Bilan du mandat de Christophe Béchu dans une perspective antifasciste

En période de campagne électorale, il est utile de revenir sur la mandature qui s’achève afin d’en établir le bilan dans une perspective antifasciste. Ces six années auront été marquées par une complaisance assumée de la mairie avec les droites réactionnaires ainsi que par un laisser-faire coupable vis-à-vis de l’extrême-droite radicale.

Panier de crabes, mariage de la carpe et du lièvre : L’ère Béchu, un documentaire animalier

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Dès le début de mandat, l’équipe de Christophe Béchu compte deux élus qui servent de caution morale pour la frange rétrograde de l’électorat : Roch Brancour et Maxence Henry. Ils sont à l’époque adhérents à Sens Commun, l’émanation politique de La Manif Pour Tous.

En novembre 2016 la première polémique publique éclate. Christophe Béchu cède à la pudibonderie de ses administré.e.s les plus réactionnaires et demande à JC Decaux de retirer des murs de la ville une campagne de prévention du VIH menée par AIDES, avec l’aval du Ministère de la Santé. Cette décision a été prise lors d’un « bureau municipal » où sur les 25 élu.e.s présent.e.s on ne notera qu’une seule abstention. Cette demande n’est donc pas le seul fait du prince mais bien une décision collégiale. Le week-end précédent, en bon soldat de la Manif Pour Tous, Roch Brancour avait déjà jugée « cette campagne irresponsable ». Les accusations justifiées d’homophobie fusent de tous bords. Quand à qualifier cet acte de « censure » ce sera directement la ministre de la santé de l’époque qui s’en chargera.

Maxence Henry et Roch Brancour ne sont que la partie visible du caractère réactionnaire de la majorité aux affaires. Et nul n’est dupe qu’ils ont abandonné l’étiquette Sens Commun en cours de mandat parce qu’elle entachait l’image lisse voulue par l’équipe municipale (encore plus avec la déroute de François Fillon que Christophe Béchu a soutenu dans un premier temps). En quittant leur vieux oripeaux ils n’en restent pas moins que nos larrons restent d’indécrottables militants d’une droite dure décomplexée et homophobe. S’ils avaient été isolés dans leur positionnement politique, il y a belle lurette qu’ils auraient servi de fusibles mais les voilà prêts à rempiler en bonne position. Et pour cause, ils ne sont pas seuls. Trois autres élu.e.s de la majorité refusent de célébrer les unions entre personnes du même sexe : Karine Engel, Grégoire Lainé et Véronique Lorro. Quand ces élu.e.s parlent de moralité publique alors que ce ne sont pas des entorses mais des fractures multiples qu’ils font subir à la loi sur le mariage pour tous, on comprend que des angevin.e.s ricanent devant tant de tartufferie. Les ricanements deviennent rires jaunes lorsque Maxence Henry se fait pincer, à la manifestation anti-PMA parisienne du 6 octobre arborant fièrement (mais sans délégation) son écharpe d’élu. Celui-ci feindra la surprise et jurera que l’on ne l’y prendrait plus. Encore un tollé sans conséquences politiques : aux « innocents » les mains pleines.

Parfois qualifiés de « dérapages » la récurrence de ces affaires prouve qu’elles relèvent du système plutôt que de l’exception. Sur cette question de l’égalité des droits, il s’agit d’une politique tacite de la part de l’équipe dirigeante : un petit clin d’œil appuyé vers la droite de la droite. Il est donc troublant d’apprendre que pour l’éventuelle prochaine mandature, Christophe Béchu a été rejoint par l’ex-sénatrice EELV Corinne Bouchoux pour qui la revendication publique de son homosexualité est un acte militant. Que peut-elle attendre de sa collaboration avec une bande de fieffés réacs ? Pense-t-elle sérieusement faire bouger les lignes ? Le seul mariage qu’elle puisse célébrer sera celui de la carpe et du lièvre.

Espoir rance en banlieue

«Complex shit» à Berne
Sculpture gonflable de Paul McCarthy

Cette même municipalité, via société d’économie mixte de la SOCLOVA a mis à disposition dans le quartier populaire de la Roseraie, un terrain, ainsi que des préfabriqués, à l’école hors-contrat « Le Gouvernail ». Cette établissement qui ouvre ses portes en septembre 2017, est affilié à Espérance Banlieue un réseau d’écoles qui prodiguent une pédagogie aux méthodes rétrogrades. Il est peu surprenant d’apprendre que la fondation Espérance Banlieues entretient des liens étroits avec la Manif Pour Tous. Il s’agit là d’un coup de pouce inadmissible à une officine privée douteuse et un signal amical de plus envers l’extrême-droite catho-tradi qui pèse si lourd sur la vie politique en Anjou alors qu’elle ne représente plus qu’elle même.

La sécurité, première des opacités

Êtes-vous sûr.e.s de n’avoir rien à cacher ?

En matière de sécurité Christophe Béchu avait promis un important déploiement de la vidéosurveillance. « Promesse tenue » comme il aime à le clamer ! Leur nombre a augmenté de 441 % entre 2013 et 2019 ! Ce sont donc désormais 150 caméras qui quadrillent la ville, soit grosso modo 1 pour 1000 habitants. Par contre, inutile de demander un quelconque audit ou une étude de résultats, il n’y en a jamais eu. Les seuls qui aient accès à des chiffres précis sont les industriels de la peur et de la sécurité lorsqu’ils consultent leur comptes après avoir encaissé l’argent public.

Comme ce n’est pas assez, Angers est désormais engagée dans un projet de « territoire intelligent ». et c’est un consortium emmené par Engie qui a raflé le jackpot. Alors, bien sûr l’argument de façade est la modernisation des infrastructures en vue d’une gestion plus fine et plus économique mais le budget de plus de 170 millions sur 12 ans va permettre la création d’une infrastructure tout à fait à même de virer à la technopolice. Et Jeanne Robinson-Berhe, adjointe à la sécurité nous promet déjà plus de caméras pour le prochain mandat. Bel élan de solutionnisme technophile qui va encore enrichir des grosses boîtes privées et nous priver de nos libertés publiques et individuelles. Pour résumer cette majorité nous rêve transparent.e.s mais gère la question sécuritaire de manière opaque.

Extrême-droite radicale ? Où ça ?

Evidemment avec des élu.e.s du pedigree tel que décrit plus haut des accointances avec l’extrême-droite ne sont pas surprenantes et s’affichent même sur les réseaux sociaux. Comment ne pas imaginer que ces affinités ne jouent pas en faveur du prêt récurent de salles municipales au Cercle Anjou Conférence mené par deux ex-RN : Barbara Mazières (désormais conseillère régionale) et Gaëtan Dirand ? Le Cercle aura fait bénéficié à tout le gratin moisi de l’extrême-droite « hors-les-murs » du confort des salles de la ville.

Angers et le street-art, une histoire de murs.

Quant à la bande de néo-fascistes de l’alvarium, après une sévère défaite dans le quartier Savary, ils se sont réinstallés en juin 2019 en plein centre-ville, au 31 rue du Cornet, à deux pas de la Bourse du Travail. Nous ne nous étalerons pas ici sur leur pseudo « action-sociale », leur activisme en trompe-l’œil où leurs déboires judiciaires réguliers. Par contre la position de la mairie est assez symptomatique d’une forme d’aveuglement. Depuis sa réouverture, la seule réponse aura été d’installer très rapidement une caméra de surveillance pour parer tout « trouble à l’ordre public » et dissuader les opposant.e.s trop remuant.e.s (sans succès vue la façade « refaite », voir ci-dessus).

En gros un emplâtre toxique sur une jambe de bois vermoulue. Triste démonstration de veulerie politique. Nous ne nous leurrons pas, la solution ne viendra pas des institutions mais bien d’une mobilisation populaire comme celle qui a contribué à couler l’alvarium première version. On peut néanmoins rappeler chacun à ses responsabilités. Pour la première version du local fasciste la mairie avait été forcée par les évènements à s’exprimer à plusieurs reprises sur le sujet, un vœu avait été voté à l’unanimité en conseil municipal. Celui restera pieux car non suivi d’action. Cette fois, depuis juin Christophe Béchu n’aura pas soufflé un traître mot sur ce local fasciste qui défigure la ville : où comment essayer discrètement de glisser la merde sous le tapis. Alors tous les beaux discours sur le « vivre-ensemble » ne sont à nos oreilles que foutaises.

La méthode Béchu : un silence méprisant

On pourrait résumer comme suit la méthode Béchu de lutte contre l’extrême-droite : tout (sa-)voir, tout entendre, ne rien dire. Depuis plusieurs années c’est un silence méprisant qui vaut réponse à toute question adressée l’administration municipale. Il est vrai qu’il est ardu de combattre l’extrême-droite quand dans ses rangs la réaction pèse si lourd.

Christophe Béchu pense peut-être feindre l’indifférence mais il s’agit bien d’une coupable complaisance au seul bénéfice de l’extrême-droite. De la première d’ouverture d’un local fasciste, nous avons appris qu’à terme une mobilisation large, populaire et déterminée paiera.

L’antifascisme radical est aussi une incitation à reprendre nos affaires en mains par l’absence de délégation et l’action directe. Nous vous invitons donc à nous rejoindre dans ce combat pour l’émancipation.

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