Une réunion fasciste à Angers… rien de bien « Chic »

Mercredi 14 octobre, à Angers, le Chic, bar situé au 8 rue des Houlières, a été privatisé pour accueillir en toute sérénité une (extrême) droite conservatrice et décomplexée. Le tout à l’initiative de Racines d’Avenir, organisation nationaliste. Voici un petit point d’une situation loin d’être « chic ».

Racines d’Avenir, c’est quoi ce truc ?

A l’origine, Erik Tegnér

Mais qu’est-ce que Racine d’Avenir ? Mouvement fondé par Erik Tegnér, dont la famille est historiquement liée au Front National (Marcel Chéreil de la Rivière, son grand-père est un ami historique de Jean-Marie Le Pen, son oncle est l’ancien maire FN de Toulon), ce dernier a d’abord été encarté au Front National en 2011 avant de rejoindre le parti des Républicains en 2012 (UMP à cette époque).

Nous avons là un clown qui sait donc parfaitement jongler entre la droite libérale et l’extrême droite réactionnaire. Soutenu par l’extrême droite électoraliste (Sébastien Chenu, porte parole du RN, Nicolas Dupont-Aignan, patron de Debout la France, Jean Frédéric Poisson, etc.), il défend ouvertement les prises de position des néofascisants au pouvoir comme Victor Orban (6)(8). En outre, Erik Tegnér a déjà prôné une alliance avec Marine Le Pen (7).

Erik Tegnér, un proche de Marion Maréchal et d’Eric Zemmour et partisan de la Convention de la droite

Erik Tegnér est également l’un des trois organisateurs de la « Convention de la droite » – ou plutôt de l’extrême droite (10) – à laquelle a participé Eric Zemmour et Marion Maréchal. Dans le prolongement de ses prises de positions empuanties, il a suivi une formation en 2018 à l’ISSEP dont la directrice n’est autre que Marion Maréchal (9).

Erik Tégner passe le flambeau, Racines d’Avenir garde la cap

Aujourd’hui Erik Tegnér n’est plus président de Racines d’Avenir. Il s’agit désormais d’Eddy Casterman, maire-adjoint d’Englos (Nord) et assistant parlementaire du sénateur Vincent Segouin. Aussi, Racines d’Avenir reste encore et toujours un mouvement conservateur d’extrême droite proche d’Erik Zemmour et des Jeunes Républicains (succursale de LR) qui tente de dédiaboliser son extrémisme de droite. La preuve en image :

Un petit panorama du Mouvement Racines d’Avenir à l’échelle nationale, ça vous dit ? Le voici. A sa tête, on retrouve Eddy Casterman, assisté de Pierre Louis Delauney, membre des Jeunes Républicains. L’Étudiant Libre, journal d’extrême droite, fait de lui un portait élogieux qui n’a pourtant rien de glorieux. Aussi, élevé par les scouts, on apprend par la suite qu’il deviendra responsable de la Cocarde étudiante de Rouen.

Racines d’Avenir est ainsi composé de 3 secrétaires généralaux adjoint-e-s et de 3 portes-paroles. L’un des portes paroles, Victor Bonnin, a particulièrement attiré notre attention… En effet, ce dernier, originaire de Cholet, n’y est pas pour rien dans l’organisation de cette petite rencontre fascisante angevine au Chic.

Racines d’Avenir Pays de la Loire au Chic, une rencontre animée par Victor Bonnin… en présence de l’Alvarium

Il semblerait que Victor Bonnin était l’animateur de la soirée, comme l’atteste la photo ci dessous. Il est porte-parole (voir organigramme ci-dessus) ainsi que représentant régional de Racines d’Avenir qui revendique être un « mouvement de jeunesse conservateur et populaire ». Il semblerait aussi que Gaspard Beaumier, membre de l’Alvarium avec son t-shirt apparent, ne se soit pas fait refuser l’entrée. L’Alvarium aurait-il une incohérence idéologique, lui qui est censé être contre le système, le RN et les Républicains ? A moins que l’union des droites voit dans les organisations fascisantes comme l’Alvarium une stratégie et un mouvement de fond pour faire évoluer l’extrême droite française.

D’autre part, Victor Bonnin, choletais de 18 ans, étudiant en droit et sciences politiques à Rennes 1, a participé à la campagne de Gilles Bourdouleix (mairie de Cholet). Pas la peine de développer son idéologie, en un tweet tout est dit :

Une union des droites de l’extrême-droite à Angers

C’est dans ce cadre de pensée qu’une soixantaine de nationalistes (selon les organisateurs-ices qui en attendaient 70) et autres fascistes se sont réuni-e-s à l’initiative de Racines d’Avenir Pays de La Loire au café le Chic pour y discuter de la ‘‘dictature de la pensée unique’’ :

Apparemment, « l’union des droites » (11) prônée par Erik Tegnér a le vent en poupe dans la sphère fascisante angevine. Reprise par Eddy Casterman à la tête de Racines d’Avenir et par ses colistiers comme Victor BONNIN dans les Pays de la Loire, cette convergence mange dans la même gamelle que les nationalistes.

Procédons par ordre… Parce qu’il y avait du beau monde parmi cette sphère conservatrice.

Sébastien Pilard

Commençons par la présence de Sébastien Pilard(@spilard). Sa doctrine converge largement vers les idéaux nationalistes, racistes, et anti-PMA. Co-fondateur de Sens commun, conseiller chez les Républicains pour les Pays de la Loire, il s’est fait remarquer pour un de ses dîners avec Marion Maréchal, elle même proche d’Erik Tegnér (1). Aussi, sa présence n’est pas passée inaperçue au Chic parmi ses congénères racistes et xénophobes, quelques jours après avoir participé à la manif pour tous de Nantes le samedi 10 octobre 2020, comme le témoigne ce tweet :

Agnès Thill

Ensuite, c’est au tour d’Agnès Thill de faire le déplacement depuis l’Oise, certainement parce que cette ancienne députée de LREM est à l’aise dans le milieu de l’extrême droite électoraliste, notamment quand il a fallu porter avec le Rassemblement National (RN) un projet de loi visant à interdire l’écriture inclusive (2). Elle est aussi farouchement opposée à PMA (3)… Tiens tiens, Mme Thill aurait-elle des affinités idéologiques avec son homologue Sébastien Pilard ?

Guillaume Bernard

Nous ne sommes pas non plus passé-e-s à côté de la présence du conservateur Guillaume Bernard. Il est notamment à l’initiative de l’ « appel d’Angers pour l’union de la droite », relayé par le magazine nauséabond Valeurs Actuelles pour lequel il est aussi chroniqueur…. De quoi ravir nos idéologues de Racines d’Avenir. Pas la peine de préciser (mais on le fait quand même) qu’il est opposé à la PMA et est pro manif pour tous… de quoi ravir, cette-fois ci, Agnès Thill.

Professeur à l’ICES, Guillaume Bernard donne également des cours sur « les valeurs de la droite » à l’Institut de Formation Politique (IFP) de Sèvres qui propose « une formation à la fois intellectuelle et pratique, ouverte à toutes les sensibilités de droite : libérale, conservatrice, souverainiste, identitaire », selon son directeur Alexandre Pesey (4).

Guillaume Bernard nage donc comme un poisson dans l’eau quand il professe sa pensée conservatrice à l’IFP. Lui-même avoue que l’«IFP est un laboratoire dans lequel le processus de convergence des droites est possible » (4). Au moins, il doit bien s’entendre avec Marion Maréchal, puisqu’elle même intervient à l’IFP… Oui, la même qui se tape des bouffes avec Sébastien Pilard. Pas la peine de préciser (mais on le fait encore), qu’il a participé à la manif pour tous au même titre que Sébastien Pilar et Agnès Thill.

L’UNI présente avec Jacques Smith

Sommes nous étonné-e-s de la présence de L’UNI à cette soirée ? Non. Ce syndicat qui gangrène le monde universitaire par ses idéaux libéraux et conservateurs est trop souvent présenté comme ‘‘proche de la droite’’.

Pourtant, l’UNI surfe davantage sur une idéologie nationaliste bien ancrée (5). Cherchant à « promouvoir une « certaine idée de la France », de sa civilisation et de son Ecole », cette organisation s’est construite en opposition à mai 68 qu’elle considère comme des événements qui discréditent et mettent à terre les « les repères et les institutions (famille, école, nation, armée, …) sur lesquels reposait la société française ».

Dire que cette organisation est de droite est un euphémisme : elle est d’extrême droite. La preuve encore ce mercredi soir en honorant sa présence au sein de la fachosphère angevine :

Aussi, c’est par l’intermédiaire de Jacques Smith que l’UNI a été présentée en cette soirée. Responsable de l’UNI Paris Nanterre, cet étudiant en sciences politique semble s’entendre à merveille avec Eddy Casterman, président de Racines d’Avenir :

Il est aussi très fière d’être (d’extrême) droite au même titre que son pote Victor Bonnin, organisateur de la soirée au nom de Racines d’Avenir :

Un soutien de la presse d’extrême droite : l’Incorrect et l’Étudiant libre, partenaires et présents

L’incorrect : le mensuel correctement d’extrême-droite

On notera aussi le soutien à l’événement de L’Incorrect, fondée par des proches de Marion Maréchal, et notamment Jacques de Guillebon, directeur de la rédaction et conseiller de Marion Maréchal (9). Jacques de Guillebon participe aussi au conseil scientifique de l’ISSEP, l’école de cette même Marion Maréchal (école où s’est formé Erik Tegnér). Correctement d’extrême droite, l’Incorrect est dans la lignée de Racines d’Avenir. En effet, il cherche à mettre fin au clivage entre LR et le RN (13). Apparemment, c’est déjà bien entamé. Ce journal torchon puise notamment son inspiration dans les idées maurassiennes (14). Financé par Charles Beigbeder, ex DRH de l’Oréal, le conservatisme sur fond « d’identité » est de mise dans ses colonnes. Il s’oppose notamment au mariage pour toustes, à l’adoption homoparentale, ou encore la PMA, en bon ‘‘maréchalien’’.

L’Étudiant libre : libre de dire n’importe quoi, tant que c’est d’extrême-droite

Pour finir, L’Étudiant libre soutenait également l’événement. Ce mensuel conservateur a été créé non loin d’Angers, à la Roche sur Yon. Présidé par Stanislas Rigault, étudiant à l’ICES (là-même où est prof Guillaume Bernard) et soutenu par Pierre Romain Thioret, secrétaire général de la Cocarde étudiante, L’Étudiant libre, «L’Étudiant Libre est une publication conservatrice et patriote qui ambitionne de rassembler tous les courants de la droite », selon Stanislas Rigault (15). La messe est dite. Plusieurs personnalités politiques d’extrême droite viennent vomir leurs propos haineux : Jean-Marie Le Pen, Philippe de Villiers, Jean Frédéric Poisson, Charlotte d’Ornellas (valeurs actuelles), etc (15).

En tout cas, L’étudiant libre semblait heureux de pouvoir être présent ce mercredi 14 octobre:

Une bonne partie proche de Bruno Retailleau, président du groupe LR du Sénat

En 2018, alors qu’il était candidat pour les Jeunes Républicains, Erik Tegnér prônait déjà une alliance avec l’extrême droite. Il disait qu’ « une majorité de la base LR pense comme moi sur l’union des droites mais dit le contraire » (9). A qui donc peut bien profiter en partie ce vivier de néofascistes ? A la droite électoraliste et politique qui opère depuis un moment un glissement à l’extrême droite.

A l’image de Bruno Retailleau, président du groupe LR du Sénat. Petit rappel. Bruno Retailleau est né à Cholet (clin d’œil à Victor Bonnin). C’est un proche de Philippe de Villiers pour lequel il adhère initialement au parti de ce dernier, le Mouvement Pour la France (MPF). Il adhère ensuite à l’UMP (aujourd’hui LR) et deviendra sénateur puis président du Groupe LR au sénat, fonction qu’il exerce depuis 2014. Avant cela, il a aussi été président du Conseil général de Vendée de 2010 à 2015 puis président du Conseil régional Pays de la Loire de 2015 à 2017.

Aussi, Bruno Retailleau semble être proche ou au moins avoir croisé une partie des colistier-e-s présent-e-s ce mercredi 14 octobre à Angers.

Par exemple, lors des élections régionales de 2015, Sébastien Pilard, le fondateur de Sens Commun présent mercredi, invitait « tous ceux qui désirent l’alternance dans les Pays de la Loire, à s’engager derrière Bruno Retailleau pour assurer la reconquête de la région tant attendue par les ligériens » (12). Sébastien Pilard mise donc beaucoup sur Bruno Retailleau et considère que « Sens commun sait pouvoir compter sur l’homme de conviction qu’il est pour porter très haut les valeurs que nous partageons avec lui » (12) . Pas la peine de décortiquer davantage les liens qui unissent ce partisan de la droite dure et Bruno Retailleau.

Mais ce n’est pas tout. Le choletais Victor Bonnin semble heureux comme un coq en patte de poser avec Bruno Retailleau au lors de l’Université d’été de La Baule de LR, avec… Jacques Smith, qui représentait l’UNI ce mercredi 14 octobre à Angers.

 


Bref, nous l’aurons compris, l’extrême droite angevine tente de s’organiser sur notre territoire. Même si cela progresse doucement, il s’agit d’une stratégie progressive qui s’inscrit dans une généalogie de l’extrême droite : la création du journal de l’Incorrect, puis de l’école de Marion Maréchal, et enfin des mouvements comme Racines d’Avenir ou la Cocarde Etudiante qui investissent les milieux étudiants… et que l’on retrouve dans les partis électoralistes traditionnels (LR, RN).

Difficile de dire que la boucle est bouclée, tellement leurs liens sont étroits et sinueux. Mais le chemin est encore long pour elleux : tant que nous seront là, iels n’y parviendront pas.

Et pour finir, le bar en question se défend de toute implication idéologique :

Mouais… nous ne rappellerons jamais assez que l’on ne discute pas avec l’extrême droite.

Sources

Sources initiales :

Nathalie Hamon, « Maine-et-Loire. Des militants de la droite conservatrice se réunissent à Angers », Ouest-France, 2020.

Philippe Rubion, « Angers. La droite dure motive ses jeunes troupes », le Courrier de l’Ouest, 2020.

Philippe Rubion, « Angers. Des étudiants réunissent des leaders de la droite de la droite », le Courrier de l’Ouest, 2020.

Sources d’appuis

(1) Auberi Maitrot, Thomas Cauchebrais, Pierre Girault, Fanny Brevet, « Sébastien Pilard, vice-président de la Région Pays de la Loire », RCF, 2019.

(1) Yan GAUCHARD. « Sébastien Pilard, élu (LR), privé de délégations à la Région », Ouest-France, 2019

(2) Léa Pernelle, « Deux députés ex-LREM rejoignent le RN dans sa résistance contre l’écriture inclusive » , Le Figaro, 2020

(3) AFP, « Exclue de LREM après ses propos sur la PMA, la députée Agnès Thill rejoint le groupe UDI », l’Express, 2020

(4) Alexandre Sulzer, « L’école modèle de Marion Maréchal-Le Pen », 2018

(5) Olivier Faye, Abel Mestre et Caroline Monnot, « Qu’est-ce que l’UNI ? », Le Monde, 2012.

(6) Lucie Alexandre, « Érik Tegnér, fer de lance de « l’union des droites » », La Croix, 2018.

(7) « Erik Tegnér, le candidat à la présidence des Jeunes Républicains qui prône l’alliance avec Marine Le Pen », 20minutes, 2018

(8) Pauline de Saint-Rémy, « Erik Tegnér, le jeune LR qui prône une « union des droites » jusqu’à Marine Le Pen », RTL, 2018.

(9) Alexandre Sulzer, « Erik Tegnér, extrême-rebelle », l’Express, 2018.

(10) Lucie Soullier, « A Paris, la « convention de la droite » de Marion Maréchal rejoue les classiques de l’extrême droite », le Monde, 2019.

(11) AFP,« LR lance une procédure d’exclusion contre Erik Tegnér, partisan de l' »union des droites », l’Obs, 2019.

(12) Ouest France, « Régionales : Sens commun « s’engage » derrière Retailleau », 2015.

(13) Paul Aveline, « « L’Incorrect », le magazine qui veut réconcilier droite et extrême droite », le JDD, 2018.

(14) Laurent de Boissieu, « L’Incorrect, un nouveau magazine entre droite et extrême droite », La Croix, 2017.

(15) Louis Heidsieck, « Qu’est-ce que «L’Etudiant libre», le mensuel conservateur attaqué à Rennes? », Le Figaro, 2019.

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