Une soupe impopulaire et rance

Ouvert officiellement à la fin janvier de cet année, le local fasciste nommé l’Alvarium se présente comme l’expression d’une « communauté » qui se targue de pratiquer une forme de « catholicisme social ». Mais sous le verbiage du « porte-parole» Jean-Eudes Gannat on retrouve la vieille marotte : « Les nôtres avant les autres » à savoir une traduction édulcorée du racisme. Tout le monde n’aura pas droit à l’hostie à la communion de l’Alvarium !

Avant toute chose, il faut relativiser le poids politique de cette clique. Le groupe fédère de 15 à 20 personnes avec un noyau dur d’une petite dizaine de militant-e-s. Ces dernier-e-s font preuve d’activisme désordonné mais leur influence ne dépasse guère les limites physiques de leur local. Néanmoins, la grenouille se rêve plus grosse que le bœuf. Ils s’emploient donc à construire de toutes pièces une image grossissante de leurs actions.

Outre l’existence de l’Alvarium, le point le plus visible de cette propagande concerne les soi-disant maraudes hebdomadaires. Ce qu’ils qualifient de « solidarité » doit être remis en perspective. La solidarité c’est une obligation morale réciproque, un travail en commun sur un pied d’égalité. Il est plus juste ici de parler d’aumône tant la petite bande agit en dames patronnesses distribuant quelques maigres bons points. Charité mal ordonnée puisqu’elle repose sur des critères arbitraires et discriminatoires de couleur de peau et d’origine supposée. Le plus important dans l’histoire pour eux n’est pas de distribuer 3 ou 4 sandwiches à des personnes dont ils se moquent éperdument, il s’agit prosaïquement de communiquer via les réseaux sociaux sur leur ersatz d’action. Le geste n’est jamais désintéressé, il doit être immortalisé par une photo postée sur Facebook qui permettra d’entretenir l’illusion.

Pour rappel, à Angers de nombreux collectifs et associations luttent sans faux-semblants contre la misère. Lors de leurs maraudes quotidiennes, les travailleurs-euses sociaux du Samu Social ne demandent pas leurs papiers aux sdf. Pas plus que les bénévoles du Secours Catholique, du Secours Populaire, ou des Restos du Coeur qui distribuent des quantités de denrées alimentaires autrement considérables. Dans les quartiers, des associations d’autodéfense sociale comme Pas Sans Nous luttent sans discrimination aux côtés des habitant-e-s. D’autres comme le Collectif de Soutien aux Sans-Papiers ou le Collectif des Syndicalistes pour l’Entr’aide et la Solidarité ne s’arrêtent pas à des histoires de frontières et d’origine pour mettre en œuvre au moyen de l’action directe une solidarité effective. A côté de toutes ces initiatives l’Alvarium n’est rien de moins qu’une équipe de bouffons en goguette qui se prend en selfie devant la misère. Leur projet foireux est comparable à un magasin chatoyant avec une grande vitrine illuminée mais dont les étals (et les cerveaux du personnel) sont désespérément vides.

Heureusement pour nous, leur maintien de jeune communiants ne masque pas leurs forfaits passés. Il faut donc se refaire une réputation (lien vidéo). Pour cela ils osent même se présenter comme « apolitique ». Pourtant jusqu’à récemment, le siège social de l’association était domicilié chez papa Gannat, conseiller régional FN, attaché à la vieille branche historique et vermoulue fidèle à Jean-Marie Le Pen.

https://twitter.com/pgannat/status/968632934927355912

Surtout, les beaux discours cachent mal la réalité poisseuse des liens politiques entretenus. Les premières entrevues sont accordées à Breizh Info média d’extrême-droite assez peu regardant sur le travail journalistique. Que dire aussi de l’entretien dans les colonnes de Présent journal catho intégriste proche de la fraternité Saint Pie X ? Sans compter la référence récurrente au mouvement néo-fasciste italien Casapound. D’un point de vue stratégique, l’Alvarium copie le modèle du Bastion Social (le dernier faux-nez du GUD). Officiellement, il n’adhère pas au mouvement car il ne se retrouve pas dans des positions trop athées. Enfin, Jean-Eudes Gannat est un fervent défenseur du régime de Bachar El-Assad, on a vu mieux comme symbole de compassion et d’humanisme. Et puis, le beau vernis des communiants craque facilement lorsque, protégés par une chaîne de policiers, lors de la manif du 24 février, un Paul-Alexis Husak mime des égorgements aux manifestant-e-s qui lui font face pendant que d’autres tapent impunément des saluts fascistes en pleine rue. Chassez le naturel…

C’est pas bô de montrer du doigt Paul-Alexis!

Personne n’est dupe, l’Alvarium ne cherche pas à lutter contre la misère sociale. Au contraire il s’en nourrit et ne cherche qu’à exacerber les clivages de la société. Ses militant-e-s se fantasment comme une élite et le bien-être de leurs congénères est le cadet de leurs soucis. Ils se moquent des conditions de vie des habitant-e-s de Savary qu’ils évitent d’ailleurs comme la peste.

L’Alvarium est du point de vue de l’extrême-droite radicale angevine un enjeu majeur pour son implantation, son développement et sa pérennité. En conséquence, il doit et va fermer parce que le fascisme n’est pas une expression politique comme les autres. L’histoire et malheureusement l’actualité (assassinat de Heather Heyer aux USA, récent attentat anti-migrant·e·s en Italie) prouvent que le fascisme se nourrit de la liberté d’expression qui lui est accordée jusqu’à ce qu’il soit assez fort pour faire taire toute opposition. Sa liberté c’est l’écrasement de toutes les autres.

Le RAAF n’est qu’une composante d’un front antifasciste bien plus large. Suite à la réussite de la manifestation du 24 février où nous étions plus de 600, la riposte se construit en empruntant des modalités et des formes aussi diverses que nos sensibilités et nos pratiques. Nous sommes d’autant plus déterminé-e-s qu’à tous les niveaux les pouvoirs publics fuient leur responsabilité(1).

Le fascisme c’est la gangrène, on l’élimine ou on en crève.

(1) Ainsi, Mr. Béchu n’a même pas été capable de dire publiquement son rejet idéologique de l’Alvarium. Tout au plus s’est-il contenté de tourner autour du pot et d’en rester à des considérations d’ordre techniques pour le moins accessoires.

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