Quand les fafs nous racontent des histoires

Le 20 juin dernier sur leur facebook, l’alvarium proposait des cours de soutien en vue des épreuves du bac 2019. En matière d’histoire s’agissait-il de révisions ou de révisionnisme ? Quel est leur regard sur l’histoire, quels sont les événements historiques qu’ils mettent en avant dans leurs publications ? Bien-sûr, ils ne passent pas leur temps à parler du passé mais les posts relatifs à l’histoire dégagent bien une idéologie. A vous de trouver laquelle au travers des quelques exemples, parmi les plus révélateurs, ci-dessous.

 

Jacques Cathelineau :

Né le 5 janvier 1759 au Pin-en-Mauges et mort le 14 juillet 1793. Il fut, le 12 juin 1793, au cours de la guerre de Vendée pendant la Révolution française, nommé généralissime de l’Armée catholique et royale forte de 36000 hommes. Il attaque Nantes, bataille perdue par « les vendéens ». Blessé lors des combats, il meurt à Saint-Florent-le-Vieil. Cette période terrible de la Révolution française fut depuis toujours instrumentalisée par les réactionnaires pour mettre en avant les horreurs de la république. Certain.e.s parlent même de « génocide vendéen », ce qui est faux et écarté du débat historiographique. La multiplication des récits exaltant les exploits et dénonçant les exactions des blancs comme des bleus a abouti à développer l’idée que la guerre de Vendée constitue une sorte d’exception. Or des hostilités conduisant à des massacres analogues ont été constatées en Belgique, en Corse, dans le Pays Basque sud ou à Naples. Le double caractère politique et religieux participe à la mise en avant d’un conflit particulier, anjou pèlerinages et bien d’autres personnes avant eux définissent Cathelineau comme « le Saint de l’Anjou ». A la fin du 19ème siècle, un dossier de béatification fut proposé mais jamais l’église n’a accédé à cette requête.

Sources :

Guerres et histoire n°42 (avril 2018)

chaîne YouTube Histony toute une série sur la révolution française

Petit Mourre dictionnaire d’histoire universelle

 

Abel Bonnard :

Mais qui est cet Abel Bonnard né le 19 décembre 1883 à Poitiers et mort le 31 mai 1968 à Madrid ? Écrivain, poète, membre de l’académie française, son œuvre de poète, de romancier et d’essayiste exprime un nationalisme d’essence maurrassienne et développe une pensée marquée par l’antiparlementarisme et l’antisémitisme. Pensée qui devait le conduire à signer, en 1935, le Manifeste pour la défense de l’Occident et de la Paix en Europe, et à adhérer à la fin des années 1930 au Parti Populaire Français de Doriot. Membre d’honneur du Groupe Collaboration, ministre de l’éducation du gouvernement de Vichy d’avril 1942 à août 1944, certains disent de lui que c’est un mondain devenu ministre. Dans son livre «Eloge de l’ignorance» paru en 1926, il affirme que le peuple n’a pas besoin d’être instruit, ce dernier étant trop sublime pour que cela soit nécessaire car le peuple porte en lui une richesse naturelle qui le dispense d’être éclairé… Voilà tout un programme pour un ministre de l’instruction (pas de l’éducation ça fait trop Front Populaire pour lui). Bien-sûr avec un CV comme cela il finira avec les ultras de la collaboration à Sigmaringen. Condamnéà mort par contumace à la libération car en fuite à Madrid, sa peine sera revue dans un second procès : 10 ans de bannissement avec sursis… Il finira sa vie à Madrid refusant de revenir vivre en France ce pays ingrat qui l’a condamné.

Sources :

site de l’académie française

chaîne YouTube linguisticae

revue d’histoire moderne et contemporaine tome 43 n°3

Wikipédia

 

Robert Brasillach :

Né le 31 mars 1909 à Perpignan, fusillé le 6 février 1945 au fort de Montrouge, à Arcueil, c’est un écrivain, journaliste et critique de cinéma français. Pendant les années 30, il écrira dans les journaux Létudiant français et l’Action Française avant de devenir le rédacteur en chef du journal Je suis partout. Cette dernière publication soutiendra dès sa création tous les mouvements fascistes qui émergent dans toute l’Europe. Bien-sûr pendant l’occupation il reprendra ce poste et défendra la politique de collaboration, allant par exemple rendre visite aux soldats de la Légion des Volontaires Français sur le front de l’est. Après la Libération, en septembre 1944, sa mère et son beau-frère Maurice Bardèche, ayant été arrêtés pour faire pression sur lui, il se constitue prisonnier. Il est poursuivi pour intelligence avec l’ennemi. Son procès, qui s’ouvre le 19 janvier 1945 devant la cour d’assises de la Seine, dure six heures. Il est condamné à mort. Dans les jours qui suivent, une pétition d’artistes et d’intellectuels renommés, parmi lesquels Paul Valéry, Paul Claudel, François Mauriac, Daniel-Rops, Albert Camus, Marcel Aymé, Jean Paulhan, Roland Dorgelès, Jean Cocteau, Colette, Arthur Honegger, Maurice de Vlaminck, Jean Anouilh, André Barsacq, Jean-Louis Barrault, Thierry Maulnier, demandent au général de Gaulle, chef du gouvernement provisoire, de gracier le condamné. Le général choisit de ne pas commuer la peine. Le 6 février suivant, Brasillach est fusillé au fort de Montrouge.

Le poème cité sur la page facebook de l’alvarium a été écrit en prison à Fresnes et il fait référence à la manifestation du 6 février 1934.

sources :

wikipedia

plusieurs site d’extrême droite dont nous ne souhaitons pas ici faire la publicité

 

«Quand l’esprit se souvient, la flamme se maintient ! En cette date symbolique, la communauté de l’alvarium rendait hommage à tous les camarades tombés pour la cause nationale. Aux morts du 6 février 1934, à ceux qui les précédèrent et à tous les autres jusqu’à nos jours : présent !»

6 février 1934 :

Ici l’alvarium poste les photos d’un hommage, rendu le 6 février 2019, aux morts du 6 février 1934. On peut noter que sur la gerbe de fleurs déposée au pied de la statue de Jeanne d’Arc à Angers il est inscrit « à nos morts du 6 février » sans précision quant à l’année. Ils peuvent ainsi rendre hommage à Brasillach fusillé à cette date. Ceci dit, que sait-on de ce 6 février 1934 et pourquoi cette date est importante dans l’imaginaire de l’extrême-droite française ?

Cette manifestation émeutière trouve son origine dans l’affaire Stavinsky et dans le limogeage du préfet de police de Paris. Éclaboussé par le scandale Stavinsky, le gouvernement Chautemps a démissionné le 28 janvier. Le 6 février est la date à laquelle le nouveau gouvernement, présidé par Édouard Daladier, doit être présenté à l’Assemblée. Or, avant cette échéance, Daladier a limogé le préfet de police Jean Chiappe, réputé proche des ligues d’extrême-droite. L’Action Française est en pointe depuis janvier dans la dénonciation du « gouvernement des voleurs » et de « l’étranger » Stavinsky. Cette ligue monarchiste mobilise régulièrement ses adhérents via son journal quotidien qui connaît à cette époque son maximum d’impression. Ce 6 février participent aussi les Jeunesses Patriotes de Pierre Taittinger, la Solidarité Française, et surtout les Croix de Feu du colonel de La Rocque. On trouve également les anciens combattants de l’UNC, classée à droite, et ceux de l’ARAC, proche des communistes. Les échauffourées feront 15 morts et 2000 blessés. Édouard Daladier démissionnera. Ces évènements cristallisèrent le clivage entre deux camps au sein de la société française. Le pôle national-sécuritaire et le pôle social-humanitaire. Le PCF abandonna alors la ligne « classe contre classe » pour une stratégie de « front populaire » sous la bannière de l’antifascisme, ce qui permit de rassembler des groupes sociaux dont les intérêts économiques étaient différents mais unis par la volonté de faire barrage à l’extrême-droite. Une multitude de comités antifascistes virent le jour et participèrent activement quelques années plus tard à l’émergence du Front Populaire.

Sources :

France Culture, La Fabrique de l’Histoire, Médias et opinion publique, 25/05/2016

wikipedia

Gérard Noiriel, Une histoire populaire de la France, éditions Agone

 

Sébastien Deyzieu :

Chaque année, le 9 mai, une partie de l’extrême-droite radicale se retrouve à Paris pour une manifestation en hommage à Sébastien Deyzieu.

Le 7 mai 1994, est organisée une manifestation à l’appel du GUD et de Jeunesse Nationaliste Révolutionnaire, intitulée « Bienvenue aux ennemis de l’Europe ! ». Elle visait à critiquer l’« impérialisme américain », notamment à l’approche des commémorations du 50ème anniversaire du débarquement allié le 6 juin 1944. La manifestation étant interdite, les participants furent immédiatement pourchassés par la police et un sympathisant de l’Œuvre Française, Sébastien Deyzieu, fit une chute mortelle d’un immeuble à quelques dizaines de mètres d’Assas en essayant de s’échapper. Il décède le 9 mai.

Sources :

Bêtes et méchants, Petite histoire des jeunes fascistes français, éditions REFLEX

 

Se targuant d’oeuvrer dans le registre « social » les références historiques de l’alvarium mettent bas les masques tant elles font froid dans le dos : au mieux réactionnaires, le plus souvent autoritaires, factieuses, voire fascistes, collabos et antisémites. Comme d’habitude, l’alvarium n’est pas à une contradiction prêt.

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