Alerte antifasciste :nous, associations, syndicats et collectifs appelons à un rassemblement antifasciste mardi 9 juin, 19h, place Kennedy (statue du roi René). Voici brièvement pourquoi une telle mobilisation.
Le RED (Rassemblement des Etudiants de Droite) annonce publiquement avoir invité Jean-Yves Le Gallou à Angers le mardi 9 juin à 19h.
Le thème de la rencontre est « Remigration, pour l’Europe de nos enfants », en référence au titre de son dernier ouvrage où il explique pourquoi il serait urgent d’organiser la déportation d’une grande partie des personnes non-blanches. Son livre se présente explicitement comme un plaidoyer pour la défense de la prétendue race blanche. L’éditeur précise ainsi que « ce livre est donc avant tout un livre de combat qui entend déplacer les termes du débat et proposer, pour l’Europe de nos enfants, une issue à l’impasse du modèle multiculturel. »
Par ailleurs, il est loin d’être inconnu. Il est même incontournable à l’extrême droite radicale. En plus d’être marié avec la fille d’un ancien Waffen SS, il est le co-fondateur de l’institut Illiade. Créé en 2013, cette structure est un institut de formation visant à préparer le « réveil des européens ». L’institut Illiade organise chaque année un colloque dont Jean-Yves Le Gallou revendique qu’elle est « la plus grande manifestation identitaire de France ».
Ne laissons pas ce groupuscule fasciste continuateur de l’alvarium prendre ses aises et se penser à l’abri de toute forme de contestation. Montrons leur qu’Angers ne tolère pas les idéologues racistes et soyons en nombre dans les rues le 9 Juin pour leur montrer qu’iels ne seront jamais les bienvenu.es ici.
Rendez-vous devant la statue du roi René, place Kennedy, le mardi 9 Juin à 19h.
Fermons les locaux fascistes que sont Le Bazar et le local du Red, rue Voltaire !
Signataires : 3A (Action Antifasciste Angers), Angers Antiraciste Anticolonialiste, CNT 49, Collectif Bien Vivre ensemble au Lion d’Angers, Greenpeace – groupe local d’Angers, Ligue des droits de l’Homme Angers et Maine-et-Loire, Planning Familial 49, Raaf, UCL 49, Vigilances et Initiatives Syndicales 49 (Cfdt, Cgt, Confédération Paysanne, Fsu, Solidaires, Unef, Union Etudiante).
La liste menée par Jean-Eudes Gannat pour les municipales à Segré-en-Anjou-Bleu a été publiée « sous réserve de délivrance des récépissés définitifs ». Nous n’allons pas aborder des aspects légaux de domiciliation de certaine.s candidat.es de cette liste et autres bizarreries qui pourraient se révéler litigieuses. Nous proposons plutôt un coup de projecteur sur quelques-un.es de ses membres. Soulignons que la tête de liste avec ses idées et son parcours devrait suffire à la disqualifier dans son entièreté aux yeux de tou.te.s. Qu’une personne qui a été porte-parole du défilé nazifiant du C9M puisse sans vergogne se présenter aux élections municipales d’une commune de 17000 habitant.es montre à quel point il y a urgence à affronter l’extrême droite ailleurs qu’en s’en remettant aux urnes. L’antifascisme est une nécessité qui s’impose à tou.te.s partout et tout le temps. Il est temps de reconstruire des digues solides.
L’ombre de l’alvarium soi-disant dissout fin novembre 2021 se profile encore et toujours dans le sillage de Jean-Eudes Gannat. Si elle n’est pas colistière, Thérèse Beauvais, militante connue du groupuscule qu’on a pu voir elle aussi au C9M ou en pèlerinage en Italie auprès de Casapound apparaît lors d’un tractage dans une publication Instagram de Jean-Eudes Gannat likée par sa franchise continuatrice de l’alvarium, le Red. Charles Lécureuil est lui bien présent sur la liste. Il était le président de l’asso-écran de l’alvarium « Nouveaux Sarments/Anjou Populaire » en même temps qu’un pilier de la première heure du groupuscule. Au delà de son cas, beaucoup de noms de famille de la liste ne sont pas sans évoquer une parenté avec des militant.e.s passé.es par l’alvarium ou le Red, un gisement à creuser si la nausée ne nous terrasse pas ou si quiconque veut prendre sa part du fardeau.
Thérèse Beauvais en tractage à Segré
Isabella Lécureuil, épouse de Charles, est quant à elle impliquée dans les « Amis de Saint-René Goupil » que nous avions étudié l’année passée. Elle est la secrétaire de l’association qui porte un projet à l’idéologie manifestement très réactionnaire mais néanmoins soutenu par le diocèse d’Angers qui a toujours opposé le silence à nos questions sur la nature de ce lien.
Abordons le cas d’une autre colistière : Blandine Comerre. À ce propos, de son propre aveu Jean-Eudes Gannat a peiné à recruter des femmes pour obtenir la parité, on peut penser que certaines ont dû le rejoindre de plus ou moins bon gré. Vianney Comerre son mari n’apparaît pas sur la liste mais Jean-Eudes Gannat a publié une story où il apparaissait que le premier avait entamé auprès de la Banque Postale une demande d’ouverture de compte de campagne. Le refus de la banque avait été une occasion pour Jean-Eudes Gannat de se victimiser. Vianney Comerre est passé par SOS Chrétiens d’Orient, organisation connue pour sa proximité passé avec Bachar al-Assad le dictateur sanguinaire de la Syrie. Pour revenir à la colistière Blandine Comerre elle connaît bien Brigitte Gannat puisqu’ensemble elle animent un temps de catéchisme.
Jeanne Tardiveau n’est pas une militante très active mais nous avons déjà montré sa présence à des évènements des nationaux-catholiques d’Academia Christiana ainsi que sa fonction de présidente de l’association des « Amis Réunis » qui sert de paravent aux fachos locaux pour tenir Le Bazar, un ancien bar du centre d’Angers désormais occupé de manière qui se rêve discrète pour leurs très prenantes activités de pochetronnerie.
Marianne Clais affiche avec fierté sur son Instagram sa participation à Academia Christiana. Elle était présente à la dernière université d’été à l’été en 2025 à Bécon-les-Granits où elle se montre à toutes les activités possibles : conférences, sociabilité, prières, cuisine, sports de combat. Elle affiche aussi une grande proximité avec Urgence Humanitaire association d’instrumentalisation de diverses causes humanitaires dont le visage public se résume le plus souvent au globe-trotter néo-nazi Xavier Maire qui entre deux voyages pose ses valises à Angers.
Captures des réseaux sociaux de Marianne Clais et Urgence Humanitaire. À droite, Marianne Clais et son père portant un t-shirt de l’Alvarium
Quand ce ne sont pas de purs profils d’extrême droite, nous trouvons sur cette liste des exemples criants de confusionnisme. Il en va ainsi de Benjamin Huchedé qui menait le collectif « Liberté non vaccinée » qui avait organisé un rassemblement devant la mairie de Segré en 2021. Enveloppé dans un drapeau français, il défendait alors devant la presse un collectif soit disant apolitique. Une nouvelle preuve que derrière l’apolitisme se cachent souvent les idées les plus nauséabondes.
Nous voyons un autre signe de la confusion ambiante plus inquiétant en la présence à la seconde place de Mariette Lorenzi qui a été première adjointe et maire de la commune de Nyoiseau (commune désormais déléguée de Segré-en-Anjou-Bleu) et dont le mandat semble avoir été assez orageux au vu des démissions massives d’élu.es du conseil municipal.
Nous n’allons pas feindre la surprise. Une liste menée par Jean-Eudes Gannat ne peut qu’être du même bois pourri que lui. D’ailleurs par bien des aspects elle ressemble à une cousinade consanguine mêlant quelques familles de son cercle amical enrôlées à ses côtés. Nous restons toujours surpris.es vu son passif lourd de mensonges et autres coups fourrés que des médias locaux lui tendent encore le micro sans apporter la moindre contradiction. Les idées qu’il colporte sont intolérables et dangereuses. Le seul endroit où un bulletin de cette liste puisse décemment être glissé reste les poubelles de l’histoire.
Le trentenaire Jean-Eudes Gannat a un parcours émaillé de nombreuses affaires. Toutes n’ont pas connu un traitement judiciaire mais qu’elle que soit l’issue, les jalons qui suivent sont évocateurs de la dissonance cognitive de celui qui se rêve en très moral croisé moderne mais se réveille chaque matin éclaboussé par sa propre fange. Des affaires à méditer car le bonimenteur fait campagne pour les élections municipales de la ville de Segré (49) et il retentera le coup sur d’autres échéances. Si nous n’attendons rien de la justice bourgeoise, ces affaires donnent une idée de sa conception toute personnelle de la probité politique et du respect des personnes.
Jean-Eudes Gannat se rêve « enraciné » et se réveille hors-sol.
En 2022, il a temporairement été condamné à une peine d’inégibilité de 6 mois par le tribunal administratif de Nantes suite à sa campagne pour les élections départementales de juin 21 dans le canton de Segré. Il avait transmis avec plus d’un mois de retard et une mise en demeure de la Commission nationale consultative des comptes de campagne et des financements politiques ses comptes de campagnes qui étaient vides. En décembre 2022 le Conseil d’État rend une décision clémente en arguant justement de « l’absence de dépense et recette présentée par le compte de campagne » pour lever cette peine. Mais alors qui avait payé les affiches ? La question demeure.
Procès en cassation pour une tribune raciste sur Breizhinfo
Avec notamment Yann Vallerie du média d’extrême droite Breizhinfo, Jean-Eudes Gannat va être rejugé dans l’affaire qui l’oppose au journaliste Josué Jean-Bart et à Ouest-France. Dans une interview au pseudo-média d’extrême droite, Gannat s’était lancé dans une diatribe raciste et avait lancé : « Sans doute se rêve-t-il en Sartre, qui “prenait sa plume pour une épée” ; sauf qu’à force de relayer grossièrement la propagande de l’extrême gauche, notre plumitif guadeloupéen jette des sagaies vers son propre camp ». La fine équipe a été relaxée en appel par une cour qui retenait le côté péjoratif mais ne voyait pas de racisme mais de la simple « moquerie ». Une décision litigieuse fermement rejetée par la cour cassation qui ordonne une nouveau jugement devant la cour d’appel.
La franchise qui a repris l’héritage et les activités du groupuscule néo-fasciste alvarium après sa dissolution administrative fin 2021 vivote. Si, hors d’Angers, chez les nationalistes radicaux, le Red (Rassemblement des Étudiants de Droite) profite d’une rente de notoriété usurpée, il ne fait pas illusion localement. Néanmoins il tente de se relancer en mettant l’accent sur le recrutement, s’appuyant sur un encadrement formé ces dernières années avec des militant.es comme Adou Morvan (derrière la banderole au niveau du « Y » sur la photo du C9M en lien), un vendeur de boudins vu dans une manifestation néo-nazie ou, plus « ancien », Gabriel Tardiveau déjà actif (présent serait plus exact) du temps de l’alvarium. Nous l’avons souvent souligné, le groupe est sauvé du naufrage grâce au soutien d’une frange de la bourgeoisie locale qui met à sa disposition des locaux. La situation se répète invariablement.
Adou Morvan porte la banderole du C9M et porte-parole d’un happening du Red.
Ce lieu a été relativement facile à découvrir puisqu’il correspond au siège social de ce que tout porte à qualifier de dernier avatar associatif du Red : le Cercle René d’Anjou (référence au roi René), déclaré fin octobre dans un immeuble de la rue Voltaire, encore une fois en centre-ville d’Angers. Son objet reprend des pans entiers de la phraséologie de la vitrine légale de l’alvarium, l’association Nouveau Sarments/Anjou Populaire (soit en toute finesse l’acronyme NSAP) avec pour doctrine commune un « catholicisme social » d’inspiration réactionnaire. Tout le bingo sémantique d’extrême droite est invoqué : « promouvoir la culture angevine, son patrimoine et son histoire », « former une jeunesse enracinée». Seule nouveauté, l’association s’autorise à intenter « des actions en justice si nécessaire » ce qui on le verra plus loin ne manque pas de piquant.
Diverses activités du Red dans le local de la rue Voltaire, à Angers.Juxtaposition des objets respectifs du Cercle René d’Anjou et de Nouveaux Sarments-Anjou Populaire.
Un cercle pour tourner en rond
Copie du bureau de l’association Cercle René d’Anjou.
Le bureau est composé de deux militant.es. La trésorerie revient à Aurore Couëtoux du Tertre, fille de Fabienne et Benoît Couëtoux du Tertre. Nous avons brossé un portrait assez complet du père il y a quelques années et pour résumer tous deux sont des figures de l’Institut Iliade, outil de formation suprémaciste domicilié chez eux à sa création en 2014. Aurore paraît avoir embrassé la tradition familiale et a déjà un parcours conséquent. On retrouve son nom sur une liste du syndicat d’extrême droite la Cocarde lors d’études effectuées à Tours. Installée à Angers, elle donne à voir sur ses réseaux sociaux sa pleine intégration parmi les militant.es fascistes passé.e.s par l’alvarium et le Red : Gersende Barrera, Baudoin Le Nalio, Théodore Riant, Antoine Lanoë, Gaspard Beaumier, le fondateur Jean-Eudes Gannat, etc.
Capture issue du site du Crous Orléans-Tours.Captures des ami.es Facebook d’Aurore Couëtoux du Tertre.
Le Red a la passion de l’ordre mais confond commissariat et gendarmerie.
La voix de son maître
Nous ne nous sommes pas contenté.es de vérifier de visu les maigres allées et venues militantes autour de ce local un soir de conférence. Nous avons recherché le ou la propriétaire dans l’hypothèse d’une duperie sur l’usage sporadique qui est fait des lieux. Après tout, en 2024 le Red avait organisé des conférences dans un appartement non loin de là, rue de l’Aiguillerie. Suite à une vérification approfondie auprès des services du cadastre nous comprenons que le bien appartient en indivision à deux personnes. L’une n’est autre qu’Olivier Pfligersdorffer. La présence de cet avocat est récurrente dans les affaires impliquant la clique de l’alvarium/Red avant, pendant et après la dissolution. Loin de l’exhaustivité, il les a défendu lors de violences exercées aux abords de leur pseudo-squat, mais aussi lorsque certains ont agressé des manifestant.es qui défilaient pour Nahel. C’est lui encore qui saisit le conseil d’état à la dissolution du groupuscule et expose ses vues au site de désinformation d’extrême droite Breizh-Info. Nous pourrions multiplier les exemples.
Relevé de propriété du cadastre concernant le local où est domicilié le Cercle René d’Anjou (anonymisation par nos soins).Capture d’écran du site Breizh-Info.
Des questions, une certitude
Cette situation laisse songeur.euse quant à la nature exacte de l’arrangement entre le Red et Olivier Pfligersdorffer. Ce dernier dispose d’éléments solides pour savoir avec qui il traite, il connaît leurs démêlées judiciaires et donc les discours et actes animés par la haine de l’autre qui les ont conduit devant les tribunaux. Il est celui qui a porté la contestation de dissolution administrative devant le conseil d’état et depuis cette dissolution a été définitivement validée. De notoriété publiquele Red est la continuation sous une autre étiquette de l’alvarium. Pourtant,selon toute vraisemblance, Olivier Pfligersdorffer ne se met pas en retrait et l’usage de son local permet au groupuscule de perpétuer ses activités. Cette proximité est-elle compatible avec le respect déontologique des principes d’indépendance, de confidentialité, de secret professionnel ? N’étant pas juristes nous nous gardons de répondre à ce qui reste une question fondée. Au delà du droit, envers lequel nous sommes plus que circonspect.es, cet appariement confirme une nouvelle fois que le Red est un groupuscule hors-sol composé principalement de jeunes gens bien intégré.es en mal de sensations auxquel.le.s la bourgeoisie met à disposition des locaux en guise de hochet.
Le Red se place dans la continuité de l’alvarium jusque dans la déco comme en témoigne l’affiche à l’effigie du boucher Bachar el-Assad. Et il y a déjà une personne avec un t-shirt du Red derrière le bar.
Le Raaf.
Publié dansDivers|Marqué avecalvarium, Cercle René d'Anjou, RED, red angers|Commentaires fermés sur Le Cercle René d’Anjou, nouvelle vitrine légale du Red : une petite cour de bouffon.ne.s ainsi qu’une robe noire
Quand l’entre-soi de la bourgeoisie mène au huis-clos violent et au séparatisme.
Nous rappelons souvent que l’antifascisme c’est l’affaire de toutes et tous, et cela s‘applique pleinement au travail d’enquête et de recherche sur l’extrême droite. Nous revendiquons d’effectuer un travail « par en bas » à hauteur de nos vies, avec les sources disponibles pour participer à notre manière à la vigilance collective. Pour autant nous n’opposons pas notre activité à celle des journalistes et l’enquête qui suit pourrait être l’amorce d’un travail plus poussé avec des moyens et un écho plus conséquents. Néanmoins les sources disponibles en ligne sont déjà révélatrices et nos conclusions solides. Les lignes qui suivent ne concernent pas à strictement parler l’extrême droite. Cependant, il nous semble crucial d’exposer les bricolages d’une bourgeoisie réactionnaire portée sur les leçons de morale qu’on surprend ici en flagrant délit de séparatisme et dans un grand mélange des genres. Une classe sociale qui par intérêt pave souvent la voie à l’extrême droite et ses idées.
Quand la violence s’exerce dans les salles de classe
Il est utile pour comprendre cette école de retracer sa genèse et qui l’administre. Fondé en 2004, ce qui n’est encore qu’un « cours », accueille quatre élèves mais les effectifs augmentent et la dépendance aménagée chez des parents devient exigue. Le tournant majeur pour l’école se joue en 2009 avec l’arrivée à la direction de Pauline Brancour (née de Lestrange) et de Raphaël de La Croix (par ailleurs animateur réac de RCF Anjou) à la tête du CA de l’Association de Parents Educateurs qui administre l’école. La première est l’épouse d’un adjoint fidèle du maire d’Angers Christophe Béchu, également vice-président du conseil régional : Roch Brancour. Ce conservateur rétrograde encarté chez Les Républicains est connu pour avoir adhéré à Sens Commun, émanation politique de la Manif pour tous. Il milite activement pour la fondation d’écoles hors-contrat. En bon fossoyeur de l’école publique, il faisait partie des fondateurs de l’association Le Gouvernail qui, en 2017, est à l’origine de l’antenne angevine du réseau Espérances Banlieues.
Copie de l’historique de l’école capturée sur son site par nos soins.
La généreuse SCI Saint-Joseph
Sans plus de précision, le site de l’école nous explique que cette nouvelle équipe est bien aidée par des philanthropes qui fondent une SCI pour acquérir et mettre à disposition de l’école un ancien centre de formation. Après quelques recherches on tombe sur la SCI Saint-Joseph dont l’étude des nombreux documents disponibles est la source principale de notre enquête. On apprend ainsi qu’en 2016, l’école paye le très modique loyer de 16008€/an pour presque 10000 m2 de terrain. Il faut dire que la SCI pèse la bagatelle de 477000€. Mais qui a abondé au capital ?
Extrait d’un procès-verbal d’assemblée générale de la SCI Saint-Joseph.
Le coup de pouce de la Fondation pour l’école
Parmi les personnes morales on retrouve évidemment l’Association de Parents Educateurs qui met 30000 euros au pot, mais aussi la Fondation pour l’école qui se retranche derrière un discours de neutralité pédagogique mais « soutient principalement une galaxie d’établissements hors contrat catholiques traditionalistes » comme le soulignait Basta !. Des établissements qui peuvent être liés à la Fraternité Saint-Pie-X ou encore l’Institut Croix-des-Vents qui a servi un temps d’appui au lancement d’Academia Christiana. Cette fondation apporte la bagatelle de 50000€ ce qui en dit long sur la capacité de financement de ces réseaux. Elle sera présente au capital de la SCI jusqu’en 2023.
De nombreux autres bourgeois abondent à la SCI, ainsi le gérant Thibault Roche-Bruyn apporte 50000€. Notons que les époux Brancour sont des actionnaires de la première heure de la SCI. Année après année, les comptes-rendus d’AG évoquent les échanges d’actions de cette SCI entre gens aisés qui comptent parmi les notables de l’Anjou. En 2019 est accueilli au capital un certain Hugo Bony, directeur général des graines Voltz depuis la fin de l’année 2024, une entreprise cotée en bourse rappelons-le.
2025 : le choc de simplification
Fait notable, la liste des actionnaires s’est très considérablement réduite lors de l’AG mars 2025. L’Association de Parents Educateurs donne mandat à son président Thibault de Mas Latrie pour racheter 150 parts aux autres actionnaires de la SCI. Désormais les parts se répartissent entre l’héritière de l’abbé Houard (200 parts), un couple qui garde la portion congrue de deux parts, et le gérant (38 parts). L’Association de Parents Educateurs possède désormais 237 parts. La reprise de 150 parts dont la valeur unitaire est de 1000€ souligne la capacité d’une association visiblement fort bien pourvue. C’est à ce moment que, comme d’autres, les époux Brancour se séparent de leurs 24 actions.
Roch Brancour, toujours prêt à donner un coup de main
Ce dernier a beaucoup œuvré localement pour la réussite le projet de Nuit du « bien commun » porté par le milliardaire d’extrême droite P.-E. Stérin. La Topette avait dévoilé, qu’en juin 2023, la ville d’Angers avait gracieusement mis à disposition les Greniers Saint-Jean, soit la plus prestigieuse des salles municipales. Est-ce grâce à l’entregent de l’adjoint Roch Brancour, présent ce soir-là en tant que représentant du conseil régional qui a lui débloqué une coquette subvention de 40000€ ? Il était encore une fois présent à l’édition de cette année « à titre personnel » et alors que son nom a opportunément été retiré du site de l’équipe locale qui chapeaute la soirée. Peut-être venait il soutenir d’un don l’association Au cœur des autres dont il nous faut parler pour compléter un peu plus l’écosystème de l’école Saints Louis et Zélie Martin ?
« Au cœur des autres » mais la main au porte-monnaie
Cette association, au bureau composé de six membres, lève des financements pour « Permettre la scolarisation d’enfants porteurs de handicap mental en milieu ordinaire dans des écoles, en finançant des AESH, du matériel adapté et en formant des enseignants pour accompagner plus d’enfants. » Noble idéal. Il faut se rendre sur sa page HelloAsso pour découvrir qu’elle « contribue à la récolte de dons pour […] qu’ils poursuivent leur scolarité au sein de l’école Louis et Zélie Martin. » L’équipe qui gère la Nuit du « bien commun » a donc en connaissance de cause sélectionné une association au service exclusif d’une école hors-contrat dont du personnel est actuellement mis en examen pour des violences physiques et psychologique graves sur une douzaine d’enfants. Une organisatrice va pourtant affirmer sans ciller « avoir appris dans la presse », les procédures judiciaires à l’encontre des enseignantes de l’école). Les garde-à-vues ont eu lieu en mai, or les lauréats de la sélection n’ont été annoncé qu’à la fin de l’été. Difficile de mentir plus mal.
Il reste beaucoup à dire sur cette école hors contrat et son/ses histoire.s. Par souci de lisibilité nous passons sous silence les entreprises partenaires à l’instar de charcutiers nationalistes bien connus. Nous ne gloserons pas non plus sur les frais de scolarité (2450€/an pour le premier enfant) où sur les méthodes d’enseignement rétrogrades. Il y aurait à dire des pages du site de l’école inaccessibles depuis les jours qui ont suivi le scandale et sur l’absence de communication transparente sur les faits. Il y a aurait à dire sur les membres passés sous silence des bureaux des associations citées ou de la SCI Saint-Joseph. Le procès apportera peut-être des réponses sur la dynamique interne vénéneuse qui a provoqué des faits aussi graves qui pour nous n’ont rien d’une « dérive ». Nous pensons qu’il est salutaire de montrer à quel point ce genre de projet séparatiste est voulu et porté par une bourgeoisie aux affaires, qu’elles soient commerciales mais aussi politiques. Cet agenda réactionnaire doit être étalé aux yeux de toutes et tous car en l’état ce sont des enfants qui en font les frais. Surtout que les projets de création ou d’extension d’établissements hors-contrats sont pléthores (Le Cours Bienheureux Charles d’Autriche va ainsi emménager dans de plus grands locaux près de la gare à Angers), il est urgent de mettre en lumière que des élu.e.s ne sont pas pour rien dans la facilité d’action dont disposent ces structures qui de facto agissent sciemment contre une quelconque forme de « bien commun ».
Voici un nouvel exemple sur les liens étroits entre le groupuscule d’extrême droite Red Angers et des entrepreneurs nationalistes qui ne parviennent plus à donner le change.
Cette année 2025 a vu une rentrée tardive de la petite bande en plusieurs temps. Il y a eu un moment de cohésion en plein air avec presque uniquement des têtes connues : Tanguy Bernard, Félix Reybaud, Yanis Delmur l’anticommuniste primaire. Gabriel Tardiveau semble faire fonction de cadre et au passage arbore un tee-shirt faisant référence au « Kali Yuga », « l’âge sombre » de la mythologie hindoue. D’apparence anodine cette référence cryptique a été revisitée et appropriée par l’occultisme nazi, laissant entendre que nous vivrions une période qui attend une violence régénératrice faite de guerres et de génocides.
Grande originalité enfin, le Red a tenu une soirée où Jean-Eudes Gannat est venu parler aux troupes. À ses côtés, un militant semble animer la soirée et dernièrement s’expose sur leurs réseaux sociaux. Abordons son profil militant et ses connexions.
À gauche le Red en soutien à Casapound, à droite conférence de Jean-Eudes Gannat. En couleur le militant dont on parle.
Marche funeste
Il était présent et visible sur les photos de la presse locale de la manifestation de la honte fin octobre 2022 quand, à rebours de la volonté de la famille, l’extrême droite s’était empressé de récupérer le meurtre de la jeune Lola à des fins racistes. Nous l’avons aussi retrouvé à des évènements du pseudo-institut de formation national-catholique Academia Christiana ou encore à une formation des suprémacistes de l’Institut Iliade fin 2024.
Surtout, un camarade nous a mis sous le nez qu’en 2023, avec d’autres membres du Red, il s’est donné la peine de voyager jusqu’à Sofia en Bulgarie pour participer à une manifestation. La « marche de Lukov » qui commémore le souvenir du collaborateur nazi Hrsto Lukov, abattu en 1943 par deux membres de la résistance bulgare : Ivan Burudzhiev et la communiste Violeta Yakova. L’événement est organisé par l’organisation néonazie Union nationale bulgare – Edelweiss (BNU). Voilà donc le désormais petit cadre du Red participant activement drapeau en main à un évènement européen néo-nazi bien documenté.
Le militant dont on parle aux côtés des tempes bien dégagées d’Aurélien Flottes.
Au passage soulignons que le Red tente fréquemment de s’extirper de son marasme local en s’exportant. Encore en 2023, sans doute lors d’un seul et même périple, Aurélien Flottes et le militant en question se présentaient à Budapest devant la Légion Hongroise. On se demande ce qu’ils ont pu inventer à part un mauvais exposé sur le 6 février 34 comme le suggère le visuel sur l’ordinateur.
Le Red en Hongrie.
Que le Red compte dans ses rangs des néo-nazi.e.s n’est pas une surprise, après tout son co-fondateur Jean-Eudes Gannat était cette année porte-parole du C9M qui n’a rien à « envier » à la marche de Lukov. Mais la présence de ce nouveau cadre du Red au sein d’une autre structure cette fois commerciale mérite d’être diffusée largement.
Des commerçants de proximité (avec l’extrême droite)
Bouchemaine, Chalonnes sont deux bourgs de l’Anjou au cadre de vie agréable. Mais depuis un moment les Blancs de l’ouest entreprise de charcutiers connus pour leur implication active dans l’alvarium et d’autres projets réactionnaires sont présents sur leurs marchés respectifs. L’entreprise est également installée dans les Halles gourmandes Biltoki en centre-ville d’Angers. Un projet voulu par le maire Christophe Béchu et rendu possible grâce à beaucoup d’argent public. Avec une politique tarifaire élevée c’est de facto un lieu de prédilection de la bourgeoisie avide d’entre-soi. L’équipe dirigeante fait face à une équation insoluble. En proie à une sous-occupation endémique des lieux qui sont déserts en semaine, elle a préféré faire corps avec les petits fascistes plutôt que d’accepter l’idée d’un stand vide de plus. Même si pour cela il faut piétiner la morale et relayer les éléments de langage des Blancs de l’ouest sur de soi-disant lointains engagements et autres foutaises. Cela ne résiste pas à l’examen des faits ce qui a provoqué un tollé durable. Mais pour que la mascarade soit crédible il faut y mettre un peu du sien. Or, voilà qu’en octobre, la personne embauchée pour tenir le stand des Blancs de l’ouest sur les marchés évoqués plus haut, n’est autre que le néo-nazi ambassadeur du Red.
Photo documentant la présence d’un néo-nazi derrière l’étal des Blancs de l’ouest sur le marché de Bouchemaine (49).
Allons-nous entendre que les néo-nazis seraient des commerçants comme les autres ? Que les équipes municipales sont impuissantes devant les lois du marché même si c’est celui avec un petit « m » de la place du village ? L’équipe des halles Biltoki bafouillera-t-elle encore qu’elle n’a « pas vocation à commenter ni juger les prises de position privées ou passées », sous-entendant que le nazisme n’est qu’une « opinion » ? Ne parlons pas du maire d’Angers, Christophe Béchu et sa sempiternelle rhétorique confuse de lutte contre « tous les extrêmes ». Sans doute est-il occupé à éclaircir les accointances de membres éminents de son parti avec la droite réactionnaire et l’extrême droite ?
Le « bien commun ». Cette expression connaît une forte diffusion dans la foulée des projets réactionnaires du milliardaire Pierre-Edouard Stérin. Un peu comme « enraciné » accolé à tout et n’importe quoi, voilà une formule de ralliement implicite pour l’ensemble des réacs et l’extrême droite francophone. En même temps la formule semble aimable et inoffensive pour les néophytes. Penchons-nous justement sur une association angevine, née en 2023, qui affirme agir pour le « bien commun » et a candidaté sans être retenue à l’édition 2025 de la Nuit du « bien commun » contre laquelle une mobilisation est en cours : « Les amis de Saint René Goupil », du nom d’un missionnaire catholique né à Saint-Martin-du-Bois, la commune où l’association mène son plus gros projet.
En terrain connu à défaut de conquis
L’association est lancée par trois laïcs de l’église catholique. Elle « a pour objet de soutenir toutes activités, associations, initiatives ayant pour objectif le bien commun dans les campagnes et les villages. Pour cela, elle ouvrira des maisons permettant de recevoir des hommes ou des femmes se « donnant » au service des proches […]. » Elle a acquis une maison dans le bourg de Saint-Martin-du-Bois, au nord d’Angers, non loin de Segré et du Lion d’Angers. Si vous avez l’habitude de nous lire ces lieux peuvent être évocateurs. En reflux à Angers, l’extrême droite radicale dirige le gros de son énergie vers les campagnes du Haut-Anjou. Une sorte de retour à la case départ pour beaucoup de militant.es qui y ont grandi et étudié et qui reviennent y vivre dans un réseau dense. La maison étant insalubre, le gros de l’activité de l’association consiste en des chantiers de rénovation avec pour objectif annoncé l’accueil d’une congrégation religieuse de femmes à l’horizon 2026.
Beaucoup de brebis galeuses
Mais certains bénévoles des amis de Saint René Goupil ont des profils qui n’ont rien de pacifique. Sur les vidéos peuvent être vus à l’ouvrage des débris de la milice néo-fasciste soi-disant dissoute alvarium : Côme Jullien de Pommerol condamné pour violences, porte-drapeau du C9M, agresseur en série, ou Jacques Fraval de Coatparquet passé par Le Red la continuation déclinante de l’alvarium. Les proches de l’ancienne milice fasciste suivent en nombre le compte Instagram de l’association. Au hasard, le charcutier Thibaut Cochin, Marie-Menehould « Menou » Gannat, son frère le caporal-chef Jean-Eudes, ou encore Martin Réveillard ou Arno Guibert (dit Danjou) aujourd’hui cadre des nationaux-catholiques d’Academia Christiana. De leur côté Les amis de Saint René Goupil suivent les pages de la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier ou SOS Calvaires.
Côme Jullien de Pommerol sur un chantier des amis de Saint René Goupil.
Un Poupon comédien
Un autre militant nationaliste originaire du segréen prête en vidéo son visage à la promotion de l’association. Il s’agit de Baudoin Poupon, étudiant passé par une double licence histoire-droit à L’ICES, la très droitière université de la Roche-sur-Yon voulue par Philippe de Villiers. Il a été vice-président de Touche Pas à Ma Statue, collectif très maurrassien de défense du patrimoine (à la condition exclusive qu’il soit catholique), émanation quasi organique de l’Action Française vendéenne. Il a aussi, cela va sans dire, participé à des événements d’Academia Christiana. Pour plus d’infos, notamment sur la fulgurante et médiocre carrière de comédien de cette personne nous vous renvoyons vers le travail de nos camarades de Vendée.
Baudoin Poupon présente une vidéo des amis de Saint René Goupil.Baudoin Poupon au mégaphone pour Touche pas à ma statue.Capture de 2021 du Facebook de B. Poupon. On vous laisse analyser la partie ami.e.s avec attention.
Le bureau sent le moisi
Le bureau de l’association (voir les documents administratifs en fin d’article) sait bien à qui il s’adresse en faisant appel à Baudoin Poupon, car ce petit monde fraye dans les mêmes milieux. Les statuts recensent trois « membres fondateurs » : la fort bien nantie France (Juchault) des Jamonières (belle-sœur de François des Jamonières membre actuel du comité de soutien de la Nuit du « bien commun » à Angers), Louis Vadot-Renoul et Isabelle Crea. Le trio occupe de plein droit une place au sein d’un conseil d’administration composé de 3 à 6 personnes. La présidente Isabelle Crea gravite dans le réseau d’influence de l’école Notre-Dame d’Orveau, c’est ainsi une proche de Jacqueline Gannat. Bien sûr son neveu, Louis Vadot-Renoul, le vice-président, est passé sur les bancs de Notre-Dame d’Orveau. Ami de longue date de Jean-Eudes Gannat, il semble facilement prêter son nom et on le retrouve également à la présidence d’une association autrefois satellite de l’alvarium qui a été refondée cette année : Anjou Pèlerinage (voir les documents administratifs en fin d’article). L’autre membre du bureau d’Anjou Pèlerinage n’est autre que Stessy Gannat, épouse de François-Aubert Gannat, elle-même militante de l’alvarium. Cette association organise un pèlerinage annuel « sur les traces de Cathelineau », généralissime de l’Armée catholique et royale pendant la guerre de Vendée. Tout un programme. Mais revenons au bureau des amis de Saint René Goupil. Le trio fondateur est épaulé au secrétariat par Isabella Lécureuil, épouse de Charles Lécureuil, militant de l’alvarium qui dès 2017 prête son nom à l’association Nouveaux Sarments/Anjou Populaire la vitrine légale du groupuscule. Il est des voyages de groupe chez les néofascistes de CasaPound à Rome ou des défilés du tristement célèbre C9M. Bref, ce bureau représente la frange nationale-catholique qui a repris de la vivacité dans le sillage de la Manif pour tous et dont la frange la plus radicale a vomi le groupuscule néo-fasciste alvarium.
Le prêtre et la statue baladeuse
Vincent Artarit.
L’association est placée sous la direction de conscience du prêtre Vincent Artarit. Soutane noire, col romain, il apparait en vidéo pour appuyer le projet. Originaire de Vendée, prêtre depuis vingt ans, son sacerdoce l’a fait passer par beaucoup de paroisses de l’Anjou. Il a du parfois composer avec la fronde de ses propres paroissiens en butte à sa vision réactionnaire. Concrètement, lui et un autre prêtre avaient sorti d’un grenier une statue de Noël Pinot, un prêtre guillotiné en 1794. Ce symbole a minima rétrograde voire royaliste a déplu à des fidèles plein.e.s de malice qui à plusieurs reprises ont discrètement déplacé la statue vers le fond de l’église ou dos à l’assemblée. La statue baladeuse cristallisait un conflit larvé avec des paroissien.ne.s qui lui reprochaient son autoritarisme et sa vision tradi de l’exercice du culte.
La démonstration est limpide, Les amis de Saint René Goupil sont une énième association animée par l’extrême droite locale catho-tradi et nationaliste. Il n’est pas surprenant qu’elle agisse dans le Haut-Anjou qui est actuellement le bout de campagne où elle dispose de relais installés (Notre-Dame d’Orveau, SOS Calvaires, etc). Ce qui pose question c’est que dès le deuxième paragraphe de ses statuts, l’association affirme agir « Avec le soutien du diocèse ». De quelle nature est ce soutien ? Pour le moment le diocèse d’Angers n’a pas répondu à notre demande. Une partie du voile reste donc à lever.
Extrait des statuts des amis de Saint René Goupil.
Le Raaf.
Copie du bureau des amis de Saint René Goupil.Suite du bureau des amis de Saint René Goupil.Copie du bureau d’Anjou Pèlerinage.
Retour à chaud sur le « Printemps de l’Ouest », évènement d’extrême droite radicale, porté par le Mouvement Chouan de Jean-Eudes Gannat, annoncé à Châteaubriant (44) et déplacé en catastrophe à Méral (53). Ce texte est l’occasion de mettre en lumière les affinités qui relient des branches de l’extrême droite qui font mine de s’ignorer. On évoquera donc des militant.e.s nationalistes-catholiques, des pseudo-chouan.ne.s contre-révolutionnaires mais aussi des membres du RN.
Une annonce ne fait pas le printemps
Traditions, enracinement et images générées par IA.
En mai, le Mouvement Chouan du très raciste Jean-Eudes Gannat annonce, pour le 14 juin, la tenue d’un « Printemps de l’Ouest » autour de la célébration des feux de la Saint-Jean. Le lieu de l’évènement est situé sans précision vers Châteaubriant (44). L’inscription est obligatoire et payante. Il faut montrer patte blanche à ce qui ressemble dans sa présentation à une kermesse avec jeux, danses et feu de joie. Mais c’est surtout le point de rencontre de plusieurs groupes néo-fascistes et la perspective soporifique d’un discours de Jean-Eudes Gannat. Le Mouvement Chouan qui chapeaute l’évènement annonce la participation du RED (continuation déclinante de l’alvarium), de Des Tours et des Lys (37) dont le chef Alexandre Boumediene est aussi porte-parole du Mouvement Chouan, des indicateurs de police nazifiants de l’Oriflamme venu.e.s de Rennes, et enfin de la Ligue Ligérienne dont un cadre a récemment défrayé la chronique. La séquence qui suit cette annonce va s’avérer instructive. Ce qui est pensé comme une démonstration de force va tourner à la virée de galerne pour nos chouan.ne.s de pacotille.
Le vent se lève
L’annonce ne passe pas inaperçue du côté de Châteaubriant. Très vite une mobilisation antifasciste unitaire est annoncée. La mémoire traumatique des 27 communistes fusillés (dont le jeune Guy Môquet) le 22 octobre 1941 reste vive. De son côté la préfecture publie un arrêté d’interdiction du « printemps » (à partir de la page 62) le mercredi 11 juin. Les motivations puisent dans le marécage des ignominies dites et perpétrées par Gannat et sa milice, remontant jusqu’à des agressions perpétrées à Angers par l’alvarium en 2018. Des motivations copiées-collées de l’arrêté de dissolution administrative du groupuscule prononcée par le ministère de l’intérieur en novembre 2021, ce qui nous conforte dans l’idée que les poursuites pour reconstitution de ligue dissoute sont une fable et qu’il ne faut rien attendre de l’état en matière de combat contre l’extrême droite. Ainsi c’est la militante de l’alvarium Thérèse Beauvais qui apparaît dans une vidéo de promotion du « Printemps ». Dans l’arrêté d’autres considérations centrées sur Gannat reviennent sur des évènements récents comme sa conférence interdite à Vertou, à l’invitation de la Ligue Ligérienne en mars ou bien encore le rappel de ses obsessions racistes de fantasme du « Grand Remplacement ».
L’extrême droite à la niche (où plutôt au moulin)
Jean-Eudes Gannat publie une vidéo le soir même du 11 juin. Faisant semblant de croire que l’arrêté n’interdit pas son évènement, il bombe le torse sous sa chemise vichy et sous-entend qu’avec ou sans accord de la préfecture son « printemps » se tiendra à l’endroit initialement prévu. Comme souvent son argumentaire est confus et bourré de sophismes, mélangeant une fête païenne avec des considérations chrétiennes, évoquant une inoffensive occasion de se réunir mais soulignant l’importance du discours politique qu’il prononcera. Malgré ses vitupérations et un délai confortable pour réagir, aucune contestation n’est portée devant le tribunal administratif de Nantes. La veille de l’évènement, dans une interview au media d’extrême droite Breizh Info, le ton reste martial mais ne masque pas la reculade. La journée « est interdite par les autorités à Châteaubriant, donc nous allons la maintenir, mais ailleurs, à une trentaine de minutes. L’adresse ne sera communiquée qu’aux inscrits et le programme s’en trouve un peu chamboulé » dixit un Gannat défait. Dans son délire de persécution, il a déjà auparavant annoncé passer au crible la liste des inscrit.e.s. Tout profil inconnu écarté, la fête prévue va ressembler à une triste réunion de famille toxique. Fin du premier acte, Châteaubriant ne sera pas souillée.
Le printemps remisé au hangar
Celles et ceux qui suivent l’extrême droite dans l’ouest comprennent vite que c’est au Moulin de la Place, sur la commune de Méral (en Mayenne à 50 minutes de voiture au nord-est de Châteaubriant) que l’évènement va être déplacé. Une évidence parce que d’un point de vue logistique il fait partie des rares endroits adaptés et que d’un point de vue idéologique la proximité est avérée. Le lieu a plusieurs fois été mis à la disposition d’Academia Christiana pour son Oktoberfest ou justement des feux de la Saint-Jean. D’autres évènements réactionnaires confidentiels comme la fête du livre de l’association Nos Chères Provinces ont pu se tenir par le passé dans et autour d’un hangar agricole aménagé pour ce genre d’évènements. L’endroit, spacieux mais vétuste et rustique, est connu localement comme un « repaire de chouans ». L’accueil du Mouvement du même nom pataugeant dans sa petite virée de Galerne est donc une évidence toute consanguine.
Capture de l’insta de Jean-Eudes Gannat montrant l’installation du « Printemps de l’ouest » au Moulin de la Place.
Un souvenir flou
Ce repli invite à dénouer les affinités des acteurs en présence. Le Moulin de la Place, à Méral, est le domicile des frères Alain-Jean (parfois réduit uniquement à Alain) et Charles-Eric (idem et réduit à Charles) Rousseau. Le premier exerce en tant qu’agriculteur. Le second, juriste, est surtout connu pour être le président de l’Association du Souvenir de la Chouannerie du Maine, un temps domiciliée sur place. Le nom de l’association est tout un programme en soi et ses buts éloignés de la rigueur historique. Ses activités tournent autour de commémorations d’évènements ou d’acteurs de la contre-révolution, ponctuées de messes données par des traditionalistes comme la Fraternité St-Vincent-Ferrier à Chémeré-le-Roi connue pour ses interventions dans les locaux de l’alvarium. Fondée en 1979, elle édite un bulletin, organise des dîners avec pour temps fort une journée du souvenir en août. Sous sa forme actuelle elle résulte de la fusion en 2012 de l’Association du Souvenir de la Chouannerie de Mayenne et de la Chouannerie de la Sarthe pour prendre le nom d’Association du Souvenir de la Chouannerie du Maine.
Fiche de Paul Le Morvan sur le site du RN, Capture réailsée le 16 juin 2025.
Le prêt d’une grange après celui d’un appartement à Angers ?
Les angevin.e.s se souviennent que l’alvarium avait ouvert son premier local en janvier 2018 (à peu près quand l’association présentée plus haut déposait son bureau), aux abords immédiats du quartier populaire de Savary. Cela avait surpris (à juste titre car sous la pression il fermera en moins d’une année) et rétrospectivement il semble que cela relève de l’opportunisme plus que du choix. En effet, la recherche de propriété de la parcelle de l’appartement du rez-de-chaussée du 85 avenue Pasteur nous a révélé qu’il appartient en indivision à deux frères. Alain et Charles Rousseau. Encore eux. De 2018, et l’implantation d’un local néo-fasciste à Angers, au Printemps de l’ouest qui en 2025 échoue à Méral, on se représente désormais la connivence étroite entre Jean-Eudes Gannat et sa clique et les frères Rousseau. Plus qu’un lieu de perpétuation du folklore chouan Le Moulin de la Place est sans conteste une base arrière de tout un pan de l’extrême droite de l’ouest de la France. Et comme on peut le constater en étudiant rapidement ce panier de crabes, l’ombre du RN n’est jamais loin. La distinction entre une extrême droite respectable et notabilisée et une soi-disant « ultra droite » hors les murs n’a pas de sens. Qu’elles que soient les affinités les réseaux sont profondément imbriqués et la circulation et les trajectoires des militant.e.s se jouent de ces catégories inopérantes qui tendent à diaboliser les un.es et normaliser les autres alors que tout démontre une grande porosité.
Capture du relevé de propriété du 85 avenue Pasteur à Angers
Savourons. L’extrême droite recule quand on s’en donne les moyens. Les néo-fascistes n’ont pas été en mesure de tenir leur évènement autour de Châteaubriant et la petite ville accueille sous le soleil une mobilisation réussie de 400 personnes, le samedi, du côté de la mairie. Bravo aux habitant.e.s de Châteaubriant pour leur réaction collective rapide et déterminée, prendre le mal à la racine est crucial pour éviter des implantations durables. Le « printemps » annoncé a déclenché un accueil glacial et il aura fallu moins d’une semaine pour que le projet ne vire à la débandade en catimini. La lutte paie et mettre à jour les réseaux d’extrême droite c’est se donner les moyens de mieux savoir où appuyer pour les désorganiser et mieux les contrer à l’avenir.
Le RAAF.
Copie d’éléments du dernier bureau déposé en préfecture de l’Association du Souvenir de la Chouannerie du Maine en date de janvier 2018.
Un « syndicat » au service d’une idéologie réactionnaire
Si l’UNI tente de se donner une image de syndicat universitaire de droite proprette et modérée, il s’agit ici de démontrer que la section d’Angers de l’UNI n’a que faire de l’amélioration des conditions d’études de l’immense majorité des étudiant.e.s. L’antenne se place dans la droite ligne de l’idéologie originelle de l’UNI. Si leur cible a évoluée avec le contexte politique et historique, passant de la menace rouge à l’islamogauchisme, leur but reste le même : produire et diffuser un discours réactionnaire au sein de l’université d’Angers et tenter d’empêcher toutes tentatives d’expressions émancipatrices, le tout en avec le soutien de figures politiques ou institutionnelles idéologiquement compatibles.
L’UNI Angers et son activité politique
Rappelons d’abord que les étudiant.e.s de l’université d’Angers dans leur grande majorité sont hostiles ou indifférent.e.s à l’UNI. Aux élections étudiantes de janvier 2024, l’UNI n’a remporté qu’un seul siège sur six au conseil d’administration (avec 16,3 % de participation) et deux sièges sur seize à la Commission de la Formation et de la Vie Universitaire (avec 15,5 % de participation).
Dans un pays où les étudiant.e.s font la queue aux banques alimentaires et ont du mal à trouver un logement décent, dans un système universitaires où les étudiant.e.s étrangers sont stigmatisé.e.s suivant leur pays d’origine, où les frais de scolarité différenciés transpirent le racisme institutionnel, les ultras minoritaires de l’UNI reste évidemment silencieux/ses.
Ce syndicat qui n’en porte que le nom n’a que faire des conditions de vie et d’étude de la majorité des étudiant.e.s. Il ne retrouve sa langue que lorsqu’il s’agit de reprendre les mots d’ordre de la droite la plus extrême. Islamogauchisme, wokisme, doxa universitaire, cancel culture : tout y passe quand il s’agit de se victimiser et de présenter l’autre comme un.e ennemi.e dangereux/ses et dispensable dans leurs tracts ou leurs affiches. L’autre ce sont les musulman.e.s, les femmes, les étranger.e.s ou assimilé.e.s comme tel.le.s, les lgbtqi+, les militant.e.s de gauche. Leur agenda est clair : faire peur, diviser, rejeter. En chœur avec toute l’extrême droite, en septembre 2024, iels ont instrumentalisé l’horrible assassinat de Philippine. Non pas tellement parce que le sort des femmes leur importe mais parce que l’accusé est pour elleux un étranger.
Collage raciste de l’UNI se servant de la mort de Philippine
Dans une optique « anti-subversive » assumée, la branche angevine de l’UNI a aussi multiplié les efforts pour faire annuler des événements perçus comme de gauche ou « woke ». Iels ont par exemple essayé de faire annuler des dragshows prévu dans l’enceinte de l’Université d’Angers sans succès. Par contre, en avril 2024, conjointement avec d’autres réacs, iels ont obtenu l’annulation d’une fête antifasciste qui devait se dérouler dans des locaux de l’université. Il n’aura fallu que quelques tweets, relayés par des figures politiques locales comme la député LR Anne-Laure Blin et certains groupuscules d’extrême-droite pour que l’université cède lâchement et décide d’annuler l’événement.
Quand certain.e.s organisent une fête antifasciste, l’UNI demande naturellement son annulation avec le soutient de personnalité politique comme Anne-Laure Blin. Communiqué sur le site officiel de la député LR Anne-Laure Blin qui s’oppose à la fête antifasciste prévue à l’université
Ultra-minoritaire, raciste, sexiste, lgbtqiphobe et victimaire dans sa communication officielle et ses activités militantes, l’UNI Angers ne cache pas ses accointances idéologiques avec la droite la plus extrême. Lorsque le « syndicat » a besoin de se réunir il choisi naturellement le bar Les Variétés. Un lieu dernièrement très connoté politiquement accueillant aussi bien le RN, le RNJ, Ultime Rempart, SOS Calvaires et Canto (Ex-chantons). Coïncidence ?
Plusieurs organisations ou collectifs d’extrême droite se rassemblent au bar Les Variétés
Enfin pour se former, début 2025, des militant.e.s de l’UNI Angers assistent aux formations dispensées par l’IFP. Quelques intervenants suffisent à cerner les objectifs très orientés de cet Institut de Formation Politique : Thaïs d’Escuffon, Jordan Bardella, Eric Ciotti, Jean-Yves Le Gallou, Marion Maréchal… Si cela ne vous suffit pas comme preuve que cet institut a pour objectif de former des cadres d’extrême droite, il suffit d’écouter Alexandre Pesey, le directeur et co-fondateur de l’institut lorsqu’il parle de la jeunesse d’aujourd’hui comme d’une « génération des déconstructeurs porteurs d’interventionnisme, de relativisme moral et de multiculturalisme » qu’il voudrait remplacer par une « jeunesse engagée pour participer [au] redressement [de la France] ».
Anaëlle Chaussivert de dos, Arthur Mazier de Montbrillant avec ses lunettes et Louis Barberot à sa droite
Le pedigree de ses membres
Rappelons que derrière l’agenda politique il y a les militant.e.s. En observant les apparitions publiques de l’UNI sur leurs réseaux sociaux on peut facilement dégager les membres les plus actifs.
Anaëlle Chaussivert au centre, Louis Barberot tout à droite et Arthur Mazier de Montbrillant tout à gauche
Tout d’abord Anaëlle Chaussivert, tête de liste de la section d’Angers, présente lors de nombreux tractages de l’UNI et prêtant même main forte à d’autres sections comme celle du Mans très récemment. Elle a été candidate aux dernières législatives sous la bannière Les Républicains (LR), rassemblant 5000 voix pour 100.000 inscrits.
Le lien entre LR et la section UNI d’Angers ne se limite pas à cela, iels sont présent.e.s en nombre à des apparition publiques d’Anne-Laure Blin : députée LR du Maine-et-Loire et ancienne militante de l’UNI. Tout comme son parti, elle surfe sur une idéologie de plus en plus marquée à l’extrême droite. Choix électoraliste, réelle conviction ou un peu des deux, Anne-Laure Blin c’est par exemple le soutien à une proposition de loi visant à empêcher le mariage d’un étranger soumis à une OQTF. Anne-Laure Blin c’est aussi, dans une question au gouvernement, la dénonciation d’universités qui n’auraient pas encore augmenté leurs frais de scolarité pour les étranger.e.s. C’est le refus de faire rentrer l’IVG dans la constitution. C’est la demande d’interdiction du voile à l’université. Comment la différencier du RN ? On se le demande.
Anne-Laure Blin en bas à gauche prend la pose avec l’UNI Angers, directement à sa gauche on reconnaît Guillaume d’Espinose de Lacaillerie.
Pour illustrer les liens directs de l’UNI avec l’extrême droite on peut aborder le cas de Louis Barberot. Militant génération Z lors des dernières élections il sera identifié le 5 avril dernier pendant un tractage en soutient à Marine Le Pen condamnée pour avoir tapé plus de 4 millions d’euros dans les caisses de l’Europe. Plus téméraire lorsqu’il s’agit d’arracher des banderoles d’étudiant.e.s en lutte quand personne n’est là pour l’en empêcher, il fuira lâchement face à des antifascistes souhaitant discuter du contenu de ses tracts.
Louis Barberot arrache une banderole d’étudiant.e.s en lutte lorsque tout le monde est partiLouis Barberot à droite avec sa bandoulière en plein tractage pour le RN49
Mais les liens ne se limitent pas aux partis de droite et d’extrême droite. Paul Caron, autre militant de l’UNI Angers, affiche fièrement son adhésion à Ultime Rempart sur ses réseaux sociaux. Groupuscule de défense d’un patrimoine français fantasmé avec un nom à connotation guerrière, Ultime Rempart est une organisation réactionnaire qui n’a aucun problème à recevoir le soutien des plus violents parmi les fascistes angevins. Sur des images récentes on peut voir Côme Jullien de Pommerol en tête de cortège lors d’une manifestation organisé par UR. On le retrouve aussi avec Aurélien Flottes et Daniel Beaussier dans une réunion d’UR organisée au Mans. Tous trois on été des membres actifs de l’Alvarium avant sa dissolution et agissent toujours dans d’autres faux-nez de cette milice.
Guillaume d’Espinose de Lacaillerie et Arthur Mazier De Montbrillant, deux autres militants actifs de l’UNI, seront eux-aussi repérés à des réunions et des actions organisées par Ultime Rempart. Sur son réseau Instagram ce dernier est abonné, en plus d’UR, au RED, à la Cocarde, au RN49 et au RNJ49. Qui peut douter de son orientation politique ?
Un fascisme à peine voilé
En résumé, l’UNI est un pseudo syndicat étudiant, un aiguillon de la droite extrême dans les instances universitaires qui ne cherche qu’à diffuser une idéologie raciste, sexiste, lgbtqiphobe pour s’opposer aux tentatives de luttes émancipatrices des étudiant.e.s en lutte au sein de l’Université d’Angers. Le tout avec le soutien d’une droite que plus grand-chose ne distingue de l’extrême droite et qui a pu parfois profiter de la faiblesse d’une direction d’université qui lui a cédé à la première turbulence. Ses cadres se forment dans des instituts d’extrême-droite et militent à l’occasion main dans la main avec les militants néo-fascistes les plus violents. L’UNI n’est pas un syndicat, elle se moque éperdument des intérêts du plus grand nombre des étudiant.e.s. et n’est sensible qu’aux intérêts d’une frange xénophobe et raciste de la bourgeoisie dont elle est le plus souvent issue. Ne soyons pas dupes des apparences de respectabilité et de soi-disant modération. Tout comme la Cocarde, l’UNI est l’ennemie des étudiant.e.s : Ne leur lâchons pas un centimètre de terrain.
Sur les rapports d’Academia Christiana et la nouvelle Association Culturelle d’Education Intégrale (Acei)
Les nationaux-catholiques d’Academia Christiana se restructurent et redéploient leurs activités. En plus de l’organisation d’évènements à destination de la jeunesse, avec pour temps fort les universités d’été, 2024 a vu le lancement de deux nouveaux projets : Communitas Christiana et Familia Christiana. Le premier est « un label visant à soutenir et parrainer des communautés locales engagées », bref une tentative d’implanter des groupes locaux franchisés pour le moment à Toulouse et Paris. Le second vise « à accompagner les familles dans l’éducation de leurs enfants et la création de réseaux d’entraide », projet dont la réalité reste vague. Pour cela le mouvement se place désormais sous la houlette d’une association ad hoc : l’Association Culturelle d’Education Intégrale (Acei) lancée le 24 septembre 2024 à Paris. L’«ACEI a repris et enrichi les missions d’Academia Christiana […]. En héritant de son nom et de son logo, l’ACEI inscrit cette dynamique dans une perspective élargie. » Intéressons-nous au bureau de cette association, le parcours de ses membres en dit long sur la continuité militante derrière l’enfumage de la nouveauté. Enfin essayons de comprendre les buts et les raisons de ces manœuvres administratives.
Plusieurs couplets, toujours la même rengaine
À première vue l’objet de l’Acei est assez attendu : « proposer des activités éducatives à destination de la jeunesse, un soutien aux familles dans l’éducation, ainsi que la promotion et la diffusion de la culture française. ». Rien de neuf pour qui suit les obsessions déclinistes d’Academia Christiana. Idem pour les matières employées pour atteindre ce but : philosophie politique, science politique, histoire, anthropologie, droit, art et histoire du patrimoine national, savoir-faire manuels, sport, tout y passe. On reste dans le programme habituel des universités d’été d’Academia Christiana qui, plutôt que des militant.e.s de terrain, cherche à former les futur.e.s cadres d’une jeunesse nationaliste et catholique traditionaliste. Une mission portée depuis dix ans qui peine à porter ses fruits. Les universités semblent aussi être un objet de pure consommation pour une large part de la jeunesse bien née qui y assiste.
De la verticalité…
Coincée dans un enseignement basé sur une verticalité descendante maître-élève, l’équipe d’Academia Christiana cherche néanmoins à sortir des grandes salles de cours, par exemple avec l’invitation à la dernière université des très maurrassiens SOS Calvaires pour le montage ex nihilo d’un calvaire. Une timide approche du domaine du sensible moins éthérée que les habituelles conférences en chaire. Cette piste se retrouve donc dans les statuts de l’Acei : « des activités de restauration d’édifices dans le but de contribuer à la sauvegarde, la conservation et la mise en valeur de biens mobiliers ou immobiliers appartenant au patrimoine artistique national, régional ou local. » On sent des vélléités d’explorer des moyens de toucher une autre audience et sortir de l’entre-soi bourgeois : « fêtes, bals, banquets, chantiers, olympiades, randonnées ». Néanmoins on comprend aussi que si tous les moyens sont bons, la méthode reste arcboutée sur la même pédagogie réactionnaire. Parfois à les lire on se dit que leur modèle c’est une scolastique médiévale mal comprise à base de ruminations des grands anciens et très déconnectée du réel.
Victor risque surtout de subir un gros rhume à traîner sous l’orage en habits du dimanche.
La présidence de l’association incombe à Arno Guibert qui évolue dans le monde nationaliste sous le pseudo d’Arnaud Danjou. Très investi dans Academia Christiana dont il peut parfois se faire porte-parole, ce jeune trentenaire a déjà un CV militant explicite. Comme son chef, il a eu une belle casquette de directeur général de La Nouvelle Librairie, projet nationaliste désormais à l’arrêt. Ce très proche de l’alvarium et ami de Jean-Eudes Gannat a aussi le sens des affaires puisqu’en 2018 il a été directeur général (un titre prisé semble-t-il) du restaurant le Mareyeur, un lieu plébiscité par l’extrême droite qu’elle vive ou soit de passage à Paris.
Arno Guibert quand l’alvarium utilisait un slogan de Mao qui ne s’est pas réalisé.
Le poste de trésorier est dévolu à Pierre Bartnig, une personne que l’on retrouve moins souvent dans la lumière des projecteurs, peut-être pour ménager sa respectabilité de directeur d’agence d’intérim du côté de Laval. Mais on ne se trouve pas dans les petits papiers d’Academia Christiana par hasard et on découvre sa trace dans un arrêté d’interdiction de manifester de décembre 2023. Il avait déposé une manifestation à Laval avec pour revendications : « expulsion immédiate des OQTF, Justice pour Thomas, reconnaissance de motif de racisme anti-blanc, déchéance automatique de nationalité pour les assassins binationaux, fin immédiate de l’immigration ». Bref le bingo raciste habituel de l’extrême droite radicale qui instrumentalise les crimes de sang.
Extrait de l’arrêté d’interdiction de la manifestation d’extrême droite déposée à Laval. Publication du 8 décembre 2023.
Malgré des ambitions de nouveauté l’Acei repose toujours sur les « vieux » réseaux d’Academia Christiana et les noms évoqués montrent que son centre de gravité reste l’ouest de la France, là où le projet est né. Mais alors pourquoi tant d’énergie à ne presque rien changer ? On peut avancer quelques pistes explicatives d’un tel remaniement administratif. La plus évidente est imputable à la dissolution d’Academia Christiana évoquée en décembre 2023 par Gérald Darmanin alors ministre de l’Intérieur. Une menace sans suite effective mais qui aura permis à Academia Christiana de couiner pour remplir ses caisses et de prendre acte de sa fragilité. Plus personne n’est dupe de ce qui se trame derrière la façade du soi-disant institut de formation et l’antisémitisme qui y règne a failli lui coûter cher une fois étalé en place publique. Même si la feinte est grossière, une nouvelle association, un nouveau nom, une nouvelle organisation, c’est l’espoir de consolider sa défense juridique face à une vraie procédure de dissolution administrative. Procédure assez improbable sous l’ère Retailleau. En même temps cela permet à Victor Aubert et consorts de mettre un peu de côté l’étiquette Academia Christiana qui sent le cramé, les nationalistes savent bien qu’avancer masqué.e.s leur ouvre plus d’opportunités (ne serait-ce que pour louer des lieux), alors quoi de plus avenant qu’une association qui œuvre pour « l’ éducation » ? Il n’empêche que d’Academia Christiana, l’Acei a bien hérité de cette indigente conception d’extrême droite d’un « bien commun » qui ne s’adresse pas à tou.te.s et qui veut en exclure beaucoup.
Extrait du PV de déclaration en préfecture qui a servi de matériau à la rédaction de cet article.