nombreux revers. C’en est trop pour le pouvoir qui décide le 28 juin la dissolution des deux organisations. A partir de 1974, plusieurs attentats à l’explosif, revendiqués par le Groupe d’Intervention Nationaliste, sont perpétrés en France contre des foyers de travailleurs immigrés, des locaux de mouvements de gauche ou anti-militaristes. Le GIN, soupçonné d’être une branche clandestine d’Ordre Nouveau, perpétrera ses méfaits jusqu’à la fin des années 70.

Un militant de gauche livré aux CRS par ceux d’Ordre Nouveau : bon chien-chien.

Ordre Nouveau avec d’autres organisations telles que Justice et Liberté de G. Bidault, le Parti de l’Unité Francaise de Roger Holeindre, le journal Militant de Pierre Bousquet et Jean-Marie Le Pen, est à l’origine de la création du Front National à l’été 1972. Dans l’organigramme du Front National on retrouve à chaque poste de direction un militant d’Ordre Nouveau. Ainsi, aux législatives de 1973, le Front National présente 104 candidats. Le Pen profite de la dissolution d’Ordre Nouveau pour virer Robert et Brigneau du bureau politique du FN et s’approprier la direction du parti pour de nombreuses années.

Comme un air de famille…

Il est patent que la soirée organisée par l’alvarium tient de l’apologie pure et simple d’un mouvement fasciste.

Cela ne semble pas offusquer notre maire. Actuellement fort affairé à couper de multiples rubans d’inaugurations, il semble avoir fait vœu de silence sur tout ce qui semble « politique ». Un élu de sa majorité porte son écharpe à une manifestation anti-PMA ? Silence de M. le maire. Des angevin.e.s posent se questionnent sur l’actuel foisonnement de la vidéosurveilance et sur le futur projet de « Smart City » ? Silence de M. le maire. Un local fasciste ouvre en plein centre-ville ? Silence de M. le maire.

Cela ne semble pas plus offusquer le préfet bien plus prompt à criminaliser tout mouvement social, que ce soient dernièrement les gilets jaunes, les réquisitions de logements ou en tentant d’empêcher le rassemblement antifasciste du 21 septembre.

Ce tableau n’est pas nouveau. A y regarder de près c’est même une vieille croûte.

C’est une bien utile leçon de l’histoire que de se remémorer qu’Ordre Nouveau a été aux ordres du pouvoir et qu’il a même été instrumentalisé par celui-ci. Aujourd’hui, sous une apparente indifférence, c’est bien d’une complaisance coupable des pouvoirs locaux dont bénéficie l’alvarium. Quant à nous, de la première tentative d’ouverture d’un local fasciste, nous avons appris qu’une mobilisation large, populaire et déterminée paiera. Ensemble, fermons l’alvarium.

Sources :

François Duprat, Une Histoire de l’Extrême-Droite. Webdocumentaire
Bêtes et méchants, petite histoire des jeunes fascistes francais. Editions Reflex
Les plastiqueurs, une histoire secrète de l’extrême-droite violente, Frédéric Charpier. Editions La Découverte.
La Horde, https://lahorde.samizdat.net
Au racines du FN, l’histoire du mouvement Ordre Nouveau, Nicolas Lebourg, Jonathan Preda et Joseph Beauregard. Fondation Jean Jaurès, disponible en téléchargement.

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